Initiative «Minder»: réponse aux arguments des opposants.

Les adversaires de l’initiative contre les rémunérations abusives ne font pas que gaspiller leur argent dans des films-catastrophe d’un goût douteux, acheter des noms de domaines sur internet ou rémunérer des étudiants pour truquer les commentaires en ligne. Ils n’ont aussi de cesse de marteler des arguments parfois à la limite du mensonge. En voici un petit florilège commenté:

  • «L’initiative ne limite pas le montant des rémunérations.» Personne ne prétend le contraire. En revanche, et c’est un point décisif en sa faveur, l’initiative interdit sans ambigüités les formes les plus choquantes de rémunérations abusives: parachutes dorés, primes de bienvenue, primes en cas de vente d’entreprise, mandats de complaisance au sein du même groupe de sociétés. Le contre-projet indirect ne limite pas non plus les rémunérations, et, en plus, il ne pose pas de limites strictes aux parachutes dorés et autres primes de bienvenue. Au contraire, il permet toutes sortes d’échappatoires.
  • «Le contre-projet entrera en vigueur plus vite que l’initiative.» Faux. Si aucun référendum n’est lancé contre lui (il n’existe aucune garantie que tel ne sera pas le cas), le contre-projet pourrait entrer en vigueur au plus tôt au 1.1.2014. Et comme il prévoit un délai d’adaptation de deux ans, il ne déploierait tous ses effets qu’en 2016. En revanche, selon l’initiative, le conseil fédéral devrait édicter des dispositions d’application au plus tard un an après son acceptation par le peuple et les cantons. Ces dispositions seront assez faciles à édicter: il suffit de prendre pour base le contre-projet, d’en expurger les exceptions et autres possibilités d’échappatoire et de rajouter les quelques règles manquantes.
  • «Le contre-projet combat plus efficacement les rémunérations abusives.» Quand on sait que le contre-projet prévoit des exceptions à l’interdiction des parachutes dorés ou primes de bienvenue, ou qu’il prévoit que le vote sur les salaires de la directions (là où il y a les plus gros abus salariaux) ne peut être que consultatif, on comprend que cet argument ne pèse pas lourd.
  • «L’initiative menace des emplois.» Pure spéculation. Aucune entreprise concernée n’a menacé de quitter la Suisse ou la bourse en cas de oui. P. ex., Syngenta a tout simplement avoué que délocaliser en cas de oui «n’a pas été évoqué». D’ailleurs, ça fait 5 ans que l’initiative est sur le tapis avec de bonnes chances d’être acceptée et il y a eu quand même de nombreuses installations d’entreprise en Suisse ou cotations à la bourse suisse. La preuve que l’initiative n’est pas une «menace» si terrible.
  • «L’initiative concerne les PME.» Faux. L’initiative ne s’applique qu’aux entreprises cotées en bourse. Vous connaissez beaucoup de PME cotées en bourse? En revanche, certaines dispositions du contre-projet s’appliquent à toutes les SA, même non cotées. Donc aux PME qui ont cette forme juridique…
  • «L’initiative est «bureaucratique.» Le contre-projet indirect ne l’est pas moins (cf. ce billet). Et dans tous les cas, c’est de la «bureaucratie» nécessaire, car les rémunérations abusives sont un vrai fléau.
  • «Sans rémunérations abusives, les grandes entreprises suisses auront du mal à trouver du personnel qualifié pour les diriger, car les managers concernés ne voudront plus venir.» Il y a suffisamment d’exemples de dirigeants qui font très bien leur travail sans forcément gagner des millions pour démontrer qu’il est tout à fait possible de recruter du personnel qualifié sans rémunérations déraisonnables. Et puis, mettons les points sur les «i»: si les Vasella et consorts n’acceptent pas le résultat d’un vote démocratique et partent, tant mieux! La Suisse a tout à gagner à se débarrasser des ces managers dont la cupidité n’est pas forcément gage de compétence.
