Il faut créer 5000 places d’apprentissage!

Chaque année, 2500 jeunes se retrouvent sans solution à la sortie de l’école obligatoire (c’est ce que détaille une étude de l’OFFT dont il a oublié de se vanter). Et entre 15000 et 20000 (plus de 20% d’une classe d’âge) doivent se contenter d’une solution transitoire et tentent leur chance pour obtenir une place d’apprentissage l’année suivante, voire celle d’après. Je n’ai pas besoin de revenir en détails sur les conséquences à long terme de ces difficultés: Sans formation post-obligatoire, ils risquent de ne jamais occuper d’emploi autre que précaire, de n’avoir jamais accès à la formation continue voire même de dépendre durablement de l’assistance publique.
La commission de jeunesse de l’USS présentait donc vendredi ses solutions face à la pénurie de places de formation. Et, une fois n’est pas coutume, l’OFFT et son baromètre des places d’apprentissage, confirme nos vues: il manque au moins 5000 places d’apprentissage!

Les jeunes sont les oubliés de la reprise économique. Certes la bonne santé de l’économie a amélioré légèrement la situation, mais des places de formation manquent toujours par milliers. Ainsi, les grandes banques et assurances ont largement réduit leur offre en place d’apprentissage de commerce depuis le début des années 2000. Et, dans la branche de la santé et du social, l’offre en place de formation ne couvre qu’un tiers de la demande. Parallèlement, des branches de plus en plus nombreuses font face à une pénurie de main d’œuvre qualifiée (p.ex. l’horlogerie, l’industrie des machines, l’industrie graphique). Il faut donc agir. Et vite. Quoiqu’en disent les milieux patronaux (à noter que les milieux patronaux concernés par la pénurie de main d’œuvre partagent notre point de vue et, à l’instar de la convention patronale de l’industrie horlogère, créent des places de formation).

Créer des fonds pour la formation professionnelle

Un bon moyen de soutenir les entreprises formatrices, d’inciter les entreprises à former et de libérer des moyens pour la formation professionnelle et de créer des fonds pour la formation professionnelle. Des fonds cantonaux, car les branches suffisamment organisées pour créer un fond de branche et où il existe une tradition de formation duale sont très peu nombreuses, en témoigne le faible nombre de fonds de branche (11) auxquels le conseil fédéral a conféré la force obligatoire. Ce modèle connaît un succès croissant. Il est bien établi en Romandie (FR, GE, NE, VS et – depuis deux semaines– JU ) et est en train de passer la frontière linguistique: Des projets, lancés soit par les syndicats, soit par la jeunesse socialiste, existent à BS, ZH, SH et SG. Pourtant, la conférence des directeurs et directrices cantonaux de l’instruction publique a émis une recommandation opposée à ces fonds. Ce qui est en contradiction totale avec son objectif de permettre à 95% (contre 89% actuellement) de chaque classe d’âge d’obtenir un titre post-obligatoire, sésame du marché du travail. Le principe du fond pour la formation professionnelle est simple: toutes les entreprises versent une petite cotisation patronale (JU: 0,05% de la masse salariale) et ces montants sont redistribués aux entreprises formatrices, par exemple en prenant en charge les frais de formation des formateurs-trices. Quant aux entreprises qui ne forment pas, qui resquillent en profitant des efforts des autres, elles contribuent enfin au financement de la formation professionnelle.

Encadrer les jeunes en difficultés… mais aussi les entreprises!

Nul ne peut nier que certains jeunes ont plus de difficultés que d’autres pour trouver une place. Les mesures d’encadrement (coaching, parrainage, etc.) sont donc à saluer. Cependant, il faut aussi encadrer les entreprises, pour les inciter à former, les soutenir dans leurs efforts formateurs et prendre des mesures pour éviter la discrimination. En effet, des nombreux jeunes issus de l’immigration voient leurs postulations refusées, tout simplement parce qu’ils portent un «mauvais» nom de famille. Il convient donc d’informer les entreprises pour prévenir toute discrimination et au besoin mettre en place un système de postulations anonymes, afin que le choix des employeurs se fasse en fonction de leur compétence et non de leur origine ou de leur sexe.

Les inégalités croissent…

Ces revendications syndicales peuvent s’appuyer sur les constations du pôle national de recherche sur l’enfance et la jeunesse (PNR 52). Lors d’une conférence de presse mardi passé, le PNR52 a mis en lumière que les inégalités entre les jeunes croissent. L’accès à la formation est de plus en plus difficile pour les jeunes issus de milieux peu formés ou à faible revenu (ce qui est malheureusement souvent synonyme). Les migrantes et migrants sont aussi très touchés par ces inégalités. En outre, l’étude du PNR 52 montre que les adultes font peu confiance aux jeunes. Cela n’est malheureusement ni nouveau (voir ce billet), ni étonnant: Combien de fois n’a-t-on pas entendu dire que « les jeunes chômeurs sont les seuls responsables de leur sort »?

Bref, les conclusions du PNR 52 démontrent à nouveau qu’il faut tout faire pour garantir à chacune et chacun un accès à la formation. Espérons qu’à force de le marteler, ça va finir par rentrer…

(ajouté le 3 juillet) Le baromètre confirme!

Publié par l’OFFT le 3 juillet, le baromètre des places d’apprentissage confirme les vues de l’USS: il manque toujours au moins 5000 places d’apprentissage pour faire face à la demande. En effet, si 500 nouvelles places ont été créées, elles sont toujours largement inférieures au nombre de jeunes souhaitant entrer en formation professionnelle.

Les documents de la conférence de presse de la commission de jeunesse de l’USS se trouvent ici.
Le résumé de la conférence de presse sur 20min.ch.

Pour lire le communiqué de presse du PNR 52, c’est par là.

2 réflexions au sujet de « Il faut créer 5000 places d’apprentissage! »

  1. bonjour,
    je me présent je suis une fille de 18ans qui cherche desesperement
    une place d’apprentissage dans la vent (textil) dans le candon ge.vd
    j’atend just con me donne ma chance…^^
    si jamais mon email c’est : miss_lilce@yahoo.fr

  2. Ce commentaire est symptomatique du manque drastique de places de formation, qui met énormément de jeunes dans des situations critiques. J’ai conseillé à cette personne de consulter les sites internets suivants:

    http://www.wikijob.ch/ Site vaudois sur les places d’apprentissage
    http://www.orientation.ch/dyn/1141.asp Liste des toutes les places d’apprentissage disponibles en Suisse
    http://www.geneve.ch/ofpc/ Office genevois d’orientation professionnelle
    http://www.orientation.vd.ch/ Office vaudois d’orientation professionnelle
    http://www.csp.ch/ Centre social protestant: aide aux jeunes en difficultés
    http://www.kiftontaf.ch/ Site de soutien aux jeunes pour la région lausannoise.

    En outre, le syndicat Unia publie une brochure gratuite pour jeunes chômeurs et chômeuses, que l’on peut trouver ici: http://www.unia.ch/Guide-pratique.2249.0.html?&L=1 ou commander gratuitement auprès de jeunesse@unia.ch

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