«Swissness»: La qualité suisse doit se mériter

Le conseil national entamera la semaine prochaine la révision de la loi sur les marques, ou projet «swissness». Ce projet doit préciser les conditions auxquelles le label «swiss made» est accordé. Pour bien des produits, ce label de qualité justifie des prix plus élevés. Et, dans bien des cas, il permet à notre industrie de rester compétitive malgré ces prix. Dans un contexte de risque de récession mondiale, de surévaluation du Franc et d’incertitudes économiques à cause de la crise financière, c’est une planche de salut pour nos entreprises exportatrices. Comme les utilisations abusives du «swiss made» ont tendance à se multiplier et, dans l’intérêt de la place industrielle, il convient d’y mettre un terme.

Parmi les points litigieux de «swissness», on trouve la part minimale du prix de revient qui doit être atteinte pour mériter le label qui garantit la qualité suisse. La majorité de la commission propose de porter cette part à 60% au moins, une minorité lui préfèrerait rester à 50%. Ce détail peut sembler technique, mais il est essentiel.

En effet, lorsqu’ils paient un prix plus élevé la qualité suisse, les consommateurs s’attendent à ce qu’au moins la moitié de la valeur ajoutée soit suisse. Sinon, il y a fort à parier qu’ils finissent par s’estimer lésés et par se détourner des produits helvétiques, ce qui menacerait des emplois en grands nombre. Renforcer les critères de la qualité suisse, c’est donc garantir à long terme la viabilité de la place industrielle suisse.

Vital pour l’industrie, en particulier l’horlogerie

Cette question est particulièrement importante pour l’horlogerie. Avec la règle actuelle, seuls 50% du mouvement doit être produit en Suisse, ce qui permet d’avoir, au final, des montres qui portent le label «swiss made» tout en contenant des composants (boitier, bracelet, etc.) produits majoritairement à l’étranger, souvent en Chine, dans des conditions, en particulier de travail, qui sont à des années-lumière de la «qualité suisse». Ce seuil de 50% ne suffit pas à garantir cette qualité, car, comme le calcul de la valeur ajoutée ne peut jamais être fait avec une précision absolue, il n’y aura aucune garantie que la moitié de la valeur ajoutée sera réellement suisse. Avec une limite à 60% du prix de revient, les consommateurs auront la certitude que plus de la moitié de la production est en Suisse.

Défendre partenariat social et conditions de travail progressistes

A cela s’ajoutent des considérations sur la qualité des conditions de travail. L’horlogerie bénéficie d’une des meilleures conventions collectives de travail (CCT) de Suisse. Cette CCT est pionnière dans bien des domaines: retraite anticipée, vacances, formation continue, protection de la liberté syndicale. Cette CCT n’a pas la force obligatoire. Or, la très grande majorité des entreprises qui respectent la limite de 60% pour bénéficier du «swiss made» se trouve être conventionnée. Ce qui n’est pas le cas de la plupart des entreprises qui ne respectent que la limite de 50% et pas celle de 60%. Défendre une vraie qualité suisse, c’est donc aussi défendre la qualité des conditions de travail. C’est défendre concrètement le partenariat social et les entreprises qui le pratiquent. C’est aussi pour cette raison que les partenaires sociaux de l’horlogerie (Unia et la Convention patronale) soutiennent l’introduction de la règle des 60%. Je soutiendrai aussi cette position.

Une réflexion au sujet de « «Swissness»: La qualité suisse doit se mériter »

  1. Il y a des points sur lesquels on tombe d’accord. Celui-ci en est un. 50% est indéfendable. « Swiss made » n’est pas un droit mais un devoir: le devoir de pérenniser ce que les générations passées nous ont légué.

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