Il y a quelques années, l’été des festivals français était tenu en haleine par les «intermittents du spectacle», qui protestaient de manière spectaculaire contre leur mauvaise couverture par les assurances sociales. Dans notre pays, la situation des acteurs culturels n’est guère meilleure, mais bien moins médiatisée. En effet, la plupart des acteurs culturels (musiciens, acteurs, danseurs, écrivains, journalistes indépendants, etc.) cumulent les emplois atypiques, de courte durée, à temps partiel, les situations d’indépendant (souvent contre leur gré), de salariés, les bas salaires, les petits honoraires, les maigres sommes destinées à encourager la création artistique. Leur taux de chômage est de 50% plus élevé que celui des personnes actives. Certaines catégories, par exemple les danseurs, ont en outre une carrière très courte, qui se termine bien souvent en «retraite anticipée», parfois aux frais de l’assurance-invalidité. Or, notre système d’assurances sociales n’assure de manière optimale que les personnes qui travaillent à plein temps (ou avec un pensum élevé), régulièrement et sur une longue durée.
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Comment l’UDC a manœuvré pour supprimer le libre choix du médecin. Mais après les élections, s’il vous plaît.
Le 1er juin, nous voterons sur un nouvel article constitutionnel sur la santé. Cet article est un contre-projet à l’initiative lancée en 2003 par le parti de M. Blocher. Cette initiative visait à introduire plus de concurrence dans le domaine de la santé, se basant sur la fiction qui veut que plus de concurrence = baisse des coûts. La concurrence entre les caisses maladies n’ayant pas réussi à endiguer la hausse des coûts et l’ayant même probablement encouragé, il est facile de se rendre compte à quel point cet adage repose sur du sable.
Cela n’a pas empêché les chambres fédérales, dont on connaît la propension à faire les quatre volonté des assureurs-maladie, d’élaborer un contre-projet à l’initiative de l’UDC. Celle-ci s’en est contentée et a retiré son initiative. Non sans avoir manœuvré auparavant pour que cela se passe après les élections fédérales. Car il eût été fâcheux d’avoir à affronter les slogans «voter UDC nuit à la santé» ou «voter UDC: libre choix supprimé».
Vilains petits tricheurs
Si l’UDC part en guerre contre les «abus» et les «tricheurs» (enfin, pas tous, si vous fraudez le fisc, pas de soucis, elle ne viendra pas vous embêter), c’est qu’elle en connaît un rayon en la matière. En effet, deux élus de ce parti, dignes successeurs de Jean Fattebert qui employait des travailleurs étrangers au noir, viennent de se faire prendre la main dans le sac.
Jürg Leuthold était député au grand conseil zurichois. Il touchait indûment une rente AI depuis plusieurs années, car on le croyait invalide à 100%, vu qu’il ne pouvait -prétendait-il- pas s’asseoir (ce qui ne devait pas être très pratique pour siéger). Débusqué, condamné.
This Jenny, conseiller aux Etats glaronnais, lui, se spécialise dans la sous-enchère salariale. Entrepreneur dans le bâtiment, il ne respectait pas les salaires minimaux (mais il faut lui reconnaître une certaine cohérence: il milite pour la dénonciation de la convention collective et donc l’abolition des minima salariaux). Il doit donc rembourser 250’000 aux employés qu’il a grugé. Et se prend lui aussi une jolie amende.
Il ne manquerait plus que la mascotte du parti de M. Blocher, le bouc Zottel, touche abusivement des subventions européennes…
Chronique de politique chronique parue dans le Tromblon.
Forces de l’ordre: la privatisation n’est plus rampante, mais évidente
Longtemps, même les plus convaincus des ultralibéraux prétendaient que certaines tâches publiques, parmi elles la police ou l’armée, ne sauraient être privatisées. Oh, il y avait bien quelques tentatives de confier quelques mandats à des securitas, mais elles se limitaient en général à des tâches de la police qui ne relèvent pas directement de la sécurité publique, comme faire la circulation ou contrôler du stationnement. Ces tentatives étaient déjà inacceptables. Les vraies bases légales permettant une privatisation de larges pans des tâches des forces de l’ordre sont rares, mais existent, par exemple en Argovie.
Cette époque est bel est bien révolue et, désormais, les partisans de la privatisation totale de la police avancent à visage découverts. Et donnent le ton.
Neuchâtel, ou quand l’impôt ne tue pas l’emploi.
Le canton de Neuchâtel, souvent cité comme la lanterne rouge des cantons suisses en matière d’imposition, est mal aimé des pourfendeurs de l’impôt. Qui ont eu l’occasion de rappeler leur slogan fallacieux «moins d’impôts = plus d’emplois». Slogan qui, grâce aux millions investis dans la campagne, a malheureusement eu le succès que l’on sait. Socialistes et syndicats avaient rappelé en vain que ce n’est pas l’impôt qui fait l’attrait d’une économie, mais ils étaient bien seuls dans ce combat et manquaient de moyens.
