Soutenir la culture. Et ceux qui la font.

Le soutien à la création artistique fait débat. La future loi fédérale sur l’encouragement de la culture (LEC) soulève la question du financement des activités culturelles par la Confédération. Le débat est vif, car la culture ne laisse personne indifférent. Mais il néglige le sort des acteurs, hommes et femmes, culturels. Et semble oublier que la culture, c’est avant tout ceux qui la font. A l’heure de l’Etat providence, nombreux sont en effet ceux qui pensent que l’artiste désargenté tirant son inspiration de son ventre creux et de son porte-monnaie vide n’est qu’une image d’Epinal.
Force est de constater que trop d’acteurs culturels vivent dans la précarité.

Nos assurances sociales ne protègent en effet de manière satisfaisante que ceux qui ont un emploi «typique», c’est-à-dire à plein temps (ou presque) et de durée indéterminée. En revanche, nombre d’acteurs culturels enchaînent les engagements de courte durée, cumulent les situations de salarié et d’indépendant (parfois contre leur gré) et voient leurs revenus et leurs taux d’activité varier fortement d’un engagement à l’autre. Ils subissent en outre le chômage bien plus fréquemment que la moyenne.
Au final, beaucoup ne touchent pas d’indemnités de l’assurance-chômage et n’ont pas de deuxième pilier. Et c’est à la collectivité de leur verser aide sociale et prestations complémentaires. Un rapport du Conseil fédéral considère d’ailleurs que la situation des acteurs culturels est symptomatique de la multiplication des rapports de travail atypiques et précaires. Mais préconise étonnamment de ne rien faire.
Les Chambres fédérales, qui commencent à examiner la LEC, ont une occasion en or de remédier à cette situation. Il faut tirer parti de cette loi pour améliorer la sécurité sociale des acteurs culturels. Car veiller à ce que les acteurs culturels puissent vivre décemment de leur activité fait sans l’ombre d’un doute partie de l’encouragement de la culture.
Il suffirait pour cela de quelques mesures simples et peu coûteuses, car elles ne concerneraient qu’un nombre restreint de personnes. Une piste consiste à déduire les cotisations aux assurances sociales des subventions que verse l’Etat pour encourager la création artistique. Il ne s’agit pas de faire des acteurs culturels des fonctionnaires – les contrats qui les lient à l’Etat n’en deviendraient d’ailleurs pas pour autant des contrats de travail – mais de veiller à ce qu’ils soient correctement assurés. Ensuite, il faut que les caisses de compensation soient attentives à ce qu’aucun acteur culturel ne se déclare indépendant contre son gré, p. ex. parce que son mécène rechigne à verser sa part patronale aux assurances sociales. Il faut aussi faciliter l’affiliation à l’assurance facultative du 2ème pilier, notamment aux caisses de pensions qui ont créé des plans de prévoyance adaptés aux emplois atypiques. Il faut enfin veiller à ce que l’assurance-chômage tienne mieux compte des variations du salaire assuré et renoncer à l’allongement de la durée de cotisation, qui aurait pour effet d’exclure bon nombre d’acteurs culturels des prestations de cette assurance.

Colonne parue aujourd’hui dans «24 heures», avec, en regarde, ce texte du metteur en scène Denis Maillefer.

Sur le même sujet: les propositions de l’USS.

7 réflexions au sujet de « Soutenir la culture. Et ceux qui la font. »

  1. L’argent des autres : l’argent du contribuable!

    Il faut faire attention à ne pas s’amuser à tomber dans une dychotomie…
    … les méchants impôts
    … le gentil état qui sponsorise tout

    Quelqu’un qui n’a pas envie de contribuer à la vie et la survie des autres a-t-il éthiquement le droit de se plaindre de la réciproque?

    P

  2. Sauf que le fait de vivre en société impose que l’on soit « forcé », en tout cas dans une certaines mesure, à contribuer à la survie des autres, même si l’on n’a « pas envie ». le préambule de la constitution résume cela assez bien: « la force d’une société se mesure au bien-être du plus faible de ses membres ». Mais il est vrai qu’il faut ensuite fixer une limite raisonnable pour cette « contribution » et que c’est pas facile, je veux bien l’admettre…

    Mais je ne suis pas du tout d’accord que l’on dise que les impôts, c’est forcément « l’argent des autres ». Je pense plutôt que ce sont des ressources communes. Dont ont délègue la gestion à des élus (ce qui ne veut pas dire que lesdits élus sont bons dans cette gestion – c’est un élu qui parle 😉

  3. « Force est de constater que trop d’acteurs culturels vivent dans la précarité. »

    Je tente une reformulation:
    « C’est un fait que trop de personnes ont négligé de contribuer à la société par autre chose que de l’art dont personne ne veut… »

    Salutations,
    P

  4. Détrompe-toi, ce n’est pas forcément parce que personne ne veut de l’art que les acteurs culturels sont dans la précarité. Certains ne manquent pas de travail, mais les salaires sont insuffisants et, surtout, ils sont très mal couverts par les assurances sociales, qui sont surtout conçue pour des personnes régulièrement salariées, active à un fort pourcentage sur un longue durée. Il ne s’agit pas de faire des artistes des assistés, mais de faire en sorte qu’ils soient convenablement rémunérés et surtout assurés par les assurances sociales.

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