  • «Les actionnaires ne sont pas assez compétents ou intéressés pour se prononcer sur des choses aussi complexes que les salaires de la direction.» Ce sont quand même les propriétaires de l’entreprise. En outre, les adversaires de l’initiative veulent que les actionnaires se prononcent sur un «règlement de rémunération» beaucoup plus complexe que les règles simples et claires de l’initiative. C’est bien la preuve qu’ils les trouvent assez compétents et intéressés.
  • «Les dispositions pénales sont catastrophiques pour les entreprises, les managers auront en permanence un pied en prison.» Si ces dispositions pénales font peur, c’est qu’elles auront l’effet dissuasif souhaité. Les entreprises respecteront donc les règles à la lettre.
  • «Le contre-projet laisse les actionnaires libres de s’organiser.» Il les laisse surtout libres de tolérer parachutes dorés, primes de bienvenue et prime en cas de vente d’entreprise. Il les laisse aussi libres de ne pas se prononcer sur les salaires de la direction. Autant de portes ouvertes aux rémunérations abusives.
  • «Les caisses de pensions devront demander l’avis de chaque assuré pour chaque vote, ce sera bureaucratique.» Faux, l’initiative ne dit rien de tel. Elle demande simplement que les caisses de pensions votent dans l’intérêt de leurs assurés et communiquent leur vote. Ce qui peut se faire sans demander l’avis de chaque assuré.
  • «Les caisses de pensions gaspilleront l’argent des assurés pour se faire conseiller avant de voter.» Faux, l’initiative demande simplement qu’elles déterminent ce qui est le mieux pour leurs assurés avant d’utiliser leurs droits de vote. C’est le bon sens pur.
  • «Les caisses de pensions voteront pour le profit à court terme». Faux, car ce ne serait pas dans l’intérêt des assurés. Cet intérêt doit plutôt viser un horizon d’investissement à 50, 60 ans.
  • «La démocratie actionnariale encourage les actionnaires «prédateurs» et les OPA hostiles.» Le risque est le même avec le contre-projet, qui, sur la question de la démocratie actionnariale, n’a que peu de différence avec l’initiative. En outre, comportements prédateurs et OPA hostiles sont possibles déjà aujourd’hui. Il est par exemple assez facile de révoquer des administrateurs, même si leur mandat dure trois ans.
  • «Un mandat d’un an pour les administrateurs c’est encourager la politique du court terme.» Pas forcément. On a vu des entreprises dont les administrateurs ont un mandat de trois ans mener des politiques à courte vue. Il y a aussi des entreprises dont les administrateurs ont aujourd’hui déjà un mandat d’un an seulement et qui mènent une politique durable. En outre, si les administrateurs ne sont pas à la hauteur, il faut pouvoir s’en séparer rapidement sans devoir leur verser des honoraires élevés jusqu’à la fin d’un mandat de trois ans.
  • «Les médias soutiennent outrageusement l’initiative». Ce n’est pas l’impression que donne la lecture du «Temps», de «l’AGEFI» ou du dernier commentaire de la RTS sur son blog «signature». Une anecdote: lors de la conférence de presse des syndicats opposés à l’initiative, il y avait foule et il y a eu de nombreux articles. En revanche, lors de celle de la gauche et des syndicats favorable à l’initiative (j’y étais), il n’y avait que peu de journalistes et la conférence de presse n’a pratiquement eu aucun écho…
  • La meilleure pour la fin: «Nous aussi, nous sommes contre les salaires excessifs», clament les adversaires de l’initiative. C’est un peu difficile à croire, quand on sait avec quelle énergie la plupart d’entre eux ont tenté de couler, de diluer, puis de retarder le contre-projet. En outre, lors de chaque débat sur le sujet que j’ai fait, au moins un des adversaires de l’initiative, qui a pourtant déclaré être «contre les salaires excessifs», a fini par admettre que «les parachutes dorés ou les primes de bienvenue, ça peut être nécessaire». Bref, ils ne sont pas contre tous les salaires excessifs. Ou alors, ils ne sont contre que le temps de la campagne.

