Les jeunes ne sont pas les dindons de la farce de la réforme des retraites PV2020 !

Après s’être essayé à la polémique xénophobe en s’attaquant aux rentes AVS versées hors de Suisse (et s’être pris un méchant retour de bâton quand les Suisses de l’étranger se sont aperçus que c’étaient surtout leurs rentes AVS qui étaient visées), les opposants à la réforme des retraites « prévoyance vieillesse 2020 » (PV 2020) tentent de souffler sur les braises de la « guerre des générations » en prétendant que la réforme se fait sur le dos des jeunes générations. Attiser les rancœurs des « jeunes » contre les « vieux » (et vice-versa) est malheureusement une méthode qui a souvent produit des résultats, on l’a vu lors de la campagne sur « AVS+ », même si, avec plusieurs de mes jeunes collègues parlementaires, j’avais déjà dénoncé fortement cette stratégie aussi irresponsable qu’indigne. Une petite mise au point s’impose donc.

  1. Oui, avec l’AVS, les actifs (jeunes et moins jeunes) paient pour les retraité-e-s. Mais ils ne sont pas les seuls. Ce n’est pas pour rien que les arguments visant à monter les jeunes contre les moins jeunes fonctionnent : c’est parce que, dans notre système, les rentes AVS sont effectivement payées par les actifs. En tout cas en grande partie, car une part importante des recettes de l’AVS (29%) proviennent d’autres sources, notamment :
    • de la TVA, qui est aussi payée par les retraité-e-s (et 10% par les touristes qui ne toucheront jamais un centime de l’AVS) ;
    • des recettes ordinaires de la Confédération (pour plus de 8 milliards de francs en 2016), lesquelles proviennent notamment de la TVA (cf. ci-dessus), mais aussi des impôts directs, auxquels contribuent aussi les retraité-e-s et les entreprises. Et, en raison de la progressivité des impôts directs, les riches contribuent beaucoup plus que les gens modestes.

Et même si les actifs d’aujourd’hui paient les rentes AVS de leurs aînés, ils savent qu’ils pourront eux aussi compter sur des rentes AVS le moment venu. A plus forte raison si, grâce à PV 2020, le financement de l’AVS est renforcé. Et pour cela, affrontons la réalité en face, l’AVS a besoin d’un financement supplémentaire.

