Les casseurs de prix allemands pris au piège de la sous-enchère

En Allemagne, la question des salaires minimaux a longtemps été taboue, y compris du côté syndical. L’opinion dominante était alors que l’Etat n’avait pas à se mêler du partenariat social, grâce auquel patronat et syndicats garantissaient des salaires minimaux de branche convenables. Puis est venue la montée en force du travail précaire (souvent encouragée par des réformes sociales peu pertinentes), la perte d’influence syndicale et l’augmentation du nombre de salariés non-couverts par des conventions collectives. La question des salaires minimaux est donc arrivée en force et a reçu un soutien syndical décidé. Elle vient de recevoir un autre soutien, plus inattendu: celle du casseur de prix du commerce de détail Lidl.
Pourtant, Lidl (de même que son comparse Aldi) n’est pas connu pour être favorable à ses employés. Au contraire, c’est avant tout sur leur dos qu’il casse les prix: bas (voire très bas) salaires, contrats précaires, surveillance constante – par vidéo jusque dans les toilettes, harcèlement, non-respect de la liberté syndicale, aucune négociation, etc. Et ces pratiques détestables ont malheureusement fait tache d’huile dans l’entier de la branche (et menacent aussi notre pays, où Lidl et Aldi s’implantent). Conséquence: si les prix dans le commerce de détail ont effectivement baissé, c’est au prix de conditions de travail inacceptables et, si création d’emplois il y a eu, ce sont surtout des travailleurs pauvres (ou working poors), dépendants de l’assistance publique. A tel point que la spirale de sous-enchère est devenue intenable, même pour ceux qui l’ont sciemment provoqué.
Les casseurs de prix ont donc été pris à leur propre piège. Au point d’abandonner un des dogmes les plus tenaces de la politique néolibérale de l’emploi, à savoir que l’Etat n’aurait pas à se mêler des rapports de travail, en particulier de la politique salariale. Dogme qui ne résiste décidément pas à la réalité actuelle du monde du travail.

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