Dépolitisons !

Mardi, le PLR vaudois présentait ses propositions pour « externaliser et autonomiser » le CHUV. En plus de l’habituel jargon un peu fourre-tout prônant une « gouvernance moderne et efficiente », un mot a attiré mon attention : le CHUV doit être « dépolitisé ». Le principal parti de droite du canton, où la composante radicale a jadis régné sans partage, juge le principal hôpital vaudois trop « politisé ». Parce qu’il est sous la tutelle du Conseil d’Etat, un organe éminemment « politique ». Et qui a – c’est probablement son principal défaut du point de vue libéral-radical – le tort d’avoir une majorité de gauche. Et d’avoir confié les rênes de la politique de la santé à un socialiste (Pierre-Yves Maillard).

Cette volonté de rogner sur les attributions d’un département dirigé par un socialiste et dépendant d’un gouvernement à majorité rose-verte en dit certainement long sur la résignation d’un PLR qui semble avoir abandonné toute velléités de reprendre la majorité du Conseil d’Etat, à tout le moins de briguer la direction du département en charge de la santé. En effet, dans une configuration comme celle-ci, le PLR aurait une grande marge de manoeuvre pour réorganiser le CHUV à son goût. Quand on voit les dégâts en matière de politique de santé publique dont est capable la majorité de droite du Grand conseil, qui a fait les quatre volontés des cliniques privées il n’y a pas si longtemps, cela fait froid dans le dos. Et quand on constate les dégâts que peuvent poser l’autonomisation et l’externalisation des services publics (salaires de managers en hausse, prestations et conditions de travail en baisse, etc. ), on en frémit davantage. Mais, quoi qu’il en soit, les éventuelles dérives libérales d’une majorité de droite peuvent être stoppées, notamment par référendum. Et c’est là qu’intervient la « dépolitisation ».

Le problème de la droite avec le contrôle démocratique

En prétendant, sans le moindre élément concret faut-il le préciser, que le CHUV est trop « politisé », le PLR s’attaque surtout au contrôle démocratique des services publics par les citoyens et par leurs élus. En voulant que le CHUV ne soit plus dirigé par un gouvernement élu, mais par un conseil d’administration qui n’a de compte à rendre ni au parlement, ni au peuple, le PLR renforce une tendance malheureusement déjà très bien implantée à droite qui vise à remplacer petit à petit les élus et le peuple par des « experts », à plus forte raison si les élus et le peuple font obstacles à leurs lubies dérégulatrices, en refusant de les approuver dans les parlements ou lors des votations. Cette volonté de « dépolitiser » le CHUV est à mettre en parallèle avec les propositions de la droite du Parlement fédéral (largement inspirées des délires d’avenir.suisse et présentées aussi comme une « dépolitisation ») de supprimer le droit du Parlement et du peuple de se prononcer sur les rentes du 2ème pilier en confiant cette tâche à des experts. Experts qu’elle espère sans doute plus réceptifs à ses dadas idéologiques. Le même raisonnement vaut pour l’acharnement idéologique de la droite à vouloir une banque centrale indépendante. Comprenez : indépendante des élus (et du peuple). Derrière la « dépolitisation » se cache donc une volonté de s’extraire du contrôle démocratique, notamment pour mieux appliquer un programme politique contraire à l’intérêt général.

Saper la crédibilité de l’Etat

En outre, vouloir à tout prix « dépolitiser » la gestion du service public revient à jeter le discrédit sur la politique, sur les élus, et donc sur la démocratie. Cela revient à faire croire que la politique, c’est quelque chose de mal, d’inefficace, de passéiste. Des arguments que l’on croyait pourtant réservés à l’extrême-droite, mais qui, ici, visent à faire passer un des messages centraux des ultralibéraux, qui prétendent (et peut-être y croient-ils aussi) que « l’Etat est moins efficace que le privé ». Et tant pis si le contraire a maintes fois été démontré. Notamment en matière de santé.

Quoi qu’il en soit, cette volonté de « dépolitiser », « externaliser » et « autonomiser » cache en réalité les vrais objectifs de la démarche : privatiser un maximum de tâches publiques. Ou en tout cas les bénéfices, car, dans toute bonne privatisation, on laisse la collectivité éponger d’éventuelles pertes. Mais voilà, la population a bien compris que les privatisations ne servent pas l’intérêt public, mais plutôt l’intérêt particulier d’une poignée de privilégiés. Lorsqu’on lui propose de privatiser, elle refuse, en général très nettement. Les vaudois ont ainsi largement rejetée de privatiser leur banque cantonale ou leur service des automobiles. Le PLR, battu à plates coutures lors de ces votations, a semble-t-il bien retenu la leçon et évite désormais soigneusement d’employer le terme qui fâche. Ce qui ne veut pas dire qu’il ait abandonné ses objectifs.

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