Shops de stations-service: Voilà ce que nous empêcherons en votant «non»

Le 22 septembre, nous nous prononçons sur l’ouverture 24h/24 des échoppes («shops») de stations-service situés le long de certains axes routiers. Cette flexibilisation des horaires de travail, uniquement destinée à satisfaire les besoins de quelques consommateurs impatients, est déjà suffisamment néfaste pour les conditions de travail du personnel concerné (souvent précaire et sans convention collective) que pour la survie des petits commerces (dont les associations s’opposent aussi à la libéralisation des horaires). Mais c’est aussi un vote de principe. Un vote qui permettra de stopper, probablement pour un bout de temps, la vague dérégulatrice initiée par une poignée d’ultralibéraux, qui tente de saborder petit à petit le droit du travail en commençant par les horaires d’ouverture des magasins, ce qui force, par ricochet, d’autres branches à prolonger leurs horaires (nettoyage, sécurité, transports, livraisons, services financiers, etc.).

La liste de ces très nombreuses tentatives de prolonger les horaires de travail pour instaurer le 24h/24 par petites tranches au cours de ces 8 dernières années est éloquente:

  1. Ouvertures dominicales dans les grandes gares. En vigueur.
  2. Travail dominical et nocturne pour les apprentis dès 18 ans au lieu de 20. En vigueur.
  3. Motion Kurt Wasserfallen, pour autoriser les cantons à fixer jusqu’à 4 ouvertures dominicales supplémentaires par an. En vigueur.
  4. Motion Buttet, pour forcer les ouvertures dominicales dans les «petits commerces» des «régions périphériques». Pendante devant le Conseil national. Serait condamnée par un «non» le 22 septembre.
  5. Motion Christian Wasserfallen, pour harmoniser les horaires d’ouverture à la hausse dans tous les cantons et instaurer deux ouvertures dominicales supplémentaires (retirée au profit de la suivante)
  6. Motion Lombardi pour prolonger les horaires d’ouverture à la hausse dans tous les cantons. Pendante devant le Conseil fédéral. Serait condamnée par un «non» le 22 septembre.
  7. Motion Abate, pour étendre les «zones touristiques», donc les ouvertures dominicales, sans possibilité aucune de référendum (mais à part ça, les partisans du 24h/24 dans les shops prétendent sans rire qu’il est possible de s’opposer dans les urnes à toutes les autres tentatives de déréguler les horaires de travail). Si c’est «non» le 22 septembre, le Conseil fédéral n’aura pas d’autre choix que de mettre cette proposition aux oubliettes.
  8. Motion du groupe vert libéral pour libéraliser les horaires de travail dans tous les magasins de moins 120m2. Pendante devant le Conseil national. Serait condamnée par un «non» le 22 septembre.

Il faut noter qu’il ne s’agit que des objets traités au niveau fédéral. Dans les cantons, les attaques contre les temps de repos sont tout aussi nombreuses, voire plus radicales encore, en témoignent les initiatives du PLR pour libéraliser totalement (vous avez bien lu: totalement), les horaires d’ouverture à Zurich et à Lucerne. Fort heureusement, le peuple a mis clairement le holà à ces délires dérégulateurs.

Il faut enfin relever que certaines de ces propositions, par exemple la motion Buttet ou celle des verts libéraux, font expressément référence à la libéralisation des heures d’ouvertures des «shops», bien que celle-ci n’ait pas encore été votée, arguant qu’elle créerait de la concurrence déloyale en défaveur des petits commerces (ce qui est tout à fait vrai). C’est bien la preuve que chaque petite tranche de salami en appelle une suivante et que chaque nouvelle libéralisation partielle s’appuie sur les précédentes.

Bref, un «non» sec et cinglant au travail 24h/24 cet automne devrait calmer cette frénésie. Et rappeler que le peuple sait faire la part des choses entre intérêts des travailleurs et des petits commerces d’une part et envie de consommer d’autre part.

13 réflexions au sujet de « Shops de stations-service: Voilà ce que nous empêcherons en votant «non» »

  1. Sauf que la votation du 22 septembre ne demande AUCUN changement dans les heures d’ouverture… est-ce que je me trompe?

  2. Comme d’habitude, Philippe, vous vous trompez. Selon la loi en vigueur, il n’est actuellement pas autorisé d’employer du personnel dans la partie magasin des « shops » entre 1h et 5h du matin.

    • Je ne me trompe pas, la votation n’a pas pour but de changer les heures d’ouverture, les shop en question étant déjà ouvert entre 1h et 5h. Il s’agit juste de pouvoir vendre d’autres articles que ceux qui y sont déjà accessibles à la vente.

      En réalité, on « augmente » le nombre d’articles en vente, mais on ne change pas les horaires d’ouverture, qui sont du ressort cantonal et non fédéral, vous devriez le savoir. C’est vous qui vous trompez, respectivement essayez de tromper vos lecteurs….

      • Les rayons où se trouvent les articles en question sont, en pratique, bien fermés, étant donné qu’il n’est pas possible d’y employer du personnel. Cela dit, si vous lisiez mes nombreux billets avant de les commenter, vous constateriez que je connais parfaitement les bases légales.

        • Sauf que les heures d’ouverture sont régies au niveau cantonal et non fédéral. On parle ici d’une votation fédérale et donc pas d’ouverture 24h/24h comme vous voulez nous le faire croire.

          PS: je lis très attentivement vos articles, n’ayez crainte.