Le Financial Times, quotidien économique londonien que l’on peut difficilement soupçonner d’être un organe de propagande marxiste, vient de confirmer nos arguments en publiant dans son magazine foreign direct investment son classement de l’attractivité économique des régions d’Europe. Neuchâtel, malgré ses impôts élevés, s’y classe très bien. L’exemple est très parlant: non seulement l’impôt n’empêche pas la création d’emploi, mais il est indispensable pour financer les prestations publiques qui, justement, sont nécessaires au bon développement des entreprises. Ainsi, Neuchâtel doit son bon classement à ses infrastructures ferroviaires (publiques) et autoroutières (publiques), à sa proximité des hautes écoles (publiques) et à sa main d’œuvre très bien formée (dans des écoles publiques) dans des domaines comme l’horlogerie ou la microtechnique (branches dans lesquelles les entreprises privées ont, des années durant, négligé la formation). Bref, sans argent public, donc sans impôt, impossible d’avoir une économie performante. Il faudra s’en souvenir au moment de décider du sort des futurs cadeaux fiscaux aux grandes entreprises (baisse massive de l’impôt sur le bénéfice) que préparent les partis bourgeois.
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(ajouté le même jour à 16h09) …mais cet exemple d’un canton qui parvient à attirer des entreprises malgré une fiscalité élevée n’a pas empêché le groupe radical au grand conseil de développer aujourd’hui une motion visant à rétablir les allègements fiscaux du bientôt défunt arrêté Bonny, pour «créer des emplois dans les régions périphériques». Le mythe de la baisse de la fiscalité synonyme d’emplois et d’attrait économique est coriace…
Congrès du PSV à Rougemont
Le parti socialiste vaudois, réuni hier en congrès à Rougemont, a renouvelé ses instances dirigeantes pour les deux prochaines années. Alors que, dans la plupart des autres partis, la direction s’arrange pour que le nombre de candidat-e-s colle parfaitement au nombre de postes à repourvoir (quitte à créer de nouveaux postes s’il y a trop de candidats et qu’il ne faut fâcher personne), le PSV peut s’enorgueillir d’avoir à procéder à une élection pour la plupart de ses mandats. Chez les socialistes, le démocratie interne fonctionne.
Le congrès à élu une équipe de choc à la présidence: la présidente Cesla Amarelle (Yverdon, Dr en droit, avocate, députée) et les deux vice-présidents Olivier Barraud (Renens, secrétaire syndical SEV et ancien employé CFF, chef de groupe au conseil communal) et Jean-Michel Favez (Gland, enseignant, député et ancien chef de groupe au grand conseil) ont en commun la ténacité, la pugnacité et une grande maîtrise de leurs dossiers. Le congrès a en outre élu les 15 membres du comité directeur, dont votre serviteur.
Métiers du bâtiment peu attrayants: Une CCT, et vite!
Le cahier « emploi » de « 24 heures » d’aujourd’hui (lire l’article en pdf ) commente l’inquiétude des entrepreneurs face au manque drastique de relève dans le bâtiment. Malgré une augmentation du nombre d’apprenti-e-s, la pénurie de main d’oeuvre qualifiée frappe durement ce secteur et la pyramide des âges y est chaque année moins favorable. Pourtant, ce n’est pas, une fois n’est pas coutume, parce que la branche aurait négligé la formation. Au contraire, le nombre d’entreprises formatrices y est nettement supérieur à la moyenne et les efforts pour attirer les jeunes dans ces métiers sont conséquents. Ils portent d’ailleurs en partie leurs fruits. Un argument de poids est souvent avancé: La convention collective du bâtiment est (ou plutôt était) l’une des meilleures et les conditions de travail et de salaire y sont moins mauvaises qu’on pourrait le croire à première vue. Cependant, le comportement scandaleux et irresponsable du patronat ruine ces efforts.
Et maintenant, des emplois!
Les milieux économiques et les partis bourgeois ont remporté la bataille fiscale d’une très courte tête. Prenons-en acte. Mais il faut dire qu’ils avaient la partie plutôt facile: un budget de campagne d’au moins 15 millions de francs, plus de 30 fois plus élevé que celui du PSS et de l’USS. A cela s’ajoute la mansuétude des médias, tributaires des annonces des entreprises bénéficiaires de l’abaissement de l’imposition des dividendes. Sans oublier que de nombreux patrons de grands groupes de presse (p. ex. les familles Ringier et Lamunière – Edipresse) profitent personnellement de la réforme. Sans que leur entreprise ne soit pour autant une PME. Ainsi, le Blick a refusé de publier une annonce de l’USS concernant mediamarkt, probablement par crainte de ne plus bénéficier des annonces de cette chaîne.
Les vaudois disent nettement non
La position des vaudoises et des vaudois est très nette. Voilà les partisans des baisses d’impôt pour gros actionnaires avertis: Si la droite veut introduire l’abaissement de l’imposition des dividendes dans le canton, elle risque fort d’aller au-devant d’une déconvenue. Les vaudoises et vaudois ont en effet bien compris que le soutien aux PME ne passe pas par des rabais d’impôt dont bénéficient surtout les gros actionnaires.