Le 3 mars, oui à l’initiative «Minder»!

17 réflexions au sujet de « Initiative «Minder»: réponse aux arguments des opposants. »

  1. Cher Jean Christophe,

    Quelques remarques:

    « L’initiative ne limite pas le montant des rémunérations. Personne ne prétend le contraire ». Sans doute, mais la plupart des supporters de l’initiative le croient et ils vont être très déçus. Quant aux limites strictes, elles n’entraîneront qu’une augmentation des exigences salariales; en somme ça ne changera donc rien du tout; pour moi, 1000 + 1000 ou 0 + 2000, c’est la même chose.

    « L’initiative concerne les PME. Faux ». Il y 282 entreprises cotées en bourse en Suisse; pour ceux qui ne le savait pas, UBS, CS et Novartis ne sont pas les seules entreprises cotées en bourse en Suisse.

    « Le contre-projet laisse les actionnaires libres de s’organiser. Il les laisse surtout libres de tolérer parachutes dorés, primes de bienvenue et prime en cas de vente d’entreprise. Il les laisse aussi libres de ne pas se prononcer sur les salaires de la direction. Autant de portes ouvertes aux rémunérations abusives ». Et alors ? Si les propriétaires sont d’accord, en quoi ça gêne ?

    «Les caisses de pensions devront demander l’avis de chaque assuré pour chaque vote, ce sera bureaucratique. Faux, l’initiative ne dit rien de tel. Elle demande simplement que les caisses de pensions votent dans l’intérêt de leurs assurés et communiquent leur vote. Ce qui peut se faire sans demander l’avis de chaque assuré. » Sans doute, mais alors comment détermine-t-on ce qu’est l’intérêt des assurés, dans la mesure où si les représentants des caisses ne votent pas en fonction des intérêts des assurés, ils sont menacés de poursuite…

    Et le meilleur pour la fin: avant de se demander si le revenu des autres est excessif, chacun devrait se demander si le sien ne le serait pas également…étonnament, c’est toujours les autres qui gagnent trop.

  2. Cher monsieur,

    La défense de l initiative Minder est une réponse disproportionnée et extrémiste au problème extrême
    Vous faite malheureusement partie de l immense majorité des politiciens qui ne connaissent rien à l entreprise. Je vous invite ainsi que les suisses qui soutiennent cette initiative à observer ce qui passe dans les pays limitrophes. La suisse est en train de casser ses avantages. Quand le salaire moyen passera de 5000 à 2500 chf, le peuple de gauche pourra juger…

    Salutations,

    Bc

    • @ Counson: la gauche a tout intérêt à ce que les masses populaires se révoltent. En ce sens une augmentation du chômage ou de la précarité lui est favorable (augmentation de sa clientèle électorale). Et comme certaines politiciens ne vivent que de leur activité politique, sans aucune expérience professionelle (mise à part un engagement auprès d’un syndicat, ce qui correspond à une activité politique), ils ont tout intérêt à ce que le nombre de « clients électoraux » ne diminue pas. Triste.

      • Messieurs,
        @ Counson et @ Philippe :
        Contredire est une facilité qui n’explique rien. Je suis reconnaissante à M. Thomas Minder soutenu par M. Schwaab, de ne pas se positionner en expert, mais en citoyen responsable et de proposer son point de vue. C’est un grand démocrate.
        Et j’apprécie encore plus l’indépendance dont ils font preuve quant aux pays limitrophes… qui n’ont rien d’exemplaires bien au contraire.
        Et finalement s’il faut être de gauche, syndicaliste comme Monsieur Schwaab pour soutenir cette heureuse initiative et bien soyons !
        En ça, il rejoint l’idée d’un géant de la démocratie
        « As I would not be a slave, so I would not be a master. This expresses my idea of democracy. Whatever differs from this, to the extent of the difference, is no democracy. » Abraham Lincoln

        • Martine,

          « Cette heureuse initiative »: vous faites preuve d’une admirable naïveté. Je ne vois pas en quoi cette initiative va résoudre le « problème » des rémunération abusive… ET vous, qu’espérez-vous de cette initiative? Qu’est-ce qui va changer au lendemain du 3 mars 2013, en cas d’acceptation?

