1 à 12: Limiter des excès incompatibles avec le modèle suisse

Lorsque le privé dérape au détriment de l’intérêt général, l’intervention de l’Etat est légitime, y compris en matière de gestion d’entreprise. Ainsi, l’Etat limite à juste titre la liberté économique quand il impose l’égalité salariale entre femmes et hommes, quand il prend des mesures contre la sous-enchère ou quand il corrige la politique salariale des banques «too big to fail». Et, en plébiscitant l’initiative « Minder », le peuple et les cantons lui ont donné une première fois mandat de corriger les abus salariaux des managers.

Car ces abus sont nuisibles : Sans lien avec une réelle prestation de travail, ils incitent au risque, à la destruction d’emploi et de savoir-faire industriel, privent la grande majorité des salariés de leur part à la création de richesse, sapent la cohésion sociale… et coûtent cher au contribuable lorsque leur bénéficiaires mènent des entreprises florissantes à la faillite. Ces salaires abusifs n’ont en outre rien à voir avec le succès du «modèle suisse», qui se base notamment sur la solidarité et la juste rémunération de l’effort. Une entreprise comme Victorinox (écart salarial 1 à 6) est d’ailleurs un bien meilleur porte-parole du «modèle suisse» que la poignée de top-managers formée à l’école anglo-saxonne, qui exigent de gagner 50, 100, voire 200 fois plus que leurs collaborateurs, dont les prestations sont pourtant tout aussi décisives pour la bonne marche de leur entreprise.

Alors que l’initiative «Minder» n’a fait qu’en interdire certaines formes et donner plus de pouvoir aux actionnaires, «1 à 12» mettra une limite simple et claire à ces rémunérations choquantes. La frappe est chirurgicale: sur les 300’000 entreprises que compte notre pays, elle n’en concerne que 1200, dont aucune PME.

Parce que cette initiative révèle qu’ils ne comptent rien faire pour limiter des abus salariaux qu’ils ont érigés en modèle de société, les milieux économiques paniquent et menacent le peuple des pires cauchemars s’il ose à nouveau leur taper sur les doigts. Fort heureusement, les scénarios-catastrophe qu’ils présentent comme acquis sont en fait jugés «peu réalistes» par leurs propres auteurs. Et, surtout, ces menaces sentent le réchauffé; elles reviennent lors de chaque votation sur les progrès sociaux (assurance-maternité, AVS, initiative «Minder»), mais ne se sont jamais réalisées.

Rassurons-nous : la masse salariale globale ne baissera pas en cas de «oui» à «1 à 12». Les recettes des assurances sociales ne diminueront donc pas. En outre, aucune étude n’a démontré avec fiabilité que l’initiative entraînerait une baisse des rentrées fiscales, certaines analyses prédisant même une hausse.

«1 à 12» pose un vrai débat de société. Les fruits de la croissance doivent-ils profiter à tous au lieu d’être accaparés par quelques-uns? L’explosion des écarts salariaux met-elle en danger la cohésion sociale? J’en suis intimement convaincu et c’est pour cela que je voterai oui.

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  1. Ping : Suisse : les salaires des "top-managers" ne seront pas plafonnés - Martin Grandjean

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