  1. Le « contrat entre les générations » fonctionne dans les deux sens : il ne faut pas oublier les prestations que les retraité-e-s fournissent aux jeunes, en particuliers aux jeunes parents. Les retraité-e-s actuels ont construit notre pays : des infrastructures, un système éducatif, un système de santé public et des assurances sociales de grande qualité. Le bien-être de toutes les générations actuelles se base sur les décennies pendant lesquelles ils ont travaillé de manière acharnée. Et leur contribution ne s’arrête pas à ce qu’ils ont fait avant d’être à la retraite : on estime en effet à plus de 4 milliards de francs par an la contribution des grands-parents à la garde de leurs petits-enfants. Autant d’argent que les parents n’ont pas à débourser. Quant aux nombreuses associations et sociétés locales qui ne fonctionnent que grâce au dévouement de leurs membres retraités, elles peuvent témoigner que les rentiers AVS ne sont pas des oisifs qui se content de vivre au crochet des actifs, même si c’est ainsi que la droite tente souvent de les dépeindre.
  2. Dans le deuxième pilier, PV 2020 va diminuer la pression financière sur les actifs. Actuellement, en raison de l’augmentation de l’espérance de vie, les actifs versent 3 milliards de francs par an dans le deuxième pilier pour garantir non pas leurs propres futures rentes, mais celles des retraités actuels. Sans PV 2020, cette contribution passera à 3,7 milliards de francs en 2030. Avec la réforme des retraites, elle pourra être ramenée à 1,7 milliard, soit presque moitié moins qu’aujourd’hui. Les actifs, en particulier les plus jeunes, ont donc particulièrement intérêt à un OUI à PV 2020. Car actuellement, lorsque les caisses de pensions doivent trouver de nouvelles recettes pour boucher les trous, soit elles augmentent les cotisations des actifs, soit elles baissent la part surobligatoire des rentes. Dans les deux cas, les actifs sont perdants, soit parce qu’ils doivent cotiser plus, soit parce qu’ils finiront par toucher moins (ou les deux).
  3. Pour les jeunes, l’AVS est beaucoup plus rentable que la prévoyance individuelle. L’AVS est l’assurance sociale dont le « rapport qualité-prix » est le meilleur pour la population, pour les retraité-e-s comme pour les actifs et les actives. Un couple qui bénéficie aujourd’hui de la rente maximale de 3150 francs a payé à l’AVS 460 000 francs de cotisations salariales jusqu’à sa retraite. S’il avait dû économiser lui-même pour obtenir la même rente, il lui aurait fallu mettre de côté plus de 800 000 francs ! Grâce à son financement solidaire et parce qu’avec elle aucun assureur privé ne se sert au passage, l’AVS est extrêmement intéressante. Et elle le restera demain aussi, grâce aux renforcement prévu par PV 2020. L’augmentation de nouvelles rentes AVS de 70.- par mois, financée par une augmentation des cotisations paritaires de 0,3% (0,15% à la charge des travailleurs) est un bon exemple du rapport qualité-prix de l’AVS : avec PV 2020, un salarié gagnant en moyenne 5000.-/mois paiera 7 francs 50 de cotisations en plus… pour toucher une rentes AVS mensuelle d’au minimum 2100.—Fr. (plus en cas de rente de couple) au lieu de 2030.—Fr.
  4. Le plan B de la droite dure coûterait beaucoup, beaucoup plus cher pour les jeunes que PV 2020 (mais elle se garde bien de le dire). Lors des débats parlementaires sur PV 2020, le PLR et l’UDC ont défendu jusqu’à la dernière seconde un modèle qui affaiblit l’AVS (hausse de générale de l’âge de la retraite, baisse automatique des rentes, baisse de la contribution financière de la Confédération) et « renforce » le deuxième pilier, en augmentant massivement les cotisations (tant leurs montants que leur durée), surtout pour les jeunes actifs, sans pour autant augmenter les futures rentes. Ainsi, avec la proposition de la droite dure, les jeunes actifs d’aujourd’hui devraient cotiser plus de deux fois plus au deuxième pilier. Alors, où est l’intérêt des jeunes actifs ?

Je laisse chacun libre tirer les conclusions qu’il souhaite au sujet de la stratégie de la droite, qui tente de saper la cohésion sociale et la solidarité entre les générations tout en militant en réalité pour l’augmentation de l‘âge de la retraite et la baisse automatique des rentes AVS et en faisant en sorte que les assureurs privés puissent augmenter leur part du colossal magot que représente le financement des retraites. Mais une chose est sûre : s’il est vrai que PV 2020 exige de chacun-e un effort financier (la stabilité financière de nos retraites le vaut bien), il est totalement faux de dire que ce seront surtout les jeunes générations qui vont devoir l’assumer. PV 2020 n’est pas le projet idéal, mais c’est un bon compromis. Mon (relativement) jeune âge ne m’empêchera pas de glisser un double OUI dans l’urne le 24 septembre.

4 réflexions au sujet de « Les jeunes ne sont pas les dindons de la farce de la réforme des retraites PV2020 ! »

  1. Je suis d’accord sur le fond qu’un affrontement jeune/vieux n’a pas de sens. Et je sais bien que le PS s’est battu (sans succès) par exemple contre les réformes abjectes du chômage qui ont touché particulièrement les jeunes. Mais se sont par contre très peu mouillées pour la question des bourses d’études!

