Vive les journaux gratuits!

Les récents débats sur «No billag» ont permis d’aborder la question de la valeur de l’information… et le fait qu’une information de qualité n’est jamais gratuite. Pourtant, lors de la campagne, bon nombre des partisans de l’initiative arguaient qu’un service public médiatique n’était « pas nécessaire pour s’informer correctement, en raison de l’existence des journaux gratuits ». C’est vrai, quoi, pourquoi payer une redevance si l’info est disponible gratuitement et facilement dans toutes les gares et sur internet? Eh bien, voici un exemple de la qualité des journaux gratuits… et de l’impact de leur modèle d’affaire (financement par la publicité) sur leur contenu et leur ligne éditoriale.

Récemment, la Coop a ouvert un nouveau supermarché à Lutry. Le jour même, « le Régional », hebdomadaire gratuit de l’Est vaudois, se fend d’une pleine page de louanges dithyrambiques pour ce nouveau centre commercial : varié, pratique, écologique, frais, local et j’en passe. Il y a tant de qualificatifs élogieux que le lecteur finit par se demander pourquoi il ne se précipite pas séance tenante à la Coop « Petite Corniche » pour profiter de ses vins régionaux, de ses fleurs parfumées, de son poulet rôti et de son pain frais et, on le devine, croustillant à souhait.

Bon, OK, cette Coop n’est pas mal, mais ça reste une Coop. Pas besoin d’en rajouter. Surtout que ce nouveau supermarché risque de rendre la vie encore plus difficile aux petits commerçants locaux.

Mais l’explication de ce torrents de louanges se trouve… juste à la page précédente. En effet, on peut y trouver une pleine page de pub payée plusieurs milliers de francs… par le nouveau centre commercial « Petite Corniche ». Ceci explique cela. En revanche, pour une information utile et objective, il faudra repasser, car servir la soupe aux généreux annonceurs est plus important.

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« Je n’ai rien à cacher »

Loin de moi l’idée de me prononcer sur le fond de l’« affaire Broulis ». D’autres le feront mieux que moi, qui ne connais pas tous les éléments du dossiers. La presse, qui n’est certainement pas motivée par une jalousie ou une rivalité valdo-zurichoise fantasmée, fait d’ailleurs très bien son travail, tant sur les bords du Léman que sur ceux de la Limmat.

Mais ce n’est le fond de cette affaire qui m’intéresse ici. C’est plutôt la phrase «  Je n’ai rien à cacher ». En ces temps où la protection des données et de la sphère privée ainsi que la surveillance de masse étatique ou privée sont sur toutes les bouches, d’aucuns argumentent volontiers que toutes les atteintes dont on parle ne sont pas si graves pour celles et ceux qui n’ont « rien à cacher ». C’est vrai, pourquoi se plaindre d’être surveillé, traqué, examiné, fiché, analysé sous toutes les coutures, par toute sorte d’agences étatiques ou d’entreprises privées si l’on n’a « rien à cacher » ??? L’exemple de M. Broulis est très révélateur de la vacuité de l’argument « qui n’a rien à cacher n’a rien à craindre ».

En effet, M. Broulis prétend n’avoir « rien à cacher » à propos de sa situation fiscale. Mais refuse donc d’en dévoiler les détails, arguant qu’il s’agit de sa sphère privée. Cela montre bien que, la signification du « rien à cacher » peut être fort différente du point de vue de celui qui cache et de celui qui cherche. Car, tant que l’on ne sait pas ce que celui qui cherche cherche, tant que l’on en sait pas ce qu’il pourrait, de son point de vue, vous reprocher, impossible de savoir si l’on a vraiment « rien à cacher ». Car c’est celui qui cherche qui sait ce qu’il cherche… et donc qui définit, à l’aune de ses propres critères, ce qu’il considère comme « à cacher ». En l’espèce, M. Broulis étant une personnalité publique qui plus est responsable des finances cantonales, l’intérêt public à révéler les détails de sa situation fiscale me semble évident. Mais il n’en demeure pas moins que, lorsque quelque chose relève de la sphère privée, peu importe que l’on considère n’avoir « rien à cacher ». Ou que l’on ait vraiment, du point de vue d’une personne extérieure, réellement « rien à cacher ». Du moment qu’il s’agit de notre sphère privée, on doit pouvoir le dissimuler sans avoir à se justifier, l’intérêt public à révéler certaines informations étant réservé.

Autre exemple, plus trivial, mais très efficace : Quand on va aux toilettes, tout le monde sait ce qu’on va y faire. Il n’y a donc pas grand-chose « à cacher ». Mais on ferme tout de même la porte. La protection des données et de la sphère privée, c’est la même chose. Peu importe que l’on ait ou pas quelque chose « à cacher ». Du moment que l’on refuse de le montrer, cela doit rester secret.

 

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A toutes celles et ceux qui pensent n’avoir « rien à cacher », je recommande ce site.

Créer des pauvres pour lutter contre la pauvreté ?

Lors des discussions à propos des nouvelles lignes de bus longue distance destinées à concurrencer les CFF à des conditions de qui relèvent de la sous-enchère, un argument m’a particulièrement frappé : « des transports à bas prix, c’est bon pour les pauvres, qui pourront enfin se déplacer sans se ruiner en billets de train ». L’argument est même venu d’une ancienne collègue syndicaliste, qui négociait avec les grandes enseignes du commerce de détails connues pour leurs très bas salaires, et à qui il ne serait jamais venu à l’idée (en tout cas à l’époque) de revendiquer des baisses de salaire pour le personnel des grandes surfaces, au motif que cela permettrait de « baisser les prix et rendrait donc service aux pauvres ». C’est vrai qu’à première vue, l’argument peut sembler pertinent. Il est vrai que le prix des transports publics est trop cher pour certains. D’aucun peuvent donc en tirer la conclusion qu’il faut le baisser en privilégiant les offres à bas coûts, quitte à pour cela générer une concurrence sauvage dont les autres prestataires de service public feront les frais. Mais cette argumentation – outre le fait qu’elle vient souvent de personnes qui se soucient comme d’une guigne des pauvres et de leur sort – est bancale pour deux raisons. Continuer la lecture →