Comment transformer la privatisation de l’école en un attrayant « libre choix »?

Une initiative pour privatiser l’école publique vaudoise sera donc lancée cet automne. Cette initiative devrait demander l’introduction du bon scolaire, instrument permettant de subventionner la fréquentation de n’importe quelle école, y compris – et surtout- privée, école que l’on pourrait librement « choisir ». Les partisans de la privatisation sont malins. Ils évitent soigneusement de parler de « privatisation », de « libre marché », de « baisses des salaires des enseignants » ou de « subventionnement des bénéfices du privé avec de l’argent public », même si c’est bien de cela qu’il s’agit. Non, ils avancent masqués avec des arguments bien plus porteurs et bien moins connotés politiquement: le spectre de l' »école à deux vitesses », la « meilleure qualité de l’école privée » et la « débâcle de l’école publique ». Mais aucun de ces arguments ne tient la route.

Il n’y a pas d’école à deux vitesses. Mais il y en aura à coup sûr avec le bon scolaire!

Bien des partisans de la privatisation prétendent vouloir corriger une inégalité: seuls les enfants des familles aisées ont accès à l’école privée, c’est une inégalité – une école à deux vitesses, qu’il faut la corriger en subventionnant les écoles privées. Comme ça, tout le monde pourra profiter de l’enseignement privé. A première vue, le raisonnement semble se tenir. Or il est fallacieux.

Tout d’abord, parce qu’il n’y a pas d’école à deux vitesses. Il n’y a pas d’écoles qui soient systématiquement meilleures, qui dispensent dans tous les cas une meilleure formation (et, on le verra ci-après, ce n’est certainement pas le cas des écoles privées), qui garantissent systématiquement l’accès aux meilleurs métiers ou qui inversement condamnent à un avenir bouché tous les enfants qui ont le malheur de les fréquenter.

Il y a certes une chose qu’offrent les écoles privées et que l’école publique ne peut offrir: c’est la part de luxe, de snobisme, voire d’élitisme. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que l’association vaudoise des écoles privées semble plutôt sceptique face au bon scolaire: elles veut que ses élèves et leurs familles restent « entre eux ». Dans leur monde. Avec leurs semblables. Et certainement pas s’encombrer du restant de la colère de Dieu. Or ce n’est certainement pas le rôle de l’Etat d’encourager le luxe ou le snobisme. Lorsque l’Etat subventionne une activité, jamais il ne subventionne le somptuaire.

Ce qui est sûr à propos de l’école à deux vitesses, c’est que c’est bien la privatisation, le « libre choix » et la mise en concurrence des écoles qui l’engendrent. En Belgique, au Chili, aux Pays-Bas, le libre choix crée d’un côté des ghettos où se concentrent les enfants des milieux défavorisée, notamment les migrants et de l’autre des écoles pour élites qui parviennent de toute façon à sélectionner leurs élèves pour rester au top. En effet, le « libre choix » n’est jamais réellement libre et finit toujours par reproduire et aggraver les inégalités sociales, alors que le but de l’école obligatoire est justement de les réduire.

L’école privée est-elle meilleure?

Là aussi, le raisonnement des privatiseurs de l’éducation semble infaillible. L’école privée est meilleure que l’école publique, disent-ils, car des gens sont prêts à payer pour y inscrire leurs enfants. Or, c’est bien connu, ce qui coûte cher est en général meilleur que ce qui est gratuit. Le raisonnement ne tient plus lorsqu’on considère l’école privée pour ce qu’elle est réellement: un luxe. En outre, rien ne permet de démontrer que l’école privée est meilleure que l’école publique, la plupart des indicateurs ayant d’ailleurs tendance à démontrer le contraire.
Reste l’«enseignement différencié» ou «différent» dont auraient besoin certains enfants, que l’on ne trouverait qu’à l’école privée et dont seraient exclus les enfants dont les parents n’ont pas les moyens. Il est vrai que certains enfants ont besoin d’autres méthodes. Mais il s’agit d’une petite minorité. Et l’école publique doit faire des efforts pour les intégrer eux aussi et elle faillirait à sa mission si elle ne s’en souciait pas. Mais pour cela, elle a besoin de moyens, que le bon scolaire diminuerait…

Le public court-il au désastre?

Mais, dernier argument « imparable » des partisans du subventionnement des bénéfices des écoles privées, peu importe en fin de compte la qualité des écoles privées: l’école publique est tellement mauvaise, prétendent-ils, que le « bien des enfants » exige qu’on les en sorte le plus vite possible. Et les privatiseurs de réciter le chapelet de reproches: réformes scolaires ratées, enfants qui ne savent plus ni lire ni écrire, enseignants socialistes qui font de la propagande au lieu d’enseigner, classes remplies d’enfants allophones qui tirent le niveau de toute la classe vers le bas, violence, drogues, etc.