    Il faut se rendre à l’évidence, les jeunes ne sont pas représentés. Que ce soit par le PS ou tout autre parti…

    Pourtant, les inégalités entre jeunes et vieux n’ont jamais été autant grandes. Et les vieux nous laissent avec des dettes, peu de capital en comparaison à leur consommation, et un environnement détruit.

    Je paye plus de loyers pour un studio avec mon amie que ma voisine (à la retraite) seule pour son 4 pièces… et on lui paye la retraite. Il y a un problème non?

    Je suis d’accord sur le fond, mais il faut aussi que le PS reconnaissance la cassure et que le manque de confiance des jeunes dans la politique ne vient pas de rien. Même si notre système très consensuel a largement minimisé les effets des clivages http://dievolkswirtschaft.ch/fr/2016/10/milic-11-2016-franz/ ce n’est pas le cas partout http://www.huffingtonpost.fr/jean-maxime/injustice-jeunes_b_2441679.html . Et les perspectives sont loin d’être réjouissantes, même en suisse.

    Je pense surtout qu’il y a une anticipation des jeunes: personne ne croit qu’il va avoir de la retraite et l’on sait bien que l’on va se faire rattraper par le réchauffement climatique. Si l’on survit jusqu’à 70 ans, c’est déjà pas mal.

    En parlant de la TVA, elle touche plus les revenus faibles donc aussi largement plus les jeunes. Et surtout, cette augmentation touchera les jeunes toute leur vie.

    Je rappelle également que suite à la crise de 2008, pas mal de caisses de compensation communales ont déjà largement relevé leur taux ce qui touche de plein fouet les jeunes. À ton demandé une baisse des retraites? Un effort des responsables? Non.

    Alors demander de la solidarité à sens unique me semble assez malvenu. Mais je rejoins par contre tout à fait l’idée qu’il faut dépasser les clivages, dépasser les labels et faire payer les riches.

    • Je pense que vous n’avez pas dû bien suivre ce qu’a fait le PS en matière de bourses d’études ces dernières années pour prétendre qu’il s’est « très peu mouillé ».
      P. ex. dans le canton de Vaud, le PS et sa conseillère d’Etat Anne-Catherine Lyon ont oeuvré pour multiplier le montant des bourses par 4, mais aussi pour sortir les jeunes en formation de l’aide sociale et plutôt leur allouer des bourses. Au niveau fédéral, le PS a soutenu avec force l’initiative de l’UNES et bataillé ferme au Parlement pour renforcer le contre-projet (même si le succès final était pour le moins modeste…). A titre personnel, je me suis beaucoup engagé pour les bourses d’étude bien avant d’être parlementaire fédéral et ait toujours senti que le PS soutenait ces revendications, à tous les niveaux.

      • J’ai suivi et des personnalités ce sont effectivement engagé et certaine beaucoup. Mais pour l’initiative ce n’était pas vraiment un sujet défendu avec assez d’énergie par le parti PS. Il y a bien eu Géraldine Savary qui s’était impliquée, mais mis à part ça je n’ai pas vu grand-chose.

        Cela dit, je salue ce billet. Parce que pour l’instant je n’ai vu que très peu d’arguments qui adressaient au moins de 35 ans en ce qui concerne l’AVS.

        En ce qui concerne Anne-Catherine Lyon, elle a bien modifié le système de bourse vaudois… mais a-t-elle augmenté les transferts vers les étudiants précaires? Non. « En gros, de l’un à l’autre, le jeune ne verra pas la différence dans son porte-monnaie avec un gain notable; en revanche, son image sociale se redorera » https://www.letemps.ch/suisse/2008/07/17/bourses-etude-sortir-jeunes-vaudois-assistance

        Donc oui, c’était un changement bienvenu, mais non la situation financière des étudiants précaires n’a pas changée.

        P.S. je ne reçoit pas de notification de réponse à mes commentaires sur votre blog, d’où ma réponse tardive.

  2. Ping : #PV2020 ne « punit » pas les retraité-e-s ! #CHvote | Jean Christophe Schwaab

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