Lancement de l’initiative pour un moratoire sur le vote électronique

Mon intervention lors de la conférence de presse de lancement de l’initiative pour un moratoire sur le vote électronique de ce matin:

Trois dangers majeurs que le vote électronique fait courir à notre démocratie

1. La perte de contrôle démocratique
J’ai souvent participé à des dépouillements. Soit en tant que scrutateur, soit en tant qu’observateur. Et même lorsque je n’y participe pas (c’est le cas de 99% des scrutins qui me concernent), je fais confiance aux scrutateurs, peu importe qui ils sont, quelles sont leur opinions politiques, pour qui ou contre quoi ils ont voté. Parce que je sais que je peux faire la même chose qu’eux. Parce que je sais, comme eux, lire et compter. Avec le vote électronique, les simples citoyens, comme la quasi-totalité des personnes présentes dans cette salle, perdent le pouvoir de participer eux-mêmes au dépouillement ou d’en contrôler le bon déroulement, faute de connaissances suffisantes en informatique. Les simples citoyens sont privés de leur pouvoir sur ce qui est le cœur même d’une démocratie : les élections et votations. Ils en sont réduits à faire une confiance aveugle à une poignée d’experts. Et s’ils soupçonnent un problème ou une irrégularité, ils n’ont plus aucun moyen de contester la légitimité du scrutin.
2. Le risque de privatisation du processus électoral
Le renoncement du canton de Genève ne laisse qu’un seul acteur sur le « marché » du vote électronique : La Poste/Scytl. Deux entreprises privées, dont une en mains privées et étrangère de surcroît. Nous sommes donc face à une privatisation de ce qui est une des tâches centrales de l’Etat : l’organisation des élections, en particulier du dépouillement. Confier le vote électronique à une entreprise privée équivaut, dans le monde « réel », à confier le dépouillement des bulletins de vote aux employés d’une entreprise privée, qui opère dans une salle fermée à clef à laquelle le bureau électoral n’a pas accès. Et même s’il avait accès à cette salle, il ne comprendrait pas ce qui s’y passe. Une fois le dépouillement terminé, l’entreprise annonce le résultat au président du bureau, lequel n’a pas d’autre choix que de la croire sur parole. C’est en tout cas ce que deux ou trois experts en informatique lui ont dit de faire.
3. Les risques de sécurité
Le récent piratage subi par de nombreux élus à la Diète fédérale allemande rappelle la vulnérabilité des infrastructures informatiques et doit nous inciter à la prudence. Du côté des entreprises privées, les risques sont aussi très importants : même une entreprise aussi réputée qu’UBS a subi, pas plus tard qu’en décembre dernier, une perte de données massive de son service de stockage « UBS safe ». Vous me rétorquerez que ces deux exemples ne concernent pas le vote électronique. C’est d’ailleurs toujours ce que prétendent les partisans du e-voting. Qui, à les entendre, semble d’ailleurs être le seul domaine de l’informatique parfaitement sécurisé. Et d’ailleurs, même lorsque des failles de sécurité concernant le vote électronique sont rendues publiques, les partisans ont toujours la même réaction 1. minimiser et 2. menacer de poursuites pénales. Voilà qui en dit long sur leur fébrilité, alors que l’on attendrait plutôt d’autorités confrontées à des failles de sécurité qu’elles remercient ceux qui les ont mises au jour et qu’elles promettent de tout faire pour régler le problème.
D’autres pays sont plus prudents : la France a renoncé au vote électronique pour ses ressortissants domiciliés à l’étranger, pour des raisons de sécurité. La Cour constitutionnelle Allemande a déclaré le vote électronique contraire à la Loi fondamentale (Grundgesetz). Et, aux Etats-unis, où les déboires du e-voting sont de notoriété publique depuis l’élection du Président Bush Junior il y a… 19 ans déjà et ont même fait l’objet d’une série télévisée (Scandal , ABC, puis Netflix, dès 2012), une étude des Académies des sciences, de l’ingénierie et de la médecine intitulée « protéger la démocratie américaine » , implore de renoncer au vote électronique pour les élections de 2020. Dans ce contexte, le coup d’accélérateur mis par la Chancellerie est tout simplement irresponsable.

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4 réflexions au sujet de « Lancement de l’initiative pour un moratoire sur le vote électronique »

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