Là encore, impossible de démontrer que le niveau de formation des jeunes a baissé. Toutes les études sur le sujet ont là aussi tendance à démontrer le contraire : le niveau de formation des jeunes augmente. Mais cela ne veut pas dire que l’école publique ne doit pas s’améliorer, loin de là. Au contraire, elle doit sans cesse le faire. Mais il faut veiller à ce que ces améliorations fassent l’objet d’un débat démocratique, car elles concernent tout le monde, et s’appliquent à tous les enfants, car la mission de l’école publique est d’offrir à tous la meilleure formation. Ce qui ne serait pas possible avec une éducation privatisée, où chaque école fait sa cuisine dans son coin. Et serait-ce possible dans les écoles privées actuelles, où bien des enseignants n’ont pas les titres qui leur permettraient d’enseigner dans le public et où les rumeurs d’achat de notes, de résultats d’examen ou d’indulgence face à des comportements perturbateurs ne cessent de courir?
Il ne faut pas cacher les problèmes de l’école publique. Il y en a. L’école est le miroir de la société et ses problèmes s’y répercutent forcément. Mais, pour les résoudre, il faut des moyens. Des moyens que les partis qui soutiennent la privatisation préfèrent verser aux gros actionnaires. Et des moyens qui vont fatalement diminuer si le bon scolaire devait être introduit. En effet, c’est arithmétique, subventionner l’école privée retire forcéement des moyens au public. A plus forte raison lorsqu’il faut subventionner les bénéfices des écoles privées, qui sont en général des organisation à but (très) lucratif. En outre, s’il ne veut pas que le système scolaire privatisé ne se transforme en jungle, l’Etat devra se donner les moyens de contrôler la qualité de la formation dans une myriade d’établissements, différents tant par la taille que par les méthodes d’enseignement… Une telle autorité de régulation ne sera certainement pas bon marché. Et, à moins de trouver de nouvelles recettes (ce à quoi s’opposent en général les partisans de la privatisation de l’école…), c’est à l’école publique qu’il faudra prendre cet argent. Sans compter les montants à n’en pas douter énormes qu’il faudra allouer aux transports des élèves, qui, plutôt que d’aller à l’école de leur village ou de leur quartier quelques hectomètres ou kilomètres plus loin, pourront « choisir » une école à l’autre bout du canton.

On le voit, le « libre choix » et le bon scolaire ne peuvent que priver l’école publique de moyen et nuire à la qualité de cette dernière. Ce dont les écoles privées ne pourront que se réjouir: Le nombre de lucratifs clients n’en fera qu’augmenter!

Sur le même sujet

Deux articles de fonds sur le même sujet, paru dans le temps et dans le service de presse du PSS, ainsi que dans pages de gauche.

17 réflexions au sujet de « Comment transformer la privatisation de l’école en un attrayant « libre choix »? »

  1. Ping : www.romanding.ch

  2. Monsieur Schwaab,

    D’où tirez-vous ces affirmations?

    « Ils évitent soigneusement de parler de “privatisation”, de “libre marché”, de “baisses des salaires des enseignants” ou de “subventionnement des bénéfices du privé avec de l’argent public”, même si c’est bien de cela qu’il s’agit. »

    Je pense, ce qui vous fait peur, c’est de perdre ces milliers d’enseignants et professeurs, acquis à votre idéologie collectiviste et qui, sous le couvert du fonctionnariat, propage cette même idéologie à nos chères têtes blondes….

  3. Cher philippe, la proposition d’introduire les bons scolaires équivaut à une privatisation de l’éducation, quoi qu’en pensent les initiants. Qui ne sont pas idiots, car ils savent que de tels arguments n’auraient aucune chance de passer la rampe. Ils avancent donc masqués et parlent plutôt de « libre choix ».

    Et pour tenter de corriger l’image que vous avez des enseignant-e-s (si tant est que cela soit possible), je vais vous raconter une anecdote: Un de mes anciens maîtres de gymnase siège avec moi au sein du groupe socialiste au grand conseil. J’ai appris qu’il était socialiste bien après que j’ai terminé le gymnase, en voyant – par hasard – qu’il était candidat sur une liste du PS. Et, dans son enseignement, jamais rien n’a filtré sur son engagement politique et jamais il n’a tenté de faire de la propagande ni d’embrigader qui que ce soit. Je ne pense donc pas que le corps enseignant mérite vos invectives!

  4. Ben mince alors ! je me demande si j’ai eu raison de voter pour vous aux dernières élections.
    Permettez-moi de vous dire que vous vous plantez le doigt dans l’oeil jusqu’au coude : si le bon scolaire existait, la question serait vite résolue : nous sortirions notre fils de l’école et le mettrions dans une école privée.
    Non pas par snobisme, comme vous le prétendez, mais juste parce que nous désirons pour lui un système plus adapté.
    Il existe, ne vous en déplaise, certaines catégories d’enfants dont les mécanismes d’apprentissage ne correspondent pas au système communément offert. Je ne jette pas la pierre à l’école publique, je dresse juste un constat : elle doit s’adresser à la majorité, il y a un certain nombre d’élèves dans les classes, et il faut, ma foi, suivre un programme. Je ne dis pas non plus que les enseignants sont des incompétents.
    Alors, est-ce dénigrer l’école publique, que d’admettre que celle-ci ne peut s’adresser qu’à la majorité, et qu’une minorité a besoin d’autre chose pour arriver à s’épanouir ?
    Les parents de ces enfants en marge doivent-ils nécessairement avoir des revenus conséquents pour pouvoir offrir à leurs enfants une chance de ne pas être cassés par une école malheureusement inadaptée à leur fonctionnement ?
    Il me semble que ce que vous prônez est, justement, une école à 2 vitesses, Monsieur Schwaab ! Et je m’insurge contre cette pensée qui va totalement à l’encontre de la pensée socialiste. Ne devriez-vous pas justement avoir pour but l’égalité des chances ?
    Croyez-vous que des parents intelligents s’amuseraient à envoyer leur enfant dans une école sise dans une autre ville juste par plaisir ? Qu’ils les couperaient de leurs copains juste par snobisme ? Si nous devons finalement nous résoudre à cette extrémité, c’est parce qu’il nous semblera qu’il s’agit là d’un mal nécessaire ! Et si nous devons nous saigner pour ça, nous le ferons. Mais après, ne venez plus me parler d’égalité des chances. Parce que là, je vous rirai au nez.
    Savez-vous, M. Schwaab, que 14 % des enfants à haut potentiel intellectuel sont en échec scolaire (source : Claudia Jankech et ASEP) ? Effarant, non ? Quand on pense qu’ils peuvent devenir les futures têtes pensantes de notre pays. Ne galvaudons-nous pas là notre avenir ?
    Les enfants handicapés sont pris en charge par des structures adéquates. Pourquoi n’en est-il pas de même pour les enfants HPI ? Les enfants hyperactifs ? Ceux qui font du déficit d’attention, et autres ?
    Vous me parlerez alors des sauts de classe et des classes du mercredi. Je salue cet effort de l’école, mais il n’est pas adapté à tous les cas.
    La différence entre vous et moi, c’est que je vous parle de ce que je connais.
    Je vous souhaite de ne jamais avoir à vivre ça. Il n’y a rien de plus triste que de voir souffrir son enfant et ne rien pouvoir faire.

    • “La différence entre vous et moi, c’est que je vous parle de ce que je connais. » Qu’en savez-vous?
      « si le bon scolaire existait, la question serait vite résolue : nous sortirions notre fils de l’école et le mettrions dans une école privée. » C’est à mon avis justement pour cette raison qu’il faut empêcher à tout prix le bon scolaire ou toute autre forme de privatisation de l’éducation. L’école publique n’a pas seulement pour vocation de former, mais aussi d’intégrer. Si on « parque » certains enfants, qu’ils soient HP ou autre, dans des classes ou écoles spéciales, on crée de ghettos, on segmente les classes sociales. Certes, l’école publique a des défaut. Certes, elle n’intègre pas encore tout le monde comme elle le devrait. Certes elle ne prend pas encore en compte tous les besoins de tous les enfants. C’est ce qu’elle devrait faire, c’est sa mission d’institution républicaine. Avec les bons scolaires, l’école privée serait privée de moyens, qui iraient pour une bonne partie directement dans la poche des actionnaires des écoles privées. Pensez-vous que, dans ces conditions, elle serait en mesure d’accomplir mieux sa mission (ce que vous et moi souhaitons, visiblement)?
      Toutes les expérience de privatisation de l’école par le biais des bons scolaire ont mené à une aggravation des inégalités sociales. Nous devons l’éviter à tout prix, pour le bien de notre démocratie

  5. « “La différence entre vous et moi, c’est que je vous parle de ce que je connais. » Qu’en savez-vous? »

    J’en sais que quand on a un bébé et que l’on n’a pas été confronté soi-même à ce genre de problème en tant que parent d’élève, on ne parle que théorie et non pratique !
    Et les théories, elles sont très belles, quand on a un bébé. On est plein d’idéaux. Reste que l’avenir nous réserve, en tant que parent, des surprises auxquelles on ne s’attend pas forcément.
    Moi aussi, j’étais contre le bon scolaire. Je ne voyais aucune raison valable de financer des écoles pour fils à papa. Il se trouve que la réalité veut malheureusement que certains enfants ne puissent s’épanouir que dans certaines de ces écoles.
    Seriez-vous prêts à sacrifier ces enfants-là sur le sacro-saint autel de l’étatisation à tout prix ? Qu’est-ce qui est important ? L’idée que vous vous faites de la politique (l’école), ou les citoyens, au service desquels la politique (l’école) devrait justement se mettre ?
    Et ne me parlez pas de ghettos ! Nous savons que si nous devons séparer notre fils de ses copains, ce sera un crève-coeur pour lui, et si nous devons nous résoudre à l’envoyer dans une école privée, ça sera uniquement parce que nous serons persuadés qu’il s’agira de la moins mauvaise solution pour lui.
    Il ne s’agit pas de privatiser l’école, il ne s’agit pas de lui couper ses moyens. Il s’agit juste d’avoir l’humilité de reconnaître que celle-ci ne peut pas convenir à certains enfants « spéciaux ».

    « Certes, l’école publique a des défaut. Certes, elle n’intègre pas encore tout le monde comme elle le devrait. Certes elle ne prend pas encore en compte tous les besoins de tous les enfants. »

    Alors ? Quelle solution concrète préconisez-vous, ici, maintenant, pour les élèves qui se trouvent en détresse à l’école ? Parce que c’est de cela dont il s’agit : on ne peut pas arrêter le temps, en attendant que l’école publique ait mis en oeuvre des mesures adéquate pour chaque enfant qui fonctionne différemment !
    J’ai une amie enseignante qui a dû se résoudre à mettre l’un de ses enfants en école privée. Pour son bien. Cela fait-il d’elle une mauvaise enseignante ?

    Vous semblez prétendre que la plupart des enfants qui suivent une école privée le font parce que leurs parents sont snobs, ou alors ont des ambitions démesurées quant à l’avenir de leurs enfants. Moi je vous parle d’un besoin. D’une question de survie. Nous ne débattons pas sur le même plan. Allons-nous laisser un enfant crever à petit feu dans une structure qui ne lui convient pas, ou allons-nous lui offrir la possibilité de pouvoir s’épanouir ailleurs ? Où se situe la responsabilité civile là-dedans ? Qu’en disent les droits de l’enfant ?

    « Toutes les expérience de privatisation de l’école par le biais des bons scolaire ont mené à une aggravation des inégalités sociales »

    Nous ne devons pas avoir les mêmes sources. Moi, les inégalités sociales, c’est maintenant que je les vois : les enfants de riches ont le droit d’être différents et d’avoir accès à des structures adéquates. Les enfants de classes modeste et moyenne, non !

    D’une manière générale, je suis contre la privatisation. Mais quand il s’agit de notre avenir, de nos enfants, j’y vois un intérêt supérieur à tous les bons principes.

    • Vous avez raison sur un point: l’Etat ne doit pas laisser certains jeunes sur le carreau. L’école publique tout faire pour les intégrer, quelle que soit leur situation. Et pour ça, il faut des moyens.
      Or, le bon scolaire a pour effet de priver l’école publique des moyens dont elle a besoin. C’est un fait avéré. En outre, vous pouvez prétendre tout ce que vous voudrez: le bon scolaire n’est rien d’autre que la subvention des écoles privées par l’Etat. Or, dans les écoles privées, il y en a peut-être une ou deux qui proposent un programme alternatif intéressant, mais l’immense majorité des d’entre elles sont à but lucratif et leurs dirigeants n’ont pas l’intérêt des élèves à l’esprit, mais celui de leurs actionnaires. Enfin, le bon scolaire aggrave les inégalités sociales. C’est un autre fait. Certes, il n’est pas égalitaire que seuls les enfants des riches aient accès à certains programme spéciaux. Mais c’est le devoir de l’école publique des les proposer. Gratuitement et sans ségrégation. Et si on utilise l’argent de l’Etat pour subventionner les bénéfices des écoles privées (même si une part infime subventionne certaines « bonnes » écoles privées), l’école publique aura moins de moyens pour ses tâches, qui sont énormes. C’est mathématique.
      Il ne s’agit pas d’opposer bêtement étatisation à privatisation. Mais, en matière d’éducation, l’école publique a aussi une mission républicaine, celle d’intégrer tous les enfants, pour leur apprendre à vivre ensemble, malgré leurs différences, au sein d’une société multiculturelle et démocratique. Le bon scolaire, même s’il peut être avantageux pour certaines familles (il est de toute façon impossible de contenter 100% des gens), crée des « ghettos »: les enfants finissent par ne plus fréquenter que des enfants « comme eux », de la même classe sociale, du même milieu, dont les parents ont le même niveau socio-culturel. Et si nous en arrivons là, la démocratie sera en danger.
      Le défi est maintenant, vous avez raison, de veiller à ce que tous les enfants trouvent leur place à l’école. Mais c’est à l’école publique qui doit s’en charger. Et, encore une fois, si on la prive de moyens, elle ne pourra pas faire face à ce défi.
      Dernier point: Votre expérience personnelle vous rend certainement crédible. Mais elle ne vous autorise pas à me dénier la crédibilité que vous vous donnez.

      • Si je ne vous jugeais pas crédible, je n’aurais certainement pas voté pour vous ! Cela dit, je ne doute pas que vous soyez à même de reconnaître que si l’être humain apprend beaucoup par ses études, c’est en réalité l’expérience, l’échec, les erreurs et les combats qui le forgent. Et qu’il vaut mieux avoir eu une enfance épanouie pour pouvoir tirer le meilleur de la vie.
        Effectivement, je vous parle de 2 ou 3 écoles privées que j’ai en tête, à savoir l’école Steiner, Montessori ou la Garanderie. Les autres ne m’intéressent pas, puisque je vous parle de nécessité.
        Ce qui m’étonne le plus, dans votre discours, c’est que vous ne voyez pas que, ce que vous redoutez dans le bon scolaire, est déjà en place maintenant :

        « Le bon scolaire, même s’il peut être avantageux pour certaines familles (il est de toute façon impossible de contenter 100% des gens), crée des « ghettos »: les enfants finissent par ne plus fréquenter que des enfants « comme eux », de la même classe sociale, du même milieu, dont les parents ont le même niveau socio-culturel. »

        C’est déjà le cas ! Les classes de la banlieue ouest lausannoise ne ressemblent absolument pas aux classes de pully ou lavaux, par exemple !

        « Enfin, le bon scolaire aggrave les inégalités sociales. C’est un autre fait. »

        Expliquez-moi un peu cela ? Parce que, comme je vous l’ai déjà dit, moi, l’inégalité sociale, c’est maintenant que je la vois ! Et au vu de ce que j’ai lu concernant la Suède, il ne semble pas qu’il soit apparu des inégalités sociales dans ce pays, bien au contraire.

        On peut envisager des solutions intermédiaires, à savoir que l’école reconnaisse son impuissance dans certains cas extrêmes, et qu’elle oriente elle-même les dits enfants dans la structure privée qui sera le plus adéquate à leur profil.

        Et cela serait, à mon avis, non pas une preuve d’un échec de l’état, mais au contraire, une preuve de sagesse !

        • Vous soulevez un autre point intéressant, celui de la mixité sociale. Il est vrai que le niveau socio-économique des familles de Lavaux ou de Terre Sainte est très différent de celui de l’Ouest Lausannois, par exemple. Mais, là encore l’Etat peut veiller à ce qu’aucun « ghetto » ne se forme, en veillant à un aménagement du territoire qui ne concentre pas les classes sociales au même endroit. Jusqu’à présent, je trouve que la Suisse ne s’en tire pas trop mal, mais il faut rester vigilant.
          Avec le bon scolaire, la création de ghettos serait accélérée: les familles les plus riches feraient tout pour quitter les écoles les moins « cotées » parce que situées aux endroits où la population est la moins favorisée. Soit le bon scolaire permettrait à tout le monde de choisir son école n’importe où dans le canton et il serait fort cher (ce qui priverait l’école publique d’énormément de moyens et entraînerait d’immenses nuisances en matière de trafic routier…) soit il serait insuffisant et il aggraverait encore les inégalités sociales et seuls les riches pourraient vraiment se permettre de choisir n’importe quelle école, les moins riches devant se contenter de ce qu’ils trouvent près de chez eux.

          Il y a de nombreuses expériences internationales très négatives avec les bons scolaire: c’est le cas au Chili, où il est avéré qu’ils ont accru les inégalités sociales. Il y a aussi la Belgique, pays européen où le choix de l’école est totalement « libre » et où les inégalités sociales sont le plus marquées. En Grande-Bretagne, la suppression de la carte scolaire a aussi accru les inégalités sociales: depuis 30 ans, la mobilité sociale y a régressé selon la London School of Economics. D’après ce que je sais de la Suède, le « libre choix » se fait surtout aux dépens des conditions de travail des enseignant et, comme les écoles privées doivent être rentables, la pression financière y est important. Bref le tableau n’est guère reluisant.

