Des bourses d’étude et d’apprentissage pour l’égalité des chances

L’Union Suisse des Etudiant-e-s (UNES), dont j’ai coprésidé naguère la commission des affaires sociales, tenaient des assises pour les bourses d’études hier à Berne. Elle remet sur le tapis un sujet à mon avis central: l’égalité des chances dans la formation et le fait que les bourses d’études en sont un instrument important. En effet, une formation doit dépendre des voeux et des compétences des élèves, non de leur porte-monnaie. Malheureusement, le soutien aux études en Suisse, dont la situation est déjà peu enviable en comparaison internationale, est en passe de se dégrader sérieusement. En cause: la nouvelle péréquation financière intercantonale et répartition des tâches (connue sous l’acronyme barbare de RPT), la pression constante sur les finances publiques et la déclaration de Bologne. Si la situation ne s’améliore pas rapidement, de nombreuses formations risquent de n’être plus que le privilège des étudiant-e-s aisés.



Lente dégradation

Depuis les années nonante, malgré une croissance constante du nombre de jeunes en formation, les montants alloués aux bourses d’études (post-obligatoires et hautes écoles) ont fondu comme neige au soleil; en francs constants, c’est une perte de 25% depuis 1993. Et la part de la confédération a diminué elle aussi: De 40% en 1990, elle a passé à 25% en 2005, et cette tendance va se poursuivre à cause de la RPT. Résultat, plus de 80% des étudiant-e-s doivent travailler à côté de leurs études pour les financer.

Bologne et travail accessoire
Malheureusement, la réforme de Bologne a densifié et rendu les plans d’études plus scolaires. Il y a donc moins de temps pour avoir un emploi à côté des études. En outre, Bologne porte la mobilité étudiante aux nues, mais sans bourses, difficile d’aller étudier loin de chez soi. L’égalité des chances est donc menacée: Si les bourses ne sont pas rapidement améliorées, de nombreux étudiant-e-s ne pourront tout simplement plus étudier, car ils ne pourront plus compenser le manque de bourse par une activité rémunérée accessoire. Quant à la mobilité, elle ne restera qu’un beau rêve pour la plupart.

Propositions ultralibérales: remplacer les bourses par des prêts

En outre, la droite (notamment economiesuisse et les jeunes radicaux) est prête à aggraver la situation en proposant d’augmenter les écolages et de remplacer les bourses par des prêts. Or les prêts d’étude, même sans intérêts, sont une barrière sociale de plus à la formation. Dans les pays qui les pratiquent, ce sont les étudiant-e-s les plus défavorisé-e-s qui achèvent leurs études avec le plus de dettes. Dettes qui ont eu pour effet (notamment en Australie), de faire baisser la natalité et d’entraver l’accession à la propriété. Finir ses études criblé de dettes ne devrait pas non plus encourager les gens à fonder des entreprises.

RPT et fédéralisme: un échec.

Les cantons sont responsables de la politique des bourses, et il y a donc 26 systèmes cantonaux de bourses, qu’il est impossible de résumer tant ils sont différents. Différences qui sont parfois absurdes, quand deux étudiants à la situation financière comparable ne reçoivent pas la même bourse, parce qu’ils ne viennent pas du même canton… La RPT aurait pu corriger cela, en confiant la compétence à la Confédération.
Malheureusement ce ne sera pas le cas. Les cantons restent responsables, et vu que la Confédération se désengage financièrement, il est fort probable que les bourses diminuent. Certains cantons comme le Jura ont annoncé ne pas vouloir verser moins, mais d’autres comme Berne ont déjà modifié leur loi pour baisser les montants … En outre, la Confédération se désengageant totalement des bourses pour la formation post-obligatoire (appelé aussi secondaire supérieur, ou encore secondaire II), il est fort possible que les cantons fassent des économies ici, alors que c’est surtout lors du passage de l’école obligatoire au secondaire supérieur que se fait la sélection sociale, et non lors du passage du secondaire II au tertiaire (hautes écoles). Un soutien financier adéquat pour les élèves issus des classes moyennes et défavorisées est donc nécessaire aussi à ce moment-là.
Bref l’égalité des chances a du plomb dans l’aile. C’est pourquoi il faut saluer la démarche de l’UNES, qui souhaite une augmentation des bourses, rejette les prêts et exige une harmonisation au niveau national.

Dans le canton de Vaud, il faudra poursuivre les efforts d’Anne-Catherine Lyon pour améliorer le système des bourses d’études et son service cantonal, ainsi que veiller à ce que les effets de la péréquation ne nuisent pas à l’égalité des chances! Un joli défi pour les futur-e-s député-e-s au Grand Conseil.

Sur le même sujet (notamment Bologne), une oraison pour Charles Kleiber.
Le site de l’UNES.

Et celui d’une pétition pour l’harmonisation des bourses lancée par la jeunesse syndicale et la jeunesse socialiste.

Une réflexion au sujet de « Des bourses d’étude et d’apprentissage pour l’égalité des chances »

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *