Entrepreneur plutôt que chômeur: vive le micro-crédit!

Lorsqu’on entend «microcrédit», on pense souvent «tiers-monde». Cette méthode de soutien à la création de petites entreprises y est en effet très répandue. Mais on sait moins que le microcrédit est aussi en plein essor dans les pays développés, et que son rôle y est appelé à se renforcer.

Le microcrédit consiste à prêter une petite somme d’argent (jusqu’à quelques milliers de francs) à une personne qui souhaite transformer une bonne idée en petite entreprise. Souvent, il s’agit de personnes qui n’ont pas accès aux services bancaires, par manque de caution et parce que les petits crédits coûtent trop cher pour pouvoir être octroyés à un taux raisonnable.

L’organisation qui délivre des microcrédits comble donc une lacune dans un segment délaissé par le marché. Mais elle ne fait pas que prêter. Elle offre aussi un encadrement personnalisé, en général par des bénévoles, pour soutenir le créateur d’entreprise dans ses démarches administratives, lorsqu’il prépare sa stratégie commerciale et son plan d’exploitation, lorsqu’il est à la recherche de nouveaux investisseurs pour développer son affaire, ou pour lui éviter de commettre des erreurs qui couleraient sa jeune entreprise. L’encadrement permet aussi d’éviter des déconvenues, par exemple d’investir inconsidérément son deuxième pilier.

Les résultats sont encourageants. En Suisse romande, la seule association active dans le microcrédit, l’ASECE, a généré la création de 100 entreprises et de 200 emplois en dix ans. Ces projets sont en outre durables: 80% ont survécu après deux ans et 65% après trois, un taux de viabilité dans la moyenne de toutes les entreprises. Le jeu en vaut donc la chandelle. Et, en cette période d’incertitudes économiques, il faut se réjouir de chaque nouvel emploi créé.

Mais le microcrédit est aussi très rentable pour l’Etat. En effet, les personnes qui créent ces petites entreprises sont le plus souvent des chômeurs ou des bénéficiaires de l’aide sociale. En faisant le pas vers l’indépendance, elles réintègrent le marché du travail, évitent l’assistance publique ou en sortent, et créent des emplois. L’argent investi en microcrédit permet donc de faire de substantielles économies, dont profitent avant tout les contribuables.

Le canton de Vaud a élaboré un large éventail de mesures de soutien à la création d’entreprises (cautionnements, aide à l’acquisition de biens de propriété intellectuelle, encadrement, conseils…). Qui connaissent un succès certain, comme en témoigne le nombre réjouissant de jeunes pousses créées dans notre région, notamment en relation avec nos hautes écoles.

Malheureusement, cette stratégie est incomplète, car elle ignore totalement le créneau des très petites entreprises, notamment celles qui favorisent la réinsertion sociale. Le groupe socialiste au Grand Conseil a donc déposé une proposition (Microcrédit.pdf) pour que l’Etat comble cette lacune et développe une stratégie en faveur du microcrédit. Ce faisant, il permettrait non seulement à des personnes désirant devenir indépendantes de tenter le coup – avec un filet de sécurité, mais il entraînerait aussi des économies au niveau de l’aide sociale.

Texte paru aujourd’hui dans « 24heures« .

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