          Pour conclure, je reprend le titre de mon billet: le « libre choix » peut être attrayant. Mais, quand on examine ses effets en détail, on constate que ce n’est qu’un cheval de Troie vers la privatisation de l’éducation et le subventionnement public des bénéfices des écoles privées. Comme ils ont connu de gros déboires, en fait (catastrophe de la privatisation du rail en Grande-Bretagne) ou dans les urnes (rejet de la privatisation de l’électricité en Suisse), les partisans des privatisations (ou, plus précisément, de la privatisation des bénéfices et de la socialisation des pertes) avancent masqués. S’ils clamaient sur tous les toits qu’ils veulent privatiser l’école, personne ne les écouterait. Mais, lorsqu’ils vantent le « libre choix », ils ont en réalité exactement les même objectifs. Heureusement, le peuple a jusqu’ici toujours massivement rejeté leurs tentatives. Je vous recommande la lecture de ces autre billets:
          http://www.schwaab.ch/archives/2011/02/14/combien-de-defaites-faudra-t-il-aux-privatiseurs-de-l%e2%80%99education/
          http://www.schwaab.ch/archives/2010/03/08/le-%c2%ablibre-choix%c2%bb-de-l%e2%80%99ecole-prend-l%e2%80%99eau-de-toute-part/
          http://www.schwaab.ch/archives/2008/04/29/contrer-l%E2%80%99offensive-des-%C2%ABbons-scolaires%C2%BB-et-autres-%C2%ABcheques-educations%C2%BB/#more-288
          http://www.schwaab.ch/archives/2007/12/11/le-libre-choix-de-l%e2%80%99ecole-inequitable-inefficace/

          • J’ai déjà lu tous vos billets concernant ce sujet.

            Comme je vous l’ai déjà dit, je suis contre les privatisations. Contre la privatisation des CFF, de l’électricité, de la poste, de l’eau, pour une caisse maladie unique. Il se trouve que je vois un intérêt prépondérant à mes opinions : le bien de mes enfants.

            « Mais, là encore l’Etat peut veiller à ce qu’aucun « ghetto » ne se forme, en veillant à un aménagement du territoire qui ne concentre pas les classes sociales au même endroit. »

            Bienvenue dans le monde de l’utopie ! Voyons… je vous offrirais 1 million de francs (en plus du prix de votre maison) à la condition expresse de vivre le restant de vos jours dans un petit appartement de la Bourdonnette, quitteriez-vous Riex ? Moi, à votre place, je ne le ferais pas ! L’aménagement du territoire n’a qu’un faible pouvoir là-dedans. Il s’agit de la loi du marché, de l’offre et la demande, il s’agit du paysage, d’un cadre de vie que seuls peuvent s’offrir les nantis ou alors ceux qui ont eu la chance d’y naître. Il n’y a qu’à voir à quel point Nestlé pourrit le marché de l’immobilier dans la région veveysane ! Qu’y peut l’Etat en fait ? Pas grand-chose, apparemment ! Qui en paie les conséquences ? Les familles veveysanes.

            Comme le disait très justement Lavilliers : « on choisit pas sa famille, on choisit pas non plus le trottoir de Manille, de Paris ou d’Alger pour apprendre à marcher ». Alors à mon avis, corriger les inégalités sociales, c’est faire en sorte (à notre niveau, donc celui de notre canton) que chaque élève scolarisé, où qu’il soit né, et quel que soit le revenu ou la condition sociale de ses parents, puisse avoir droit à une éducation scolaire digne de ce nom et adaptée à ses difficultés si le besoin s’en fait sentir.

            « Avec le bon scolaire, la création de ghettos serait accélérée: les familles les plus riches feraient tout pour quitter les écoles les moins « cotées » parce que situées aux endroits où la population est la moins favorisée. »

            Comme je vous l’ai démontré ci-dessus, elles n’y vivent déjà pas ! Elles n’ont donc pas à quitter un endroit où elles ne sont pas.

            Vous prétendez qu’une majorité d’élèves vont se mettre à parcourir le canton dans tous les sens. Allons bon… Croyez-vous honnêtement qu’à l’heure actuelle, où une immense majorité de mamans travaillent, elles n’ont pas autre chose à faire que s’amuser à transbahuter leurs enfants d’un coin du canton à l’autre ? A partir de 10 ans un enfant est capable de prendre le train seul sur un trajet connu. Vous présentez les parents comme étant des irresponsables pleins d’ambitions démesurées pour leurs enfants. Je pense, pour ma part, que les parents ont juste envie que leur enfant soit bien et qu’il puisse s’épanouir dans son existence. Et s’épanouir, pour un enfant, cela veut dire avant tout rester avec les copains de son quartier. Croyez-vous vraiment qu’un parent responsable s’amuserait à déraciner son enfant si cela ne s’avérait pas vraiment nécessaire ?

