Série d’été sur le vote électronique (4)

Tout au long de l’été, je décortique les mythes qui circulent à propos du vote par Internet. Aujourd’hui :

4. Avec un système de vote électronique ouvert et transparent, les citoyens conservent le contrôle

Le principal problème posé par le vote électronique vient à mon avis du fait que les citoyens sont privés de leur compétence de dépouiller et surveiller le processus électoral. Pourtant, les promoteurs du vote par Internet prétendent que cela peut être transparent. Certes, le canton de Genève publie le code source de son logiciel de vote. Mais, à moins d’être un spécialiste de la question, on n’y comprend rien. Donc, pour 99% des gens, impossible de vérifier que le logiciel en question est aussi sûr qu’on le dit. Et, même pour les spécialistes, il est impossible de savoir si le système qu’ils auraient pu vérifier au préalable est bien celui qui a été utilisé pour le dépouillement, s’il a subi des problèmes.

Quant au système concurrent, vendu par la Poste et développé par l’entreprise espagnole Scytl, c’est une « boîte noire ». On ne sait donc pas ce qu’il y a dedans, ni comment il fonctionne. Les citoyens, mêmes dotés de compétences pointues en informatique, sont prié de croire sur parole les concepteurs quand ils disent que le vote électronique s’est bien déroulé et que le résultat annoncé est conforme à la volonté des citoyens exprimée dans les urnes.

Dans le monde « réel », on pourrait présenter la chose ainsi. Au lieu que le dépouillement se passe dans des locaux publics et soit effectué et surveillé par des citoyens normaux représentants tous les partis, on confie l’organisation et le dépouillement du scrutin à une entreprise privée, qui le fait dans ses propres locaux avec son propre personnel. Lors de la proclamation des résultats, au lieu de faire confiance à ses pairs (d’autres citoyens sans connaissances particulières en informatique), il faut désormais se fier aveuglément aux experts de l’entreprise en question. En cas de problème, au lieu de désigner de nouveaux citoyens représentants tous les bords politiques pour procéder au recomptage (ou le surveiller), tout se passe à nouveau dans les locaux fermés de l’entreprise en question, dont les experts garantiront (ou pas) que tout s’est bien passé. Nul doute qu’une telle proposition de privatiser organisation, dépouillement et contrôle des votes populaires n’aurait aucune chance si elle concernait un scrutin sur papier. Pourtant, c’est exactement ce vers quoi nous mène l’introduction du vote électronique.

 

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