Spécial 1er août: Qu’est-ce que le «modèle suisse»?

Ces dernières semaines, tout le monde y est allé de son couplet sur le «modèle suisse». La suite du couplet reprend souvent les détestables clichés comme quoi «les autres pays font tout faux». Et qu’ils n’ont bien entendu qu’à adopter le «modèle suisse» pour «s’en sortir».

Les partis bourgeois et les milieux économiques semblent d’ailleurs en avoir fait leur seul et unique argument contre toutes les propositions de la gauche et des syndicats. «1 à 12», salaire minimum décent, justice fiscale et imposition équitable, défense du service public, renforcement de l’AVS: toutes ces idées sont à leurs yeux plus proches du bolchévisme que du «modèle suisse». Et, parallèlement, toutes les propositions de la droite, que ce soit tailler dans les prestations sociales et les conditions de travail, saborder le service public ou protéger les criminels qui fraudent le fisc, ne peuvent, de leurs point de vue, que renforcer ce fameux «modèle». Et doivent donc être acceptées telles quelles.

C’est pratique; plutôt que d’opposer des arguments de fond, on ne fait que dans le cliché, tout en prétendant que tout ce qui n’est pas conforme à ce fameux «modèle» ne peut que nous mener à une situation comparable à celle de la France, de la Grèce, de l’Espagne et de la Corée du Nord réunies. Si ce n’est pire encore.

La «modèle suisse», ce n’est pas des fantasmes néoconservateurs

Le «modèle suisse» ne saurait être réduit à un florilège de fantasmes néoconservateurs, ni à un argument fourre-tout contre tout ce qui peut s’apparenter de près ou de loin à un progrès social. Ce premier août est une excellente occasion pour donner mon point vue:

  • Le modèle suisse, ce n’est pas la cupidité: Plusieurs entreprises typiquement suisses dont le succès et la compétitivité ne sont plus à démontrer, comme Victorinox ou Coop, ne pratiquent pas d’écarts salariaux démesurés. Et le succès de notre pays n’est certainement pas dû aux «prouesses» d’une poignée de managers surpayés. Il faut d’ailleurs ce rappeler que, pendant la plus grande période de croissance qu’elle a vécu, notre économie s’en sortait très bien, «malgré» des écarts salariaux ne dépassant jamais 1-8.
  • Le modèle suisse, ce n’est pas la triche: Notre place financière a autre chose à offrir que la protection des tricheurs. En Suisse, on ne triche pas, y compris en matière fiscale, et ceux qui se permettent de s’enrichir sur le dos des contribuables honnêtes doivent être traqués et punis. Et non protégés comme le demande l’initiative faussement intitulée «pour la protection de la sphère privée».
  • Le modèle suisse, ce n’est pas des salaires injustes: La richesse d’un pays n’a de sens que si elle est équitablement répartie entre tous ceux qui la créent. Bas salaires créant des working poors, flexibilité à outrance, sous-enchère et discriminations salariales n’ont rien à voir avec la «qualité suisse». Un salaire minimum décent pour toutes et tous n’est donc certainement pas contraire au «modèle suisse».
  • Le modèle suisse, ce n’est pas le chacun pour soi, ni le chacun dans son coin: Depuis toujours, le service public joue un rôle important de cohésion nationale, d’autant plus important que notre pays comporte une multitude de langues et de cultures. Pousser les collectivités publiques à se désengager des services essentiels à la population pour les livrer aux profits privés n’est donc certainement pas compatible avec le «modèle suisse».
  • Le modèle suisse, ce n’est pas la société du 24h/24: Lorsqu’ils ont envie de faire plaisir à quelques consommateurs impatients (et parallèlement tentent d’imposer petit à petit la flexibilité totale à l’ensemble des salariés), les partisans de la dérégulation des horaires et de la suppression du repos nocturne et dominical oublient vite le «modèle suisse» (c’est dire s’ils y croient) pour imposer à la place un modèle de société à l’américaine, qui ne se repose jamais, au détriment de la santé, de la vie familiale et sociale et de la qualité de vie.

A toutes et tous, je souhaite une très belle fête nationale!

12 réflexions au sujet de « Spécial 1er août: Qu’est-ce que le «modèle suisse»? »

  1. Je viens d’entendre à la radio romande le « duel » Sommaruga / Bonnant. Édifiant. Par sa faconde merveilleuse et interminable l’avocat des puissants tricheurs du monde fustige l’Etat voire l’état de droit qui veut tendre vers plus de transparence. Les lanceurs d’alertes ne sont pour lui que salauds et vils personnages.