Prenons les promesses au mot!
Les partisans nous ont promis des emplois et des places d’apprentissage dans les PME. Nous ne pouvons donc qu’attendre pour voir comment ils tiendront cette promesse! Il sera aussi fort intéressant de savoir combien d’emplois auront créé en Suisse les grandes entreprises dont les actionnaires bénéficient désormais d’un large rabais d’impôt. Et combien auront plutôt empoché le rabais d’impôt… ou l’auront investi ailleurs qu’en Suisse.
On nous a aussi seriné que la réforme de l’imposition des entreprises II ne nuirait pas à l’AVS, même si elle la prive de plusieurs centaines de millions par année. Tant mieux. Cela signifie que les partisans de la réforme considèrent que, si l’AVS est suffisamment solide pour supporter une telle baisse de ses revenus, c’est que l’introduction de la retraite flexible est finançable.
Où sont les verts?
Le sondage SSR-idée suisse du 8 février indiquait que près de la moitié de l’électorat des verts ayant annoncé une intention de vote à cette date était favorable à la réforme. Ce n’est certes qu’un sondage, qui plus est réalisé trois semaines avant la votation. Rien n’indique en outre que cette tendance ne se soit véritablement vérifié dans les urnes.
Il n’en demeure pas moins que les verts ont été inexistants tout au long de cette campagne. Alors que le PS avait une page spéciale et a organisé plusieurs conférences de presse, les verts suisses se contentent d’indiquer leur prise de position et de mettre un lien… vers le site du PS. Quant aux verts vaudois, la prise de position est agrémentée d’un logo concernant l’initiative contre les avions de chasse, objet aux enjeux nettement moins importants que le paquet fiscal.
Vu le faible écart, il y a fort à parier qu’un engagement plus marqué du PES aurait pu avoir un impact. Mais force de constater qu’il n’a pas eu lieu. Est-ce un signe de leur glissement au centre (ou vers le ni-à-gauche-ni-à-droite)? Difficile de le dire à ce stade. Cela n’en démontre pas moins les conséquences pratiques d’un transfert de voix PS aux écologistes.
L’académie française torpille les technocrates de la formation professionnelle suisse
Depuis l’entrée en vigueur de la nouvelle loi fédérale sur la formation professionnelle, quelques technocrates avaient presque réussi un hold-up magistral: imposer le remplacement général du terme « apprenti », pourtant facile à comprendre par tout le monde, par « apprenant », même si ce terme n’apparaît ni dans la loi, ni dans son ordonnance. En Suisse alémanique, cette offensive linguistique est malheureusement un succès: « Lernende » a supplanté « Lehrling » (respectivement « Lehrtochter« ), même dans le langage courant. Mais bon, en Allemand, le premier a au moins l’avantage sur le second d’être épicène.
Fort heureusement, un enseignant d’une école professionnelle bulloise a eu la bonne idée de poser la question à l’Académie Française. Comme le rapportent les actualités de la formation professionnelle, la réponse est sans équivoque. « Apprenant » n’est pas dans le dictionnaire de l’académie et celle-ci recommande de lui substituer, selon le contexte, étudiant, élève ou… apprenti. (la lettre de l’académie se trouve ici en pdf)
Il ne reste plus qu’à espérer que cela mettra un terme à la mode de nommer toute personne en formation « apprenant ». Dans le canton de Vaud, le terme « apprenant » est encore très présent, notamment dans les pages du service du personnel. En revanche, dans l’avant projet de loi vaudoise sur la formation professionnelle, le terme « apprenti » reprend du poil de la bête. Et le canton a annoncé vouloir bannir définitivement « apprenant ». Y’a de l’espoir.
Libéralisation de la poste: Pas de trêve pour les ultralibéraux.
Les récents déboires de la libéralisation du marché postal en Europe devraient inciter à la prudence. En Suède, seuls les gros clients ont vu leurs tarifs baisser, alors que les petits clients (particuliers et PME) ont subi des hausses tarifaires. Et, en Allemagne, la sous-enchère salariale massive que créent les concurrents de la Deutsche Post a forcé le gouvernement à instaurer un salaire minimum de branche en quatrième vitesse, salaire qui reste cependant nettement inférieur à celui des employés du service public. Dans notre pays, les derniers votes populaires contre la libéralisation du marché de l’électricité, contre la privatisation de services publics cantonaux et communaux, ainsi que la très courte défaite de l’initiative syndicale «service postal pour tous» auraient dû suffire à démontrer que la population ne se laisse pas berner et ne croit pas un seul instant que libéralisation rime avec amélioration des prestations. Une étude mandatée par le DETEC parue peu de temps avant Noël confirme que la libéralisation totale du marché postal mettrait en danger le service universel, entraînerait la fermeture de bureaux de poste et une dégradation des conditions de travail et de salaire pour les postiers-ères.