  3. Communiqué de presse du département fédéral.
    Peut-être qu’il arrivera à vous permettre de vous entendre, car vous dites tous les deux des choses justes et qui ne sont pas contradictoires entre elles (les horaires de vente des « shops » seront étendues, mais pas l’horaire de travail du personnel qui aura en revanche plus de responsabilité).

    « Une réglementation moderne des magasins des stations-service

    Berne, 15.08.2013 – Le 22 septembre 2013, le peuple suisse décidera si les stations-service ouvertes 24 heures sur 24 pourront aussi vendre des articles de shop entre 1 heure et 5 heures du matin. Seules sont concernés les magasins des stations-service situés sur les aires des autoroutes ou le long d’axes de circulation importants fortement fréquentés par les voyageurs. De plus, l’assortiment des shops doit répondre principalement aux besoins des voyageurs. Le Conseil fédéral et le Parlement recommandent d’accepter cette modification de la loi sur le travail.

    Actuellement, les stations-service situées sur les aires des autoroutes ou en bordure des grands axes routiers fortement fréquentés sont autorisées à occuper des travailleurs 24 heures sur 24 pour vendre du carburant et tenir la cafétéria; par contre, personne ne doit travailler entre 1 heures et 5 heures du matin dans la partie magasin. Cette distinction dans le droit du travail ne se justifie plus aujourd’hui. La fermeture de la partie magasin entre 1 heure et 5 heures n’est satisfaisante ni pour la clientèle ni pour le personnel. L’extension du travail de nuit dans les shops ne devrait guère nécessiter de personnel supplémentaire, vu que des personnes travaillent déjà toute la nuit à la vente de carburant et de produits de restauration.

    Les personnes qui travaillent tard dans la nuit ou très tôt le matin, justement, peuvent avoir besoin d’acheter des articles de shop entre 1 heure et 5 heures du matin. Aussi la légère extension du travail de nuit est-elle acceptable, dans l’intérêt de la clientèle. Les cantons restent compétents pour fixer les horaires d’ouverture des magasins des stations-service. Il s’ensuit que l’ouverture nocturne ininterrompue demeure possible uniquement lorsque la législation cantonale sur l’ouverture des magasins l’autorise. Or bon nombre des réglementa­tions cantonales sont plus restrictives que le cadre défini par la loi sur le travail.

    Comme actuellement, la réglementation s’applique aux seuls magasins des stations-service situés sur les aires des autoroutes ou le long d’axes routiers fortement fréquentés par les voyageurs. De plus, les marchandises et les prestations qu’ils proposent doivent répondre principalement aux besoins particuliers des voyageurs. Tous les autres shops de stations-service resteront soumis au principe de l’interdiction de travailler la nuit et le dimanche. »

      • J’avoue que j’ai des doutes. Je suis contre le travail le dimanche et, sincèrement, je trouve que les automobilistes pourraient se ravitailler avec des automates la nuit. La situation actuelle ne me ravit dès lors pas et l’argumentation du député valaisan est assez faible (lors de l’interview à forum/rsr).

        Je ne comprends toutefois pas l’argumentation de Mr. le député Schwaab. Il n’est toutefois pas impossible que mon vote soit au final équivalent au sien (mais basé sur d’autres motifs).

        De l’autre côté, nous sommes dans une nouvelle société, où mon portable me réveille au milieu de la nuit, me suit pendant mes week-ends et mes vacances et il ne me viendrait pas à l’idée de ne pas répondre à un client parce que nous sommes dimanche (et que pour lui c’est un jour de travail comme un autre). Je pense donc que le combat de Mr. le député est perdu. Mais ne vaut-il pas la peine de le soutenir lorsque nous avons des intérêts convergents ?

        C’est à mon avis l’une de ses votations où il faut se faire violence et ignorer les arguments dominant de la gauche pour voter rationnellement. ;o)

        • Cher raleur,

          Ce qui est important, c’est de s’en tenir au texte soumis au vote et de ne pas « extrapoler » son contenu. Ce que nous votons ici, c’est de savoir si les station-services qui sont DEJA ouvertes 24h/24h (respectivement qui ont l’OBLIGATION d’être ouverte 24h/24h, comme celle du restoroute de Lully) doivent cacher les étalages de biscuits, chips et autres et ne vendre que les articles de cafétéria ? Nous ne votons pas sur l’ouverture 24h/24h, nous votons pour que les shops qui sont déjà ouverts puissent vendre l’entier des produits à disposition et non seulement une partie (entre 1h et 5h du matin, ces shops-là ont l’interdiction de vendre des produits qui font partie de leur assortiment, alors qu’à 5h01, il est de nouveau permis….).

          Si vous voulez combattre les heures d’ouverture nocture, c’est votre droit, mais cela doit se faire au niveau cantonal.

          Le droit de vote implique également une responsabilité du citoyen qui est sensé « comprendre » le texte que l’on lui soumet.

          M. Schwaab, dans son argumentation (également lors de forum sur RSR), ne parle que d’autres initiatives ou propositions, mais jamais du contenu de ce que l’on va voter…. pure démagogie dans laquelle le citoyen responsable ne doit pas tomber!

  4. Ping : Personne ne veut d’une libéralisation totale des horaires, promis! | Jean Christophe Schwaab

  5. Ping : Votation sur la libéralisation des horaires de travail: mise au point | Jean Christophe Schwaab

  6. Ping : Plus de shops ouverts en permanence = plus de nuisances 24h/24 | Jean Christophe Schwaab

  7. Ping : Petits commerçants, démocrates-chrétiens, églises, etc.: Tous manipulés par les syndicats? | Jean Christophe Schwaab

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