    Là, mon cher, il faudra également et encore et encore se battre contre les affameurs de la planète défendus par des avocats pourris et prestigieux luxueusement installés à Genève … ville de la Croix rouge.

    Continue mon cher. Les anciens comptent sur la vague nouvelle du PS.

  2. Cher Monsieur,

    Votre parti nous a dit que « sauver l’UBS » serait un poids considérable pour les citoyens suisses. Aujourd’hui, ce sauvetage nous a rapporté des milliards.

    Votre parti nous a dit qu’il fallait investir massivement pour garantir des places d’apprentissage. Aujourd’hui, il y a un manque important de personnes souhaitant s’intégrant dans ces filières.

    Vous n’avez pas le sentiment que le message de votre parti est un échec cuisant ?

    et que votre initiative 1:12 est construit sur ce même modèle ?

    • Cher râleur, c’est formidable, le temps qui passe… Avec le temps, la situation évoluant, certaines propositions et constats perdent de leur pertinence, et pas seulement en matière de marché des places d’apprentissage! Comme vous aurez pu le constater, cela fait belle lurettes que le PS et les autres acteurs du dossiers ne dénoncent plus uniquement une pénurie de places d’apprentissage, mais plutôt une pénurie de main d’oeuvre qualifiée dans certaines branches. Et si la situation a pu être partiellement rétablie (encore que de nombreux jeunes peinent à trouver une place de formation), c’est notamment grâce aux mesures préconisées et mises en oeuvre par les socialistes, p. ex. le fond vaudois pour la formation professionnelle.
      Quant au sauvetage de l’USB, si vous trouvez qu’il est anodin, pour l’Etat ou pour qui que ce soit d’autre, d’aligner du jour au lendemain 6 milliards de francs et de reprendre plusieurs dizaines de milliards de créances douteuses sans garantie de récupérer le moindre centime, je me pose des questions sur votre capacité à gérer sereinement vos finances. Certes, l’affaire UBS s’est conclue sur un bénéfice, mais c’est un coup de chance. Confédération (donc les contribuables) et BNS (donc les cantons, donc leurs contribuables) auraient fort bien pu perdre la totalité de leur billes dans cette histoire.

      • J’apprécie que vous reconnaissez publiquement que le constat du PS sur l’UBS s’est révélé totalement erroné et que le contribuable n’a pas perdu d’argent au bout du compte (bien au contraire).

        Seriez-vous prêt à franchir le pas suivant ? et intervenir auprès de la direction de votre parti pour qu’ils arrêtent de prétendre que le contribuable a été floué dans cette affaire (et donc que le sauvetage de l’UBS lui a rapporté de l’argent et non l’inverse) ? Parfois, il faut se montrer « beau joueur », non ? 🙂

        Sinon, pour mes finances personnelles, je vous remercie de vous en soucier. J’arrive encore à payer mes primes d’assurances sans subsides … je ne dois donc pas si mal me prendre à entendre certains de vos collègues 🙂

        • Donc, si je vous comprends bien, il faudrait ériger une statue à MM. Ospel et consorts, pour les remercier de l’immense service qu’ils ont rendu à la Patrie en menant, par incompétence, une banque présentant un risque systémique à la quasi-faillite?

          • Entre ériger une statue pour M. Ospel ou reconnaître que le PS doit cesser de dire que le contribuable paie pour le sauvetage de l’UBS il y a 2 poids – 2 mesures…. Cessez de déformer les propos d’autrui.

          • J’ignore où vous voyez dans mes propos un soutien (direct ? indirect ?) à Ospel, consorts ou à l’UBS…

            C’est bien sûr un pan important de la communication du PS qui tombe, mais un beau geste, soyez beau joueur sur ce coup-là :o)

          • Cher râleur, je persiste à trouver regrettable, voire scandaleux, que l’Etat soit forcé d’intervenir à coup de milliards de francs pour sauver de la faillite un établissement totalement privé mais à risque systémique, le tout sans obtenir la moindre possibilité d’en influencer la gestion (p. ex. par un siège au conseil d’administration ou une entrée dans le capital-action), et ce indépendamment du fait que l’affaire se conclue ou non par des bénéfices (ce qui aurait fort bien ne pas être le cas). Ce genre de détestable histoire risque de se reproduire, l’Etat sera appelé à la rescousse et il pourrait cette fois perdre ses billes…
            Mais bon, il est toujours possible de se réjouir d’un gain à la lotterie en pensant qu’à chaque fois qu’on jouera, on gagnera aussi.

          • La grandeur d’un homme politique c’est de reconnaitre ses erreurs….

