Pascal le Prophète (-à-claques)

Chronique de politique chronique parue dans le Tomblon no1

M. Couchepin est un prophète. Un as de la divination, de la cartomancie, des horoscopes. Les marcs (de café, voyons, il travaille!) n’ont pas de secret pour lui. C’est lorsque qu’il prédit l’évolution de nos caisses de retraites que notre prophète est au faîte de son art. Ainsi, en 2003, il prédisait une apocalypse à l’AVS. Le déficit du premier pilier devait se monter à plus d’1,2 milliard en 2006. Autant de bonnes raisons pour accepter de couper dans les retraites (11ème révision de l’AVS) et encourager les d’jeunz radicaux à proposer une augmentation de l’âge de la retraite à 70 ans (il y en a toujours pour vouloir être prophète à la place du prophète). Mais le peuple préfère les voyants de qualité, les vrais artisans qu’on ne peut joindre qu’avec un appel surtaxé. Il ne s’est donc pas laissé berner. 4 ans plus tard, les retraités ont touché une augmentation de leurs rentes pour laquelle ils auraient dû attendre jusqu’à l’an prochain, si l’on avait pris les prophéties couchepiniennes au sérieux. Et l’AVS fait, au lieu du déficit annoncé, un bénéfice de 2,7 milliards.
M. Couchepin a une autre qualité. Il dure. Assez longtemps pour voir que ses prédictions ne se sont pas réalisées. Est-ce assez pour comprendre que gouverner, ce n’est pas deviner?

10 réflexions au sujet de « Pascal le Prophète (-à-claques) »

  1. C’est pour ça que les socialistes soutiennent le référendum contre la révision de l’AI sûrement parce qu’elle fait de gros bénéfices. Ceci dit, on sait qu’avec les projections du vieillissement de la population on a un risque futur proche d’avoir plus de rentiers que de cotisants d’où le risque d’un futur déficit, un problème qui n’est pas seulement suisse mais concernant toutes les sociétés modernes.

    Il est bizarre que les socialistes critiquent les managers avec leur vision à court terme ou du principe de précaution pour les OGM par exemple, mais dit qu’il s’agit de voir à long terme le risque de faillite des acquis sociaux alors là on voit les socialistes faire un négationnisme irésonné.

    D.J

  2. DJ, vous ne faites que reprendre en choeur le couplet libéral qui prétend que les assurances sociales courent à leur perte à cause du vieillissement de la population. C’est faux. Lorsque l’AVS a été créée, il y avait un rentier pour 9 cotisant-e-s. Mais, pendant des décennies, on a tout de même amélioré l’AVS, tout en sachant que ce ratio allait diminuer. Car la croissance économique et l’amélioration de la productivité compensent la diminution du nombre d’actifs. Plus que largement, vu que l’AVS fait des bénéfices. Il est vrai que les finances de l’AVS risquent d’être un jour déficitaires. Mais dans ce cas, il faudra les améliorer par la fiscalité et non par des coupes dans les (maigres) prestations offertes aux retraité-e-s.
    Votre parrallèle avec l’AI n’est à mon avis pas pertinent. En 2004, le peuple a refusé des coupes dans l’AVS, parce qu’il n’a pas cru un mots aux faux pronostics de M. Couchepin. En ce qui concerne l’AI, les déficits sont là, impossible de la nier. Mais la 5ème révision de l’AI (malheureusement) acceptée aujourd’hui ne les résoudra pas. Il faudra un financement supplémentaire, que la majorité bourgeoise du parlement s’est refusée à accorder. Je préconise de mieux impliquer les patrons (p.ex. grâce à une cotisation supplémentaire payée uniquement par l’employeur), car la pression que nombre d’entre eux mettent sur leurs employés et leur manque de volonté de réintégrer les invalides sont la cause d’un nombre important de cas d’invalidité qui seraient évitables. Cela les inciterait réellement à réintégrer les travailleurs handicapés et à prendre des mesures de prévention efficaces…

  3. A écouter votre raisonnement attendons les gouffres financiers pour prendre des mesures. Pas toucher à l’AVS tant qu’elle fait des bénéfices, le jours où elle fera des déficits il n’ y aura pas de choix que d’augmenter les impôts. Jusqu’à présent s’en est royalement foutu des futurs problèmes de l’ AI, sa seule politique ne tient qu’à un mot, fiscalité.

    Par tout en Europe les sociodémocrates donc la gauche a compris qu’on ne résolvait pas les problèmes en augmentant seul les impôts sans réformer l’état dans son ensemble. C’est ce qu’on compris les suédois après la faillite de leur état providence dans les années 90.

    Ils ont préférés le couple libéral pour pouvoir continuer de financer leur état social. Mais voilà, comme partout Angleterre, Suède, Allemagne, etc..il a fallu la faillite pour prendre des mesures draconiennes. Alors si pour vous c’est cela votre vision faisons rien tant que tout va bien, faudra pas venir pleurer le jour où les choses n’iront pas si bien que ça.

    D.J

  4. Nous avons deux visions différentes: Vous préconisez les coupes sauvages sous prétexte que la faillite menace, je préconise l’adaptation aux besoins. Je n’ai jamais dit qu’il ne faut pas réfléchir maintenant à l’avenir financier de l’AVS. C’est au contraire nécessaire. Mais il ne faut surtout pas céder à la politique de la panique voulue par les partis bourgeois. Que je soupçonne en outre de ne pas vouloir le bien de l’AVS, mais plutôt de réduire au maximum les prestations du 1er pilier pour que le 2ème pilier (bien des élus bourgeois sont les vassaux du lobby des caisses de pension) développe ses juteux bénéfices.

