Surévaluation du Franc : c’est le moment de repenser l’indépendance de la BNS

En abandonnant le taux plancher, la BNS a failli. Elle a d’une part créé un dommage économique immédiat (tourisme, commerce de détail) ou avec un léger effet retard (industrie d’exportation, finances publiques). Elle a par ailleurs compromis une prévisibilité et une stabilité dont notre place économique a cruellement besoin, en particulier depuis l’acceptation de l’initiative « contre l’immigration de masse ». Malgré la brutalité et l’inadéquation de l’abandon du taux plancher – dont même les plus chauds partisans commencent à dénoncer les conséquences – la droite et les milieux économiques ne songent pas à remettre en question l’indépendance de la BNS, alors que notre pays est certainement un de ceux qui appliquent la version la plus absolue de ce dogme. Il fait aussi partie de ceux qui ont doté leur banque centrale du mandat le plus étroit et surtout idéologiquement obtu : le combat sans concession contre l’inflation, au détriment de tout le reste, y compris, et surtout, des intérêts des travailleurs et de l’économie réelle.

Il est donc temps de questionner sérieusement l’indépendance de la BNS. Non pas son indépendance de moyens, car il n’y a pas de raison de ne pas la laisser choisir comment elle intervient sur les marchés. C’est plutôt l’indépendance au niveau des objectifs qui est critiquable. Elle est critiquable d’une part pour le dogmatisme avec lequel elle est appliquée en Suisse, et bien sûr pour les résultats qu’elle donne. Il convient de rappeler qu’une décision que la BNS n’était pas forcée de prendre a déjà coûté la perte de plus de 2400 emplois et dégradé les conditions de travail de plus de 30’000 travailleurs. Et n’oublions pas que nous en sommes encore à un point où le chômage partiel fait effet.

Le groupe socialiste a donc fait une série de propositions pour que la BNS remplisse correctement son mandat constitutionnel de mener « une politique monétaire servant les intérêts généraux du pays » (art. 99 al. 2 Cst.). Ce mandat constitutionnel a été mal traduit dans une loi qui s’arc-boute sur la lutte contre l’inflation, lutte dont on peut douter de la pertinence, en particulier lorsqu’elle se fait sur le dos des intérêts des travailleurs (rappelons-nous de la crise des années 1990). Ces propositions visent d’une part à rendre le fonctionnement de la BNS plus démocratique (postulat Leutenegger-Oberholzer 15.422 pour rendre public les minutes des réunions du directoire de la BNS) et d’autre part veiller à ce que le mandat légal respecte la Constitution, en visant le plein emploi (initiative parlementaire Aebischer 15.414), en garantissant un taux de change stable (motion 15.3354 du groupe socialiste) et la parité du pouvoir d’achat (initiative parlementaire Schwaab 15.415).

Ces propositions ne sortent pas de nulle part, certaines sont déjà une réalité dans certains pays, qui pourtant portent eux-aussi aux nues l’indépendance de la banque centrale, mais savent être pragmatique quand l’économie est en danger, comme les USA. D’autres sont appliquée par des pays qui, comme le Danemark, ont aussi une petite économie très ouverte et très dépendante de la zone Euro. Elles y jouissent d’un fort consensus politique.

Quant au dogme de l’indépendance de la banque centrale, il est de plus en plus critiqué par les économistes eux-mêmes. Helen Rey, professeurs à la London Business School et spécialiste de la politique monétaire étatsunienne, déclarait même que « les banques centrales sont de moins en moins autonomes » (Tages-Anzeiger, 18.3.15). En Suisse, ce dogme est utilisé comme oreiller de paresse par la droite, en particulier le PLR, pour ne rien faire contre la surévaluation du Franc, si ce n’est profiter de la fenêtre de tir pour forcer des dérégulations dont le peuple n’a pas voulu, détruire le service public à coups d’accords de libre-échange, attaquer les droits des travailleurs en flexibilisant les horaires de travail, en poussant au travail gratuit ou en créant des « zones frontalières franches » où le dumping est légalisé (cf. ses «18 propositions» et leur commentaire par le PSS).

(Ma présentation lors de la conférence de presse du PSV d’aujourd’hui )

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