      • Le modèle suisse, ce n’est pas l’opposition entre riches et moins riches,

        Le modèle suisse, ce n’est pas la démagogie au profit de la politique partisane

        Le modèle suisse, ce n’est pas la régulation mais la concertation, le partenariat social

        Le modèle suisse, ce n’est pas la jalousie mais le respect

        Le modèle suisse, ce n’est pas un Etat centralisateur, fort et moralisateur

        Le modèle suisse, ce n’est pas votre politique.

  3. Inutile de dire que ces banques ont payé et recommencent gentiment à payer x fois plus d impots que ces 6 milliards déboursés (pour 2006 et 2007, UBS a payé 4,4 milliards d’impôts, selon 20min)

    Bien sûr, les socialistes argumenteront qu’ils ont plus contribué que l’UBS et le Credit Suisse en 2009, 2010, 2011… Mais le Credit Suisse existe depuis 150 ans par exemple… Combien d’impôts payés sur cette période? Est-ce que cela n’a pas aidé quelque petit socialiste? Jamais?

    Loin de moi l’idée que les banques ont bien géré leurs risques avant la crise des sub-prime, mais vous me faites une fois de plus rigoler en pointant sans cesse du doigt les travailleurs.

  4. M. Mayor Jean-frédéric fait référence à Marc Bonnant et « sa faconde merveilleuse et interminable l’avocat des puissants tricheurs du monde fustige l’Etat voire l’état de droit qui veut tendre vers plus de transparence. Les lanceurs d’alertes ne sont pour lui que salauds et vils personnages »

    Ce cher Marc Bonnant, s’il me lit, devrait regarder ou revoir le très beau témoignage de son associé, M. Dominique Warlusel, qui était parti s’établir au Bahamas faire la belle vie et qui a eu un AVC (accident vasculaire cérébral) là-bas. Au Bahamas, où il a été d’abord soigné dans un hôpital rustique (qui lui ont quand même sauvé la vie, grâce aussi à Mme Béatrice Barton, mais rustique), il s’est ensuite empressé de revenir en Suisse, se faire opérer au HUG, Hôpital universitaire Genevois, Hôpital public, payé par les impôts et les assurances maladies de ces chers citoyens. Alors ce cher Marc Bonnant ne devrait pas cracher dans le secteur public.

    Juillet 2013

    http://www.rts.ch/video/emissions/pardonnez-moi/5051724-dominique-warluzel.html

    Six mois plus tôt le discours était un peu différent

    Dominique Warlusel décembre 2012

    http://www.rts.ch/video/emissions/pardonnez-moi/4512813-dominique-warluzel.html

    Bonne convalescence, M. Dominique Warlusel , vous qui avez compris le vrai sens de la vie, depuis cet accident.

    Concernant la définition de la Suisse, je pense aussi à l’émission pardonnez-moi, où il y a eu cette intervention brillante du journaliste Jacques Pilet, qui faisait allusion aux propos grotesques d’Ueli Maurer, forcément membre de l’UDC, sur son discours du 1er août.

    Jacque Pilet août 2013 (aux minutes 25-26)

    http://www.rts.ch/video/emissions/pardonnez-moi/5125712-jacques-pilet.html

    Concernant l’UBS, le peuple paie toujours pour ces banques, il suffit de regarder les taux d’intérêts distribués par les banques aux épargnants. De nos jours, les taux d’intérêt pour un compte d’épargne ne dépassent guère le 1 %. Pareil pour les obligations de caisse et les comptes privés, qui sont très bas. Alors qu’il y a quelques années, les taux d’intérêt étaient bien plus hauts. C’est nous, les petits épargnants, qui somme nombreux, avec nos petits sous, qui payons pour le mauvais travail de ces dirigeants banquiers et pour les amendes qu’ils reçoivent. C’est en abaissant les taux d’intérêt des épargnants, qule peuple suisse paie tout cela. L’argent, les banques le ramassent toujours aux petits. Il faut voir le film le sucre avec Gérard Depardieu, Jean Carmet et Michel Piccoli pour mieux comprendre de quoi je parle.

    Ce film est sorti en 1978 est pourtant personne n’a appris la leçon est encore moins la plupart des politicards du monde. La crise de 2008, c’est presque du copié-collé sur l’intervention de l’Etat et du petit peuple.

    Extrait du film le sucre ou une description détaillée du monde de la banque :

    http://www.youtube.com/watch?v=85ceMKMfn4c

    http://www.youtube.com/watch?v=hTK6ouvLQjI

    http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19456452&cfilm=30418.html

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