    Quant à toutes les sociale-démocraties (p.ex. en allemagne ou en angleterre) qui se sont « adaptées » (= qui ont renié leurs idéaux et trahis les gens qu’elles défendaient), elles perdent les élections. Et créent des inégalités.

  5. Pas du tout je ne préconise pas des coupes sauvages dans les assurances sociales, mais en assurant un financement dû à un désengagement au mieux de l’état dans les domaines tels que la poste, Swisscom, les services des automobiles, il ne s’agit pas de totalement privatiser mais de passer d’un état gérant à un état garant.

    Concernant les défaites électorales des socio démocrates en Europe, je vous signale qu’ils sont remplacés non pas par des socialistes mais par la droite libérale. Dans ces pays là, le socialisme est définitivement scellé pour un bout de temps.

    D.J

  6. l’Etat garant n’est qu’un leurre. Dès que l’entité privatisée, autonomisée ou que sais-je se met à faire des pertes ou gère mal les compétences qu’on lui a attribuée, on appelle toujours l’Etat à la rescousse. Il s’agit, comme toujours, de ne privatiser que les bénéfices tout en faisant supporter les coûts à la collectivités.

    C’est vrai que bien des partis sociaux-démocrates qui avaient, du moins en partie, passé dans le camp libéral, ont été battus par des vrais partis libéraux. Cela n’a rien d’étonnant, car les électrices et électeurs préfèrent toujours l’original à la copie. En outre, dans ces pays, il n’y avait pas d’alternative valable à gauche. Mais en allemagne, elle est en train d’émerger avec Die Linke, créditée de plus de 20% des intentions de vote (mais ce n’est qu’un sondage, je vous l’accorde). C’est déjà la troisième force du Parlement fédéral, devant le libéraux du FDP et les verts, passé à droite eux-aussi.

  7. effectivement on a pas les mêmes notions de l’état garant. L’Etat n’a pas a sauver de la faillite financièrement une entreprise privée. Ceux qui font ça n’ont rien compris à l’économie de marché. L’Etat garant s’est avant tout d’attirer des entreprises en leur garantissant le moins de bureaucratie possible, c’est aussi garantir le minimum vital, la justice, la sécurité, de garantir un approvisionnement en eau, électricité pour combler lorsque le privé péclote (pour autant qu’il péclote pas par un excès d’état ce qui est souvent le cas), mais pour ça il est nécessaire de se désengager là où le privé est beaucoup plus performant.

    C’est-à-dire l’économie de marché et la concurrence y compris dans les secteurs où l’état a ou avait le monopole.

    D.J

  8. « combler là où le privé pécolte ». Là est la faille de votre argumentation. L’Etat finit toujours (ou presque) par devoir internvenir, à grands frais et aux frais du contribuable, pour réparer les erreurs du privé. Lequel, c’est son bon droit et sa nature, cherche surtout à maximiser son profit et renonce donc à des investissements d’entretien s’ils ne sont pas assez rentables, quitte à provoquer des catastrophes, on l’a vu avec le réseau électrique de Californie ou les chemins de fer en Grande-Bretagne. Il n’y a que l’Etat qui puisse véritablement assurer l’approvisionnement en eau, électricité, éducation, sécurité publique, transports en commun, etc. Et plutôt que de devoir réparer les dégâts quand le privé échoue, il y meilleur temps d’assurer lui-même le service public. En outre, d’un point de vue démocratique, des infrastructures étatiques sont soumises au contrôle des autorités élues et ce sont les citoyens qui en sont les propirétaires.

    Votre argument sue la prétendue efficacité du secteur privé ne tient pas la route. Je vous renvoie à ce billet: http://www.schwaab.ch/archives/2007/01/16/liberalisons-liberalisez/

  9. J’ai bien précisé pour autant que ça ne péclote pas dû à un excès d’état. Et c’est exactement ce qui est arrivé en Angleterre avec les chemins de fers et en Californie avec le réseau d’électricité. Les chemins de fers britanniques ont été sous investis pendant des décennies par les pouvoirs publics. C’est un des seuls secteur avec la santé que Thatcher n’a pas libéralisé. C’est facile de privatiser un secteur délabré pour ensuite accuser la privatisation.

    Quant à la Californie seul les moyens de productions ont été privatisés. La distribution est restée dans les mains de l’état. L’Etat pratiquait des prix trop bas pour faire plaisir à ses consommateurs et à chaque fois que la demande de production augmentait des entreprises de production tombaient en faillite. C’est comme vouloir accélèrer en pesant sur le frein.

    Ce sont vos arguments qui ne tiennent pas dans les deux cas c’est l’état qui pose problème.

    D.J

  10. C’est un peu facile de rejeter sur l’état les déboires du libéralisme et des entreprises privées. Et je ne pense pas que les faits que vous exposez soient exacts. Ce n’est certes pas Thatcher qui a libéralisé les chemin de fer en GB, mais le gouvernement Major, lui aussi conservateur. Mais il est vrai que les néo-travaillistes n’ont rien fait pour améliorer la situation dès leur arrivée au pouvoir. Quant à la Californie, la pénurie de courant est due aussi à la négligeance des producteurs, qui ont négligé d’investir dans la sécurité. Cependant, dans tous les cas, le privé est responsable de ses déboires, même lorsque des services ont été privatisés dans un état de délabrement avancé comme en angleterre. C’est la liberté du commerce: l’acheteur est libre d’acheter une ruine et, l’ayant fait en connaissance de cause, il ne plus se retourner contre le vendeur. Malgré le mauvais état des chemins de fer britannique, les acheteurs se sont pressé au portillon. C’est donc qu’il y avait des bénéfices à réaliser.

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