Les jeunes ne sont ni paresseux, ni démotivés, ni des bons à rien !

A entendre de nombreux patrons, les jeunes chômeurs sont les principaux responsables de leur sort. Ainsi, Bernard Nicod, roi de l’immobilier vaudois, avouait l’an dernier dans le magazine «Bilan» (23.03.2005) qu’il ne forme aucun apprenti, malgré ses quelque 200 employés, car les jeunes sont «nuls et paresseux». Et il n’est pas le seul à se plaindre : la présidente radicale de la société vaudoise des pharmaciens et le directeur des ressources humaines d’Audemars Piguet font le même constat catastrophé, quand ils ne préconisent pas «des coups de pieds au c…» des concernés. Ainsi, les jeunes d’aujourd’hui seraient mal élevés, pas motivés, irresponsables et ne maîtrisent pas les savoirs de base telle que la lecture, l’orthographe ou le calcul. En plus, aux dernières nouvelles, un sur deux courbe l’école ! Et Thomas Daum, patron des patrons d’en tirer les conclusions : coupons dans les indemnités des jeunes chômeurs, pour leur apprendre à être aussi paresseux ! (sur ce sujet) Fort heureusement, l’étude COCON de l’Univesité de Zürich bat en brèche ces certitudes : les jeunes sont bien plus responsables, motivés et concernés par leur avenir qu’on ne le pense.

« Les jeunes sont les principaux responsables du chômage des jeunes ». Qui n’a pas entendu cette rengaine ? On reproche ainsi souvent aux jeunes sans-emploi de n’être pas motivés et irresponsables quant au choix de leur métier. On les accuse de ne pas être assez flexible et de ne postuler qu’aux emplois de leurs rêves, sans considération aucune pour la dure réalité de l’économie. Cette inquiétude, jamais très loin du mépris, n’est du reste pas une nouveauté. Au VIIIème avant J.C., Hésiode disait dans « Les Travaux et les Jours » :
«Je n’ai plus aucun espoir pour l’avenir de notre pays si la jeunesse d’aujourd’hui prend le commandement demain. Parce que cette jeunesse est insupportable, sans retenue, simplement terrible… Notre monde atteint un stade critique. Les enfants n’écoutent plus leurs parents. La fin du monde ne peut être loin.»
Forts de ces affirmations, de nombreux décideurs préconisent que la solution au chômage des jeunes est à trouver du côté des mesures d’encadrement (« coaching », parrainage, etc.) des jeunes concernés, mais pas du côté des entreprises.

Fort heureusement, une étude scientifique démontre que ces reproches sont infondés et que les jeunes sont beaucoup plus responsables et motivés qu’on ne le pense. L’étude COCON de l’université de Zürich, menée auprès de 3’000 enfants et jeunes âgés de 6 à 21 ans souligne que les 15 – 21 ans se sentent très concernés par rapport à leur avenir et l’envisagent de manière responsable. Leur aptitude à l’effort et leur motivation est très prononcée. En outre, leurs compétences sociales sont très élevées et ils s’engagent volontiers comme bénévoles (ce que pouvait d’ailleurs laisser sous-entendre la grande richesse du paysage suisse des associations de jeunesses).

Quelles conclusions en tirer ?
En premier lieu, il faut cesser de rejeter la faute sur les jeunes chômeurs. Si beaucoup ne parviennent pas à trouver une place de travail ou de formation, c’est parce qu’il n’y a pas assez. Les entreprises et l’Etat doivent donc tout faire pour en créer et pour développer la qualité des places existantes. Mais cela ne signifie pas qu’il n’y ait pas de jeunes en difficulté. Les mesures de soutien qui leur sont destinées doivent donc être maintenues et développées. Mais celles-ci ne leur sont guère utiles s’il n’y a pas de places (sur le même sujet).

Ensuite, les patrons doivent mieux reconnaître les compétences sociales et l’engagement associatif des jeunes, plutôt que de s’en tenir aux strictes compétences scolaires. Enfin, les résultats de l’étude COCON démontrent que les jeunes sont à même de prendre des responsabilités nouvelles, par exemple en votant dès l’âge de seize ans (sur le même sujet).

Le site de l’étude COCON (malheureusement surtout en allemand)

Le résumé des principaux résultats de COCON (en allemand seulement) est disponible ici. Pour le télécharger directement, cliquer là: résumé des résultats de COCON (en allemand seulement)

Billet publié simultanément sur monelection.ch

Une version légèrement modifiée de ce billet a été publiée le 17 janvier 2007 dans l‘événement syndical (hebdomadaire d’Unia et du SEV)

2 réflexions au sujet de « Les jeunes ne sont ni paresseux, ni démotivés, ni des bons à rien ! »

  1. Bernard Nicod ne fait pas que se plaindre tout en ne formant plus d’apprenti-e-s, il passe aussi à l’insulte : «les apprenties vendeuses me font penser à des vaches qui regardent passer les trains! » (Bilan: 23.03.2005); et ça c’est plus grave.

    Avec de telles dispositions, il est peut-être souhaitable qu’il s’abstienne de former des apprenti-e-s. Par contre, il serait juste qu’il cotise – un maximum – à un « Fonds en faveur de la formation professionnelle » tel que prévu par la Loi sur la formation professionnelle :
    http://www.bbt.admin.ch/themen/berufsbildung/00463/index.html?lang=fr

  2. Il est vrai que je ne souhaite à personne de supporter un tel maître d’apprentissage 😉 Ton intervention pose une fois de plus de problème de la qualité des places: en période de crise, nombreux sont celles et ceux qui seraient prêts à accepter une place, même de mauvaise qualité. Et encore plus nombreux sont celles et ceux qui pensent qu’on peut profiter de cette « aubaine » pour baisser la qualité de TOUTES les places d’apprentissage par exemple en augmentant le travail nocturne et dominical des apprenti-e-s…
    En ce qui me concerne, il n’en est pas question; la qualité des places ne doit en aucun cas diminuer!

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