            Les enfants autistes, et souffrant d’autres handicaps sont pris en charge par des structures adéquates. Faut-il donc que l’enfant à haut potentiel soit officiellement déclaré handicapé pour qu’il ait droit à une égalité de traitement ?
            « Contrairement aux mythes, il ne faut pas attendre d’eux des exploits prodigieux ou des résultats exceptionnels. Leur différence constitue souvent pour eux un réel handicap. Dotés d’une remarquable mémoire, ils sont capables de retenir sans effort ce qui les intéresse, mais ont beaucoup plus de mal à apprendre « par cœur », surtout ce qui leur semble « dénué de sens ».
            Bien qu’ils semblent favorisés par des compétences cognitives au-dessus de la moyenne, ces enfants hypersensibles sont, plus que les autres, sujets au stress. Fonctionnant beaucoup à l’affectif, leur comportement est souvent influencé par leur environnement ; sans motivation, ils peuvent manquer d’attention et perdre le goût de l’effort. Dès lors, l’approfondissement et l’enrichissement du programme scolaire répondent en partie à ce besoin de motivation. » (source : ASEP)

            Pour conclure également, je vous laisse cette question :

            Et si vous essayiez de vous transposer, l’espace d’un instant ? De laisser un moment de côté le politicien, et de raisonner comme le père que vous êtes devenu ? Imaginez que votre enfant, que vous chérissez par-dessus tout, n’ait pas un parcours scolaire « normal ». Imaginez que les difficultés se succèdent, que vous vous battiez pour lui depuis son école enfantine. Que vous consultiez logo, psychomotricienne, psychologue, ergothérapeute, que sais-je, pour tenter de l’aider, tant dans le milieu scolaire que dans le privé. Imaginez que vous ne puissiez pas dialoguer avec le corps enseignant (hé oui, cela arrive !). Imaginez que vous le fassiez changer de classe, que vous écriviez à la direction pour qu’il obtienne les meilleurs enseignants. Imaginez avoir tout tenté pour lui dans ce que l’école publique a à vous proposer. Imaginez que même ces fameux meilleurs enseignants de l’établissement ne s’avouent incapables d’imaginer autre chose (et le regrettent), et n’en viennent eux-même à vous suggérer le privé.
            Que feriez-vous ?
            Est-ce que vous oseriez le regarder en face et lui dire : « écoute, j’ai les moyens de t’envoyer dans une école privée dans laquelle tu te sentirais certainement mieux, mais je ne le ferai pas parce que l’école publique a une mission républicaine, et que je me dois de montrer l’exemple à mes électeurs ? »

  6. Permettez-moi juste de revenir à la charge.
    Je viens de tomber sur un lien, ma foi fort intéressant.
    http://doc.rero.ch/lm.php?http://doc.rero.ch/lm.php?url=1000,41,41,20110829135830-HQ/mp_bp_p16924_p14965_2010.pdf
    Je vous invite à aller le lire quand vous en aurez le temps. Il s’agit d’un travail de mémoire réalisé par 2 élèves de la HEP l’année dernière :
    L’intégration sociale et scolaire de l’enfant à haut potentiel en classe régulière.

    Je vous en sors 3 extraits :
    p. 17 : Selon J.-C. Terrassier (Les enfants surdouées ou la précocité embarrassante, 1981, cité par Breguet, 2007, p.20): « l’égalitarisme sommaire qui conduit à la standardisation scolaire pour tous les enfants comporte une très grave injustice ».

    p. 21 L’enseignant doit avoir pleinement conscience du rôle déterminant et primordial qu’il va jouer durant les premières années d’école. C’est lui qui va pouvoir donner envie aux enfants, les stimuler. Or s’il ne prend pas garde aux particularités qui caractérisent l’enfant HP, il peut le « dégoûter » de l’école et engendrer un décrochage de la part de l’élève qui n’y verra pas l’intérêt puisqu’il y est bridé, incompris et qu’au final, il a le sentiment de ne rien y apprendre par rapport à l’extérieur.

    p. 24 Or, Jean-Marc Louis (Mon enfant est-il précoce, 2002) mentionne que le malaise ressenti en classe par les enfants HP provient souvent de la non prise en compte de son fonctionnement particulier par un milieu éducatif, en soi normalisateur. C’est la souffrance issue de l’absence ou du refus de la mise en place d’une prise en charge éducative adaptée qui, à la longue, provoquera une différence de type pathologique qui, elle, est acquise et non innée.

