Franz Weber: deux, Lavaux: zéro?

Le Grand Conseil s’apprête à examiner la révision de la Loi sur la protection de Lavaux (LLavaux). Une révision nécessaire pour trois raisons: Il s’agit en premier lieu d’améliorer la protection de ce site exceptionnel, de tenir compte ensuite de son inscription au patrimoine mondial de l’UNESCO et enfin de répondre aux critiques lancinantes de Franz Weber comme quoi «Lavaux se dégraderait inexorablement et les autorités ne feraient rien». Ces arguments ont présidé au lancement de l’initiative «sauver Lavaux 3». Or, si les deux premières initiatives «sauver Lavaux» étaient indéniablement nécessaires et ont fortement contribué à la sauvegarde du site, la 3ème initiative n’est rien d’autre qu’une tentative de mettre la région sous cloche en figeant totalement son développement, et par là-même son existence. Fort heureusement, la Cour constitutionnelle a invalidé cette initiative jusqu’au-boutiste.
Réviser la LLavaux n’en demeure pas moins nécessaire, d’autant plus que M. Weber a promis une quatrième initiative sous peu (sauf si le Tribunal fédéral devait par malheur revenir sur la décision d’invalider la troisième…). Il y a fort à parier que cette nouvelle initiative soit tout aussi contraignante que la précédente, mais qu’elle soit, cette fois, compatible avec le droit supérieur. Elle serait donc soumise au vote du peuple et ses chances d’acceptations seraient grandes.

Offensive en règle des milieux immobiliers
Mais les partisans de la défiguration du site de Lavaux, avec, en tête, le fidèle avocat de promoteurs, le libéral puilléran Jacques Haldy ont profité de la disparition temporaire de la menace de «sauver Lavaux 3» pour lâcher la bride aux constructions anarchiques. La majorité de droite de la commission chargée d’examiner le projet a ainsi fait passer en force un amendement qui dénature le projet, pourtant pragmatique et équilibré, du Conseil d’Etat. Il s’agit d’autoriser l’extension des locaux d’exploitation viticole existants, ainsi que leur transformation et surtout leur changement d’affectation. Bref, on pourrait, si la majorité impose ses vues, agrandir les bâtiments existants à l’envi, sans même qu’ils soient dédiés à long terme à la culture de la vigne. Or, le projet du Conseil d’Etat, tenant compte du besoin légitime des vignerons de disposer de locaux suffisamment grands, ne prévoit d’autoriser que les agrandissements souterrains, donc qui n’altèrent pas le site. La proposition de la majorité de la commission revient en revanche à autoriser n’importe quoi et à vider la LLavaux de sa substance. Cela menacerait en outre le label UNESCO, qui peut en effet être retiré en cas de projet immobilier défigurant un site protégé. Dresde en a d’ailleurs fait récemment l’amère expérience.

Une «victoire» qui entraînerait deux défaites pour la région
Mais, quoi qu’il en soit, cette «victoire» des milieux immobiliers ne serait que de courte durée. Car si la LLavaux était pareillement affaiblie, il y aurait certainement un référendum lancé par M. Weber, référendum que je soutiendrais. Ce référendum serait à n’en pas douter gagné, car les vaudois ont montré à réitérée reprise dans les urnes qu’ils tiennent à sauvegarder les sites exceptionnels comme Lavaux. Mais surtout, cette tentative détournée de supprimer la protection de Lavaux donnerait d’excellents arguments à M. Weber pour sa nouvelle initiative. Il risquerait donc fort de la gagner dans les urnes, à grand coups de «voyez, le Grand conseil veut vider la LLavaux de sa substance, au peuple de corriger cette erreur en réaffirmant sa volonté de protéger Lavaux!». La victoire à la Pyrrhus de M. Haldy se transformerait alors en double défaite, dont les vrais perdants ne seraient pas la majorité PLR-UDC de la commission, mais les habitants de Lavaux, dont la région se transformerait en un musée ethnologique grandeur nature, en une sorte de Ballenberg-sur-Léman.
Le Grand conseil a heureusement toutes les cartes en mains pour voter une LLavaux qui améliore la protection du site sans tomber dans les travers des propositions de Franz Weber, qu’une loi équilibrée pourrait d’ailleurs bloquer.

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