Série d’été sur le vote électronique (1)

A mon tour, je sacrifie à la mode de la « série d’été ». Avec la soudaine fuite en avant du Conseil fédéral, qui veut tout à coup introduire le vote par Internet le plus vite possible et à tout prix, le sujet revient au cœur de l’actualité. Comme beaucoup de mythes circulent à propos du vote électronique, il n’est pas inutile de profiter de l’été pour en décortiquer quelques-unes.

Aujourd’hui :

  1. Le e-banking est sûr, donc le e-voting est sûr

Bon nombre des personnes qui s’étonnent de savoir que je suis opposé au vote électronique me disent : « Mais tu gères tes comptes bancaires et fais tes paiements en ligne ? (c’est vrai !) Alors, comment peux-tu être contre le vote par Internet ??? » Eh bien tout simplement, parce que ce n’est pas la même chose. C’est vrai que la sécurité du e-banking est plutôt bonne en Suisse. Mais il existe un garde-fou que le vote électronique ne devra jamais jamais jamais avoir : la traçabilité de toutes les transactions. En cas de problème de e-banking, il est possible de retracer toutes les transactions effectuées et de vérifier si elles ont été faites à bon escient, le cas échéant pour pouvoir les annuler. Ma banque garde une trace de mes transactions, moi aussi et, en cas de doute, il est possible de tout revérifier, si nécessaire sur plusieurs années en arrière. Pour des transactions plus importantes, là où il y a un risque de blanchiment d’argent, la loi commande même de conserver des traces précises de chaque opération.

En revanche, avec le vote par Internet, il ne faut surtout pas que l’on conserve une trace de ce qu’a voté un citoyen en particulier. Imagions que l’Etat, par exemple au moment de décider de vous accorder une prestation, aille revérifier ce que vous avez voté au cours des dernières années ? Imaginons que votre commune de domicile, ou, pis, qu’une entreprise privée (car un des systèmes de vote électronique appartient à une entreprise privée…) conserve ces données hautement sensibles… et donc puisse les exploiter, les perdres ou se les faire voler ? Ce serait la fin d’un des principes fondamentaux en matière de droit de vote et de démocratie : le secret du vote. Heureusement, les systèmes actuels de e-voting ne conservent pas de telles traces (en tout cas, c’est ce que prétendent leur concepteur et je n’ai pas les compétences pour aller vérifier…). Pour cette raison, la comparaison entre banque en ligne et vote en ligne n’est pas pertinente. Ce n’est donc pas parce que le e-banking est sûr que le e-voting l’est.

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