Série d’été sur le vote électronique (7ème et dernier épisode)

Tout au long de l’été, je décortique les mythes qui circulent à propos du vote par Internet. Aujourd’hui, le dernier épisode :

7. L’introduction généralisée du vote électronique est inéluctable (et ceux qui s’y opposent sont des dinosaures…)

Les opposants au e-voting sont régulièrement traités de dinosaures, de vieux schnoques, de résident d’EMS et j’en passe. On les accuse d’être rétifs à toute modernité et hostiles à l’innovation. De passer à côté des besoins de la population, en particulier de ceux des jeunes générations prétendument aussi expertes qu’avides des nouvelles technologies (c’est faux, mais ça sonne bien) ou de ceux des Suisses de l’étranger, dont on dit qu’ils veulent pouvoir voter coûte que coûte et quels que soient les dangers pour la fiabilité des scrutins. Et, de toute façon, les opposants au e-voting sont volontiers comparés à Don Quichotte se battant contre d’inarrêtables moulins à vent. Car, pour bon nombre de promoteurs du vote électronique, son avènement est inéluctable. Parce que, c’est bien connu, personne ne peut freiner l’essor des nouvelles technologies. Pas même les principes essentiels au bon fonctionnement de la démocratie.

Mais il ne faut pas tout confondre. S’il n’est guère possible, ni d’ailleurs souhaitable, d’entraver le développement des nouvelles technologies, cela ne veut pas dire qu’il faut jeter par dessus-bord toutes les règles qui ont fait leurs preuves, à plus forte raison si ces règles servent à préserver la démocratie. Ce n’est pas parce que le vote électronique est « moderne » qu’il justifie que l’on abandonne des principes aussi essentiels que le secret du vote, la fiabilité des résultats électoraux ou la possibilité pour tout citoyen de participer au dépouillement ou d’en surveiller le bon déroulement. A moins bien sûr de considérer que ces principes seraient obsolètes. Ce qui reviendrait à considérer comme telle la démocratie elle-même.

Quoi qu’il en soit, l’introduction généralisée du vote par Internet, n’est pas inéluctable. D’abord parce que de nombreux pays y ont renoncé à des stades plus ou moins avancés, vus les risques encourus. Les Pays-Bas, pays pionnier du vote électronique dès 1996, ont, en 2006, stoppé ce canal de vote (pourtant accessible à 99% du corps électoral) pour des raisons de sécurité. La Cour constitutionnelle allemande a jugé le vote par Internet incompatible avec les principes démocratiques en 2009. Et, en 2017, la France a supprimé la possibilité d’élire les députés des Français de l’étranger par Internet, au nom de la sécurité informatique. Certes, il y a quelques pays qui persévèrent malgré les erreurs et autres fraudes, notamment les USA, où même l’élection présidentielle de 2000 a été entachée d’irrégularité en raison de machines à voter. Pourtant, récemment, un enfant de 11 ans a pu falsifier un résultat électoral en Floride, heureusement dans le cadre d’un concours de hackers… et sur une réplique du vrai site !

En Suisse aussi, il serait tout à fait possible de renoncer définitivement au vote par Internet. D’une part, grâce à une initiative populaire en préparation qui souhaite l’interdire complètement, en tout cas tant que la technologie ne permet pas une vérifiabilité par n’importe quel citoyen sans connaissances particulières en informatique. En outre, si le Parlement fédéral décidait de pérenniser les actuels « essais » de vote électronique (qui concernent d’ailleurs beaucoup trop d’électeurs pour être vraiment traités d’essais, mais c’est une autre histoire) et donc d’introduire ce canal de vote à large échelle, il serait possible de lancer le référendum. Donc, si les citoyens refusent que l’on sacrifie la démocratie sur l’autel de la technique (et des intérêts financiers de ceux qui font vendent les systèmes de vote électronique…), ils pourront s’y opposer. Et ce seront eux qui auront le dernier mot.

Ainsi se termine ma série d’été sur le vote électronique. Pour lire les autres billets sur le sujet, c’est par ici…

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