Pauvre Doris!
Lundi 16 aoĂ»t 2010Au dĂ©tour d’un entretien à «24 heures» et Ă la «Tribune de Genève» (l’encadrĂ© dont il est ici question n’est pas en disponible en ligne), Doris Leuthard donne son apprĂ©ciation de l’abaissement de la notion de «travail convenable», qui pourrait, si le peuple ne refuse pas la rĂ©vision de la loi sur l’assurance-chĂ´mage (LACI) le 26 septembre, forcer les jeunes de moins de 30 ans Ă accepter n’importe quel emploi, mĂŞme s’il ne correspond pas Ă leur formation ou Ă leurs compĂ©tences. Pour ce faire, elle donne l’exemple de sa situation personnelle: Elle aussi a «dû» changer d’emploi. Juriste, elle est devenue Conseillère fĂ©dĂ©rale: «J’ai une formation de juriste, et maintenant, je travaille comme conseillère fĂ©dĂ©rale. Je fais tout Ă fait autre chose». Cette pauvre Mme Leuthard ne dit toutefois pas si ce nouvel emploi correspond Ă ses compĂ©tences… Donc, Ă son avis, si elle a pu s’adapter, nul doute que les jeunes chĂ´meurs pourront se contenter sans problèmes d’un autre emploi, quel qu’il soit.
Mais l’exemple choisi par Mme Leuthard montre qu’elle n’a rien compris à l’abaissement de la notion de «travail convenable». Il ne s’agit en effet pas de trouver un autre emploi, qui, à l’instar de celui de conseillère fédérale, est bien payé, prestigieux, dont rêve une bonne partie des parlementaires fédéraux et qui soutient largement la comparaison avec celui de juriste. Non, avec le méchant tour joué aux jeunes, il s’agit d’accepter un emploi moins bien payé, aux conditions plus difficiles et qui ne tient absolument pas compte de l’énorme investissement personnel que représente une formation professionnelle. En outre, réserver cette mesure aux moins de 30 ans uniquement n’est rien d’autre que de la discrimination d’une classe d’âge. Enfin, cela crée de la sous-enchère salariale, les travailleurs moins qualifiés devant désormais craindre d’être purement et simplement remplacés par des jeunes moins chers et plus flexibles (même s’ils sont surqualifiés)… Ils n’auront donc pas d’autre choix que d’accepter eux aussi de baisser leurs prétentions pour éviter de se retrouver perdants face à une concurrence déloyale provoquée par l’Etat.
Lors de cet entretien, Mme Leuthard livre encore une information intéressante démontrant que la révision de la LACI n’améliorera pas les incitations à trouver un nouvel emploi: «On doit tenir compte des possibilités offertes par le marché du travail. C’est ce que demande déjà aujourd’hui la loi sur le chômage ». Bon, alors, si la loi actuelle le demande déjà , pas besoin de la durcir. Et Mme Leuthard de conclure, pleine de bon sens: «Attendre à la maison, ce n’est jamais une bonne solution». Là , elle a tout à fait raison. Mais peut-être oublie-t-elle que la loi actuelle prévoit déjà des sanctions contre les chômeurs qui «attendent à la maison» sans rechercher ou accepter un nouvel emploi!
Le 26 septembre, non à une révision de la loi sur l’assurance-chômage discriminatoire et inutile!