Pour en finir avec les tests «multicheck»

Lundi, une commission du grand conseil (à laquelle j’appartiens) entame l’examen de la nouvelle loi vaudoise sur la formation professionnelle (nLVFPr). Cet important dossier retient toute l’attention du parti socialiste et des syndicats vaudois et je l’ai suivi depuis le début. La loi fédérale sur la formation professionnelle (LFPr) laisse en effet une large marge de manœuvre aux cantons, et il est souhaitable que ceux-ci en fassent usage, notamment pour encourager les entreprises la création de places de formation. Je reviendrai dans d’autres billets sur cet important projet législatif (une fois les travaux de la commission achevés, cela va de soi).

Le groupe socialiste profitera de cette nouvelle loi pour tordre le cou à un petit business qui s’est développé ces dernières années sur le dos des apprenti-e-s et de leur familles: les tests de sélection payant genre «multicheck» ou «basic-check». Ces tests, qui coûtent jusqu’à 100.—Fr. par tentative sont une forme de sélection des apprenti-e-s par l’argent. Qui postule dans plusieurs métiers différents doit souvent faire plusieurs tests. Qui veut assurer son coup peut s’offrir un cours de préparation, payant lui aussi (une école privée bernoise offre des cours de préparation coûtant 170.—Fr.). Et qui rate le test ne peut souvent plus postuler, car de nombreuses entreprises en font une condition sine qua non à toute postulation. Bref, c’est un coup dur pour toutes les familles modestes dont les enfants souhaitent entrer en formation professionnelle.
Mais il n’y a pas que le coût de ces tests, il y a aussi leur contenu. En effet, ces tests testent soit des compétences purement scolaires (c’est à se demander à quoi ils servent), soit des compétences de pseudo-logique dont on peut mettre l’utilité en doute:

basiccheck2.jpg

(exemple tiré du test «basic-check»)
Et, parfois, ils vont même jusqu’à prendre les jeunes carrément pour des imbéciles, en témoigne cette question (tirée elle aussi du «basic-check»):

basiccheck1.jpg

Dans quel sens faut-il tourner la scie pour qu’elle produise un effet?
a) dans le sens contraire des aiguilles d’une montre
b) dans le sens des aiguilles d’une montre
c) ce ne joue aucun rôle
(pour ceux qui auraient un doute, la réponse est b))

La sélection obtenue «grâce» à ces tests est donc, en plus d’être discriminante, tout sauf sérieuse. Mais cela n’empêche pas leurs inventeurs de s’en mettre plein les poches. Aux dépens des jeunes à la recherche d’une place d’apprentissage. Je déposerai donc un amendement pour interdire ces tests payants dans le canton de Vaud.

3 réflexions au sujet de « Pour en finir avec les tests «multicheck» »

  1. Bonjour,
    Depuis 20 ans je suis responsable du personnel dans des entreprises dans des PME. J’ai ressenti fortement une lassitude de petits employeurs et de manière très marquée d’artisans, qui renoncent finalement à former des apprentis au vu des nombreuses chicanes administratives et des coût. Il faut pratiquement engager un formateur spécialisé pour suivre les apprentis dans les entreprises et en ces temps où chaque centime compte, les employeurs n’hésitent pas et renoncent à donner la possibilité à des jeunes de se former.
    Par ailleurs, l’âge moyen d’un nouvel apprenti est maintenant de 18 ans et 3 mois. Trop de jeunes hésitent ou ne sont pas assez mûrs et poursuivent leurs études au gymnase, puis au premier échec reviennent dans la filière de la formation professionnelle, empêchant ainsi le plus jeunes qui sortent de l’école obligatoire de se faire engager. Et vous, si vous étiez employeur, préféreriez-vous un jeune déjà bien dans ses souliers, sachant déjà prendre des initiatives et ayant fait le gymnase à un jeune de 15 ans, hésitant et encore tout frêle !

    Ne serait-il pas possible que l’Etat encourage les petits artisans à former des apprentis en leur accordant une subvention par exemple.
    Ne pourrait-on également imposer des quotas afin de protéger les plus jeunes apprentis tout en donnant également la possibilités aux plus âgés (18 ans et plus) de se former.

    Merci de votre attention.

  2. Cher Manitoo,

    La futur loi cantonale sur la formation professionnelle prévoit un mécanisme pour soutenir les entreprises formatrice: un fonds pour la formation professionnelle, qui prendra en charge les frais de formation, tout en faisant passer à la caisse les entreprises qui ne se donnent pas la peine de former. Vous trouverez plus d’informations ici: http://www.schwaab.ch/archives/2008/01/31/une-vision-socialiste-de-la-nouvelle-loi-vaudoise-sur-la-formation-professionnelle/
    et ici: http://www.vd.ch/fr/organisation/departements/formation-jeunesse-et-culture/dossiers-en-cours/nouvelle-loi-sur-la-formation-professionnelle/
    Je me réjouis d’autant plus de lire vos commentaires que je siège dans la commission qui traite de cet objet. ils me seront très utiles.
    Bien à vous

  3. Bonjour,
    Très heureux de cette perspective qui encouragera les petits artisans et bien quelques PME de reprendre des apprentis. Je suis convaincu que vous oeuvrerez pour améliorer la situation actuelle et vous remercie pour tous les jeunes écoliers de VSO et VSG.
    Merci de m’avoir lu et répondu. Je reviendrai au gré de vos prises de position que j’apprécie.
    Respectueusement, Manitoo

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