  3. Ping : Martin Grandjean » Actualités, Humanités, Société » Réguler les salaires des top-managers, une question de société

  4. Monsieur Schwaab,

    Vous avez participé à une conférence de presse demandant l’exécution rapide de l’initiative Minder en cas d’acceptation. Pourquoi ne demandez-vous pas la même chose pour l’initiative sur le renvoi des criminels étrangers? Y’aurait-il des initiatives plus « valables » que d’autres à vos yeux?

  5. Merci pour votre article. Je conseille également l’interview de Paul Dembinski parue aujourd’hui dans le 24heures.
    @ Philippe: en ce qui me concerne oui parfaitement. Je considère une initiative qui renforce les droits des actionnaires et pose des questions sur le fonctionnement de certaines sociétés plus « valable » qu’une autre interdisant les minarets…

  6. @ Ludovic:

    Je parlais du renvoi de criminels étrangers. Donc pour vous violer et tuer est moins grave que de percevoir un salaire de plusieurs millions de manière tout à fait légal, faut-il le rappeler… Décadente société où la gauche préfère défendre les étrangers criminels….

    • @ Philippe
      Monsieur,
      D’un point de vue politique, la question n’est pas de savoir si violer/tuer est le plus grave que s’octroyer des salaires abusifs.
      L’un est un crime reconnu et sanctionner, l’autre n’est pas un crime mais un fait banalisé. Il n’y a aucun lien entre ces deux assertions.

      Il est bien entendu que personne n’a envie d’être tuer/violer, contrairement à la seconde énoncée qui se réfère à l’agréable fantasme d’un argent facile qui se déverserait sans discontinu au rythme d’une journée de travail ordinaire.

      Vous n’avez pas hésitez une minute à faire de votre tueur un monstre venu d’ailleurs alors que nos bons seigneurs de la finance sont « bien de chez nous ».

      La réalité est un peu moins simplette.
      Heureusement et malheureusement. Heureusement parce que je ne voudrais pas vivre dans cette enfer en deux tons. Et malheureusement, parce que sonder la réalité demande de l’effort et du temps.
      Merci Monsieur Minder d’avoir pris ce temps et d’avoir fait cet effort.

      Soyez rassurer Philippe, si vous voulez lutter contre la criminalité étrangère, les individus dotés de moyens financiers colossaux qui s’achètent littéralement des pays au travers d’entreprises en situation de faiblesse, vous en trouverez « en veux-tu, en voilà », aussi en Suisse. Ce sera moins facile à refouler que vos tueurs/violeurs, mais vous gagnerez toute ma considération !
      Bon c’est moins attrayant que les millions de Vasella, mais beaucoup moins utopique, aussi ! : )
      Martine

      • Martine,

        Ce qui est très dérangeant, c’est que le parti socialiste s’oppose par tous les moyens aux renvois de CRIMINELS étrangers (d’ailleurs c’est leur Conseillère fédérale Sommaruga qui est chargée d’appliquer l’initiative et rien n’a encore été fait), alors que ce même parti demande que l’initiative Minder soit appliquée tout de suite. Face à ce comportement, le modeste citoyen que je suis ne peux que comprendre que le parti socialiste préfère faire entrer en vigueur une disposition limitant les hauts salaires (obtenus légalement rappelons-le) et, à l’inverse, font tout pour empêcher que les CRIMINELS et autres VIOLEURS étrangers soient renvoyés chez eux. Triste valeur…

