Série d’été sur le vote électronique (6)

Tout au long de l’été, je décortique les mythes qui circulent à propos du vote par Internet. Aujourd’hui :

6. Personne n’aurait intérêt à falsifier une votation ou une élection suisse, car nous sommes un pays trop petit et trop insignifiant.

Pour frauder efficacement un scrutin papier, il faut une logistique importante, notamment beaucoup de complices, dans de nombreux partis ainsi que de bureaux de votes et de poste. Voire dans de nombreux cantons dans les cas où le scrutin exige une double majorité. En revanche, pour frauder un vote électronique, un seul pirate informatique doté de suffisamment de compétences et des infrastructures idoines peut organiser une fraude massive. Mais probablement cela coûte-t-il cher, très cher. Les personnes les mieux à même de tenter pareille fraude seraient plutôt à rechercher du côté des Etats dotés de capacités suffisantes pour mener des attaques informatiques de grande ampleur, comme celle, pilotée par la Russie, qu’a subi l’Estonie en 2007.

Il est vrai que les dernières tentatives d’utiliser les outils numériques, notamment les réseaux sociaux, pour influencer des résultats électoraux ont jusqu’ici eu plutôt lieu dans de grands pays influents sur la scène internationale. On pense à l’élection de M. Trump aux USA ou aux tentatives couronnées de succès d’influencer le résultat du vote sur le Brexit. Et on entend souvent que de telles attaques contre la démocratie ne pourraient jamais arriver dans ce petit pays qu’est la Suisse, car les enjeux n’y sont pas assez importants. Mais en est-on bien sûr ?

Il est en effet assez fréquent que les intérêts d’Etats puissants soient directement touchés par des votations helvétiques comme la récente votation sur l’achat d’un nouvel avion de combat. Mais on pourrait envisager d’autres objets de votations dont d’autres Etats pourraient avoir intérêt à fausser le résultat en leur faveur : accords bilatéraux avec l’UE, accords de libre-échange, décisions concernant la place financière ou l’approvisionnement en énergie, privatisations d’entreprises publiques, constructions de grandes infrastructures, etc. Et ce qui est valable pour les Etats l’est aussi – et peut-être surtout – pour de grandes entreprises privées, qui pourraient avoir intérêt à se mêler de nos votations lorsque leurs intérêts sont touchés. Récemment, par exemple, les casinos en ligne étrangers se sont –heureusement sans succès – acheté un référendum. Ils n’ont certes pas eu les moyens de fausser le résultat (ils n’en avaient probablement pas l’intention), car, avec notre système actuel qui repose essentiellement sur le papier et sur des bureaux de vote décentralisés, cela aurait nécessité une telle logistique sur sol suisse qu’une entreprise étrangère, ni un Etat d’ailleurs, n’aurait été en mesure de mettre sur pieds. En revanche, avec un scrutin se déroulant en grande partie sur Internet, quelques clics depuis Malte auraient pu suffire.

En généralisant le vote par Internet, notre pays ne ferait que se rendre plus vulnérable à ces prises d’influences étrangères. A plus forte raison si le vote électronique est introduit par le biais d’une entreprise étrangère, ce qui est la stratégie actuelle de la Poste.

 

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