    Si le résultat de cette enquête va dans votre sens (à savoir l’effet néfaste de retirer un enfant HP de l’école publique « ghettoïsation »), il n’en reste pas moins que la conclusion définitive du mémoire est la suivante :

    p. 95 En conclusion, nous voulons insister sur le fait que, pour le moment, le système scolaire n’est pas adapté à ces enfants. En effet, les tendances normalisatrices de l’école risquent de le brimer, au point, parfois de lui faire développer une phobie scolaire. Il faut accepter que ces enfants ne sont pas comme les autres, qu’on ne peut pas leur demander les mêmes choses. Il est important de différencier.
    Cindy Stampfli, Alexandra Collaros 06/2010

    • Chère Madame,

      Comment pouvez-vous à la fois être « contre les privatisations » et accepter les écoles privées?

      @ M. Schwaab: j’attends de lire votre réponse à la pertinente question de Myriam.

      • Bonjour Philippe,
        c.f. toutes mes explications ci-dessus…
        Il faut juste admettre qu’il existe certaines catégories d’enfants pour qui le système de l’école publique ne convient pas. C’est un fait avéré. Parce qu’ils fonctionnent différemment.
        Le choix est donc le suivant :
        – soit on les brime, on les casse et on les oblige à rentrer dans le moule en les maintenant à l’école publique.
        – soit on accepte le fait que l’école publique doit convenir au plus grand nombre, et donc qu’une minorité se trouve… comment dire ? délaissée ? sacrifiée ? (choisissez le terme qui vous conviendra le moins mal). Et par conséquent qu’une option alternative, soit un autre système d’apprentissage, proposé par une école privée, est peut-être plus adapté.

        N’oublions pas qu’un enfant est avant tout un être humain en construction. Quelle image voulons-nous lui donner de cette vie qu’il a devant lui ? Certes, l’école ne doit pas être un cocon pour lui, certes, elle doit le préparer également à cette vie de combats et de luttes qui l’attend. Mais quand le prix à payer devient trop lourd, il y a un problème !

        Alors je ne sais pas quelle peut être la solution, puisque la population semble ne pas vouloir du bon scolaire.
        Peut-être une subvention octroyée aux parents qui présentent un certificat psychologique en bonne et due forme ?
        Parce que, je le répète, il ne faut pas me parler d’égalité des chances à l’heure actuelle !
        Si on est riche, on a le droit d’avoir un enfant « spécial », mais dès la classe moyenne… on n’a qu’à ronger son frein, et le « sale gamin » n’a qu’à rentrer dans le rang !

        Quant à savoir pourquoi, dans ce cas précis, je suis pour la privatisation…
        Parce que je suis directement concernée
        Parce que l’être humain est éminemment compliqué, et souvent contradictoire (et que c’est ce qui le rend intéressant)
        Parce qu’il ne sert à rien d’avoir des idées arrêtées sur un sujet si elles ne sont pas étayées par la pratique
        Parce que, il n’y a pas si longtemps, quand j’entendais parler du bon scolaire, je bondissais, en pensant que c’était un privilège que certaines classes nanties voulaient s’accorder (et ne dit-on pas qu’il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis)
        etc… etc… etc…

        • Chère Myriam,

          Je partage entièrement votre opinion. Ce que vous décrivez est la tragique conséquence de l’interventionnisme et de la collectivisation du social. En vérité, le fait que l’État ne soit pas capable de fournir des prestations de qualité (et ça ne se limite de loin pas à l’école) et cela malgré des recettes fiscales constamment en hausse et des dettes également en hausse est un scandale inacceptable. Scandale qui profitent en premier lieu aux fonctionnaires, aux bureaucrates et de manière plus générale à l’establishment. Le socialisme réinstaure un système injuste, privilégiant une caste minoritaire, un vrai retour en arrière.
          « Pour tous sans privilèges », qu’ils disaient….

          • Je ne suis ni de droite ni anti-socialiste, il se trouve que c’est malheureusement quand on est confronté soi-même au problème qu’on se rend compte que les choses ne tournent pas aussi rond qu’elles le devraient (ou qu’elles en ont l’air). Et entre la théorie et la pratique, il y a souvent une montagne ! Et le citoyen lambda se retrouve bien seul, quand il s’agit pour lui de franchir cette montagne. En gros : « t’avais qu’à faire des gosses qui rentraient dans le moule, et démerde-toi ! »
            A mon avis, l’école a besoin d’une bonne révolution, au lieu de bidouiller à chaque fois quelques raccommodages par-ci par-là. La faute aux vaudois qui ne sont pas assez « couillus », peut-être…
            Je ne sais pas quand nous oserons vraiment. J’espère que mes petits-enfants pourront peut-être en profiter un jour. Dommage, la zone pilote, en son temps, était révolutionnaire. Sacré retour en arrière que nous avons fait là ! Au lieu de faire avancer les choses depuis lors, le peuple n’a pas osé et fait du sur-place, en ayant pris soin de bien reculer avant.
            Je vais m’arrêter là, sinon on est encore là demain !

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