Retraite anticipée : le conseil fédéral à côté des réalités.

La retraite anticipée est un fait : plus de la moitié des personnes actives cessent de travailler avant l’âge limite de 65 ans pour les hommes et 64 ans pour les femmes. Malheureusement, c’est aussi un privilège : Ne peuvent prendre une retraite anticipée dans de bonnes conditions (c’est-à-dire sans diminution drastique du revenu) que celles et ceux qui en ont les moyens, ou qui disposent d’une solution de branche (fonction publique, maçonnerie, second œuvre romand, horlogerie). Pour les autres, c’est souvent une retraite forcée, car le marché du travail accepte de moins en moins les plus de 55 ans, qui plus est synonyme de baisse de la qualité de vie et du revenu. Pour ces gens, l’AVS ne remplit pas son rôle constitutionnel, qui est d’empêcher que vieillesse ne signifie précarité. Autre constat inquiétant : les riches vivent mieux et plus longtemps que les moins riches. En refusant l’initiative de l’Union Syndicale Suisse, le Conseil fédéral fait scandaleusement fi de cette réalité du monde du travail. Quant à Moritz Leuenberger, avec sa proposition de «compromis» pour «sauver la collégialité» d’entrer en matière sur une élévation de l’âge de la retraite à 67 ans, il est non seulement à côté des réalités, mais il poignarde dans le dos son propre camp.


Le Conseil fédéral avait pourtant promis la retraite anticipée lors de la votation sur la 10ème révision de l’AVS. Puis, la droite du Parlement l’avait enterrée sans autre forme de procès, entraînant la débâcle de la 11ème révision, première révision de l’AVS à ne comporter que des coupes et plus aucune amélioration. La nouvelle mouture de M. Couchepin ne comprend qu’une retraite anticipée au rabais, destinée uniquement aux très bas salaires, alors que le problème concerne l’ensemble des salariées et salariés (à ce sujet un article paru dans Domaine Public). Mais il s’agit plutôt d’avoir une solution qui coûte le moins cher possible, et tant pis si elle frappe à côté de la cible. En outre, notre ministre des affaires sociale n’a pas oublié son idée d’augmenter l’âge de la retraite à 67 ans, malgré les difficultés des personnes âgées à se maintenir sur le marché du travail. En toile de fond, les intérêts des caisses de pension, qui se réjouissent d’un transferts des prestations-vieillesse sur le second pilier et des juteux profits qu’elles et leurs actionnaires pourront en tirer. A cet égard, la position de M. Leuenberger est non seulement surprenante, mais surtout scandaleuse, d’autant plus qu’elle vient d’un membre du PS qui tente de décrédibiliser les positions de son propre camp.
Solution syndicale

En revanche, les syndicats proposent une solution qui permette une véritable retraite flexible pour toutes et tous. Selon l’initiative «l’AVS dès 62» (dont les signatures ont été récoltées en moins de 9 mois alors que le délai en prévoit 18, preuve de l’intérêt et du besoin de la population), chacun pourrait choisir dès 62 ans s’il continue à travailler (il ne faut pas empêcher celles et ceux qui le souhaitent et le peuvent de le faire) ou s’il prend une retraite bien méritée, et si oui, à quel âge. Le tout sans réduction de rente et pour un coût modique: 1 milliard de francs par an seulement (ce qui est modeste: l’AVS vers chaque année plus de 31 milliard de francs de rentes, sans compter les prestations complémentaires). Il est vrai que la question du financement reste à régler: malheureusement le peuple et les cantons ont refusé l’initiative COSA (verser les bénéfices de la Banque Nationale à l’AVS), qui aurait été une piste intéressante. Dommage.
Cependant, le besoin de retraite flexible est tel qu’un tel investissement en vaut largement la peine. Il doit être à mon avis financé par les pouvoirs publics: permettre grâce aux impôts à ceux qui en ont besoin, mais pas les moyens, de prendre une retraite flexible, c’est une forme de répartition des richesse.

Solidarité entre les générations

Favoriser la retraite flexible est aussi une question de solidarité entre les générations : les actifs et actives financent les retraites, mais ils doivent en échange bénéficier d’une prévoyance-vieillesse adaptées à leurs besoins. Or, les besoins en retraites anticipées sont réels, et vont à n’en pas douter augmenter. A l’inverse, couper dans les rentes ou augmenter l’âge de la retraite sabote cette solidarité : on veut empêcher les jeunes générations de toucher des prestations qu’ils ont pourtant financés pour leurs aînés.

La retraite flexible pour l’emploi des jeunes

La retraite anticipée doit être aussi un levier pour favoriser l’entrée des jeunes dans le monde du travail. Il faut certes se méfier des raccourcis du genre «mettons les vieux dehors et place aux jeunes!» vantés par certains, notamment ceux qui, à droite, tentent sempiternellement de monter les générations les unes contre les autres. Mais l’on doit d’ors et déjà réfléchir à des modèles de retraite anticipée volontaire et progressive, grâce auxquels un travailleur expérimenté peut diminuer progressivement son temps de travail pour se retirer petit à petit de la vie professionnelle, tout en transmettant son savoir-faire à un jeune travailleur. En effet, un départ à la retraite ne signifie pas forcément l’arrivée d’un employé plus jeune et correspond encore trop souvent à une perte d’expérience et de connaissance. En permettant aux uns de cesser leur activité professionnelle tout en intégrant les autres à la vie active, on rend service à tout le monde : celui qui s’est intégré au monde du travail peut désormais participer au financement de la retraite bien méritée de l’autre. Quant à l’employeur, il y trouve aussi son compte : le savoir-faire de ses employés peut être transmis.

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