Smartvote, c’est toujours n’importe quoi (carnet de campagne, épisode 4)

Celles et ceux qui lisent ce blog depuis ses débuts savent que je suis loin d’apprécier l’outil de « vote intelligent » « smartvote ». J’en suis plutôt un adversaire décidé et suis navré de constater qu’à chaque élection, les médias nous abreuvent jusqu’à plus soif de ses pseudo-analyses préfabriquées. Peut-être est-ce par gain de temps. Quoi qu’il en soit, une lecture un peu attentive des questions que pose (et ne pose pas) smartvote permet de se faire une idée assez précise du peu de sérieux, de l’absence totale de contexte et donc du peu d’utilité de cet outil. Cela permet aussi de se rendre compte que la politique ne saurait se résumer à une addition de « oui », de « non », voire de « plutôt oui/non ». Comme en 2007 et en 2011, voici donc un petit commentaire de quelques-unes des questions.

Question: Êtes-vous favorable à l’adaptation des directives de l’aide sociale qui prévoit une réduction des prestations pour les familles nombreuses et les jeunes adultes?

Commentaire: Deux propositions en une. Ça dépend par quoi on remplace les prestations. Si, comme dans le canton de Vaud, c’est pour remplacer l’aide sociale par des bourses pour inciter les jeunes à se former ce sera oui. Si c’est juste pour faire des économies sur le dos des familles les moins aisées sans pour autant inciter à la réinsertion, ce sera non.

Le taux de conversion, qui règle la hauteur de la rente LPP (2ème pilier), devrait-il être adapté à l’allongement de l’espérance de vie et diminué de 6.8% à 6.0%?

Le taux de conversion ne doit pas seulement dépendre de l’espérance de vie, mais aussi d’autres facteurs, notamment rendements des marchés financiers. Par ailleurs, prise de manière isolée, cette question ne fait pas grand sens, car elle est débattue dans le cadre du paquet « prévoyance vieillesse 2020 », lequel ne traite pas que du taux de conversion (j’aurais l’occasion d’y revenir…).

Dans le cadre de la troisième réforme de l’imposition des entreprises (RIE III), la Confédération et les cantons devraient-ils accepter les pertes de recettes fiscales pour garder les sociétés internationales, plus facilement délocalisables, en Suisse?

Ça dépend quel sera le montant des pertes et qui paiera… Ça dépendra aussi des éventuelles mesures compensatoires (nouvelles recettes fiscales ou mesures en faveur de la classe moyenne comme ce qui est discuté dans le canton de Vaud). Bref, là encore, le oui ou le non peu dépendre d’une multitude de facteurs…. Il faut aussi relever que ce n’est pas parce qu’elle est « internationale » qu’une entreprise est « plus facilement délocalisable ». Ça dépend de ce qu’elle fait en Suisse, des infrastructures qu’elle y a, de ce qu’elle y cherche et de l’existence ou pas d’alternative… Mais bon, smartvote n’est pas du genre à s’arrêter à ce genre de broutilles

Êtes-vous favorable à une réduction significative de l’effectif de l’armée limité à 100’000 soldats maximum?

D’abord, pourquoi 100’000 et pas 80’000 comme le proposent la gauche et les verts ? En outre, la question du nombre de soldats ne donne aucune indication sur les tâches que l’on veut confier à l’armée, ni sur sa capacité à affronter les défis actuels. Si on répond « non » à cette question, on perd un point sur l’échelle « ordre et sécurité » ; comme si 100’000 soldats avec autant de fusils planqués derrière autant de sapins, étaient « plus sûrs » qu’un nombre bien inférieur d’informaticiens à même de contrer des cyber-attaques… Voilà une vision bien obsolète de l’ordre et de la sécurité.

Devrait-on élargir les pouvoirs des autorités en charge de la sécurité en ce qui concerne la surveillance préventive de la correspondance postale, téléphonique et électronique?

Smartvote, décidément pas si « smart », confond deux dossiers : la loi sur le renseignement (LRens) et celle sur la surveillance des télécommunications (LSCPT). J’ai rejeté l’une et soutenu l’autre, car elles permettent à des autorités différentes (Service de renseignement vs. police) de mener des procédures de surveillances différentes (sur la base de vagues soupçons vs. sur la base de soupçons concrets de crimes graves) avec des procédures différentes (procédure politique vs. procédure judiciaire). Alors, oui ou non ???

Réduire ou augmenter les dépenses publiques ? Ça dépend lesquelles ! Et ça dépend bien sûr à quelle(s) condition(s). Mais là encore, smartvote ne permet pas de faire la différence !

Salaire minimum à 4000.—Fr. Même réponse qu’en 2011. Smartvote n’a rien appris en quatre ans.

Les sujets « oubliés » accentuent les lacunes…

Franc fort et abandon du taux plancher ? Service public (Poste, CFF) ? Protection des données ? Sécurité informatique ? Vote électronique ? Sous-enchère salariale ? Libre choix du médecin ? Neutralité du net ? Crise du logement ? Protection des consommateurs ? Tous ces thèmes pourtant extrêmement importants et actuels ne font l’objet d’aucune question. Autant dire que les électeurs vont avoir de la peine à se faire une idée complète sur les intentions et propositions des candidats, même si c’est ce que leur promet smartvote. Il est intéressant de noter que certains de ces thèmes manquaient déjà en 2011, comme quoi, décidément, smartvote n’apprend pas grand’chose.

Et de toute façon, ces rating, comme l’explique cet article du « Matin », ça ne sert à rien : http://www.lematin.ch/elections-federales-2015/ratings-candidats-influencentils-votes/story/31746678 Ce n’est probablement pas pour rien que le quotidien 24 heures ne collabore plus avec smartvote. Les choses ont bien changé !

Et pour ceux qui en redemandent, je vous parlerais bientôt de « Vimentis », qui est encore pire que smartvote. Car oui, il est possible de faire pire que smartvote ! (La suite au prochaine numéro…)

Une réflexion au sujet de « Smartvote, c’est toujours n’importe quoi (carnet de campagne, épisode 4) »

  1. Ping : Vimentis, pire que smartvote, prend les gens pour des imbéciles… (carnet de campagne, épisode 5) | Jean Christophe Schwaab

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