On va vraiment savoir qui défend les familles et les chômeurs âgés.

Le conseil d’Etat vient de mettre en consultation deux projets de loi pour améliorer la situation d’une part des familles (souvent monoparentales) pauvres ou menacées de pauvreté, d’autre part celle des chômeurs âgés. Il s’agit, à l’instar de ce qui se pratique depuis plusieurs années au Tessin, d’introduire des prestations complémentaires pour familles avec enfants de moins de 16 ans qui ont une activité lucrative mais dont les revenus sont très bas, pour éviter que ces dernières ne se retrouvent à l’aide sociale. Ainsi, la situation de nombreux travailleurs pauvres (working poors) et de leurs familles pourrait être améliorée. L’autre projet est une rente-pont destinée aux chômeurs de plus de 63 ans (62 ans pour les chômeuses), afin de les faire bénéficier d’une retraite anticipée plutôt que de les pousser vers l’assistance publique. Ces propositions, élaborées par le conseiller d’Etat socialiste Pierre-Yves Maillard permettront de réduire nettement deux risques importants de pauvreté. On sait en effet qu’avoir des enfants est aujourd’hui un risque de pauvreté. Ce risque est aggravé pour les familles monoparentales, dont une sur quatre (!) dépend de l’aide sociale. Quant aux difficultés des chômeurs âgés à retrouver un emploi (souvent, l’assurance-chômage leur refuse même «l’aptitude au placement», les excluant ainsi de ses prestations), elles sont de notoriété publique.
Ces nouvelles prestations seront financées par une cotisation patronale de 0,16% prélevée sur la masse salariale.  Mode de financement n’a pas tardé à faire hurler les milieux patronaux, ce qui n’est guère étonnant, vu leur assiduité à combattre la récente augmentation des allocations familiales (acceptée par 70% des vaudois-e-s lors du vote populaire) ou leur extension aux indépendants. Si l’on peut à première vue comprendre le scepticisme des organisations patronales face à un nouveau prélèvement obligatoire, il faut relever que ces dernières auraient toutes les cartes en mains pour éviter de nouvelles charges dues à l’augmentation du nombre de familles et de travailleurs âgés pauvres, mais qu’elles n’en font pas usage. Elles pourraient par exemple augmenter les salaires, notamment ceux des femmes (surreprésentées au sein des familles monoparentales pauvres et qui souffrent toujours de discrimination salariale), cesser de vouloir flexibiliser le travail à tout va, diminuer la part de travail sur appel ou de travail temporaire, cesser de se séparer systématiquement des travailleurs âgés ou encore rendre la formation continue accessible à tous. En outre, les organisations patronales, d’habitude si promptes à exiger des réductions des dépenses publiques, devraient peut-être considérer que l’adoption du projet freinerait l’augmentation des dépenses d’aide sociale. Augmentation que la crise rend malheureusement inéluctable.
Les débats sur ce projet seront à n’en pas douter intéressants. Ils permettront en tout cas de voir qui défend réellement les familles dans notre canton. Ils permettront aussi de mettre en évidence ceux qui, parmi les organisations et partis qui prétendent les défendre, se contentent de cadeaux fiscaux réservés aux hauts revenus et ceux qui au contraire proposent des mesures efficaces pour renforcer le pouvoir d’achat des familles qui en ont le plus besoin.

2 réflexions au sujet de « On va vraiment savoir qui défend les familles et les chômeurs âgés. »

  1. En quoi les entreprises respectivement les patrons sont responsables des faits suivants, pouvant amener à une situation de pauvreté:

    1/ avoir plusieurs enfants

    2/ être divorcé

    La politique socialiste, qui consiste à prendre dans la poche des autres, faisant au passage fi de la responsabilité individuelle, est des plus simpliste.

    Dans un autre commentaire (concernant les relations Etat – UBS), vous affirmez que ceux qui paient commandent. Le Conseiller d’Etat Maillard devrait alors donner plus de poids dans les décisions à ceux qui paient beaucoup d’impôts. Cela correspomdrait à votre logique…

  2. Dans une logique d’achat de prestations ou de soutien financier comme dans le cas UBS, il est clair que la logique « qui paie, commande » s’applique. Nous sommes ici dans une logique d’imposition, où celui qui est imposé verse sa part sans obtenir la moindre contre-partie directe. Philippe, vous reprochez le simplisme à tort à a travers, c’est votre droit. Mais j’ai peine à penser que vous n’êtes pas capable d’appréhender l’action publique dans son ensemble et sa complexité…

    Vous avez raison sur un point. Les patrons ne sont responsables ni des divorces, ni du grand nombre d’enfants (encore qu’ils profitent de la natalité, part importante du financement des oeuvres sociales). Je n’ai d’ailleurs jamais prétendu une telle chose. En revanche, ils portent une responsabilité dans le fait que le monde du travail ne permette pas à bien des gens de vivre décemment malgré le fait qu’ils travaillent (même parfois à plein temps).

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