        • Philippe, vos propos sont à la limite de la calomnie. Au risque de me répéter, le PS ne s’oppose pas au renvoi de criminels jugés comme tels. Il demande simplement que l’Etat de droit soit respecté et cela demande une analyse sérieuse. Il n’y a que dans votre esprit dérangé que les problèmes complexes peuvent être réglés en un coup de cuillère à pot.
          Et puis, rappelez-vous que si l’Etat ne droit ne vous convient pas, la Corée du Nord vous accueillera à bras ouverts.

          • Il n’y a aucune calomnie. Vous êtes extrêmement pressés lorsqu’il s’agit de mettre en oeuvre l’initiative Minder ou la Lex Weber. Mais on ne vous entend pas du tout sur l’initiative du renvoi des criminels étrangers. Et en plus c’est votre Conseillère fédérale socialiste en charge du dossier. Vous prouvez donc que vous n’avez aucune envie de renvoyer les criminels étrangers. Pire, vous essayez de ne pas voir ce problème, en vous cachant constamment derrière les soit-disant violations des droits humains et autres. Foutaise pure!

  7. Si je touche un bonus de 72 millions, je vais payer un certain nombre de millions en impôt en Suisse. Si je partage cette somme entre les 119000 employé de Novartis, dont une grande partie résident hors de Suisse, le ménage fédéral est perdant d’un certain nombre de millions. Idem si cette somme est partagée entre les actionnaires.

    Je connais le directeur d’une entreprise d’environ 1000 collaborateurs. Si je compare son salaire au prorata de ceux de Novartis, M. Vasella est moins biens payé.

    À par cela, après la décision de UE de ce jour concernant les bonus, la lex Minder, ou le contre-projet, risque de n’être d’aucune utilité.

  8. Chère Martine, voilà le problème de ces initiatives: vous croyez que s’octroyer des millions est un fait banalisé, mais je ne pense pas que ce soit la réalité, simplement, ces cas sont sur-couverts par les médias. Autant l’initiative Minder peut-être justifiée (parachutes dorés par exemple qui sont devenus bien trop importants) autant l’initiative 1-12 est une catastrophe, tout comme l’est le salaire minimum ou même le salaire automatique, défendu par Mr Schwaab!

    J’apprécie dès lors grandement le commentaire de Counson qui est correct!

    Je vous conseille d’aller lire le court article sur bloomberg.com qui relate de la criminalité à Genève, un avant goût du programme que nous propose le parti socialiste pour tout le pays dans quelques années!

    Merci M. levrat, Merci M. schwaab, vive le rouge!

  9. On y est.

    Encore une initiative votée par le peuple qui est contournée par ceux qui ne sont pas d’accord.

    Visiblement celle là est contournée en toute légalité. Selon la fondation Ethos qui a effectué une étude et qui est présentée en octobre 2014, les dirigeants ont trouvé la parade en faisant voter les salaires variables en début d’année sans connaître les résultats de fin d’année. Donc, même si les résultats sont mauvais, ces incapables touchent la jackpot.

    http://www.rts.ch/info/economie/6205170-la-moitie-des-entreprises-contourneraient-l-esprit-de-l-initiative-minder.html

    Et dans la même journée, Berne veut ouvrir complètement le marché de l’électricité. Je me rappelle, que le peuple avait voté contre il y a 12 ans

    http://www.admin.ch/ch/f/pore/va/20020922/

    http://www.swissinfo.ch/fre/la-suisse–plaque-tournante-du-march%C3%A9-%C3%A9lectrique/3214974

    Sans parler de l’initiative Weber, complétement vidée de son contenu.

    Je commence à comprendre pourquoi les jeunes ne votent pas. Le peuple vote, mais ces votations sont systématiquement contournées.

    Pauvre Suisse.

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