Harmoniser et renforcer les bourses d’étude

Les bourses d’études sont un pilier central de l’égalité des chances. Sans soutien de l’Etat, le choix de la formation, ainsi que celui de se former ou pas, ne dépendraient pas des projets et capacités personnels, mais du porte-monnaie. Malheureusement, le soutien aux études a longtemps relevé de la compétence exclusive des cantons, avec un soutien sporadique de Berne. Il y donc 26 systèmes de bourses d’études en Suisse. Il en résulte de nombreuses inégalités: deux jeunes suivant la même formation dans la même école peuvent se voir accorder des bourses aux montants très variables (avec des différences de parfois plusieurs milliers de francs), même si leur situation financière est comparable. Depuis des années, la faîtière suisse des associations d’étudiant-e-s, l’UNES, réclame donc une harmonisation des bourses d’études au niveau national. Les différences de traitement entre les bénéficiaires de soutien aux études des différents cantons sont en effet choquantes et injustifiées.

Début d’harmonisation

Suite à la nouvelle péréquation financière et répartition des tâches entre les cantons et la Confédération, cette dernière ne participera plus au financement des bourses pour le niveau secondaire II (post-obligatoire) et se concentrera sur le niveau tertiaire (hautes écoles). Mais, ces deux niveaux de formation étant étroitement liés, la conférence des directeurs cantonaux de l’instruction publique (CDIP) propose de régler la question des bourses d’étude du secondaire II et du tertiaire au moyen d’un concordat intercantonal, qui fixe des standards minimaux, en vue d’une harmonisation. Ce projet par sur de bonnes bases, car l’harmonisation est nécessaire. Cependant, il mérite de profonde amélioration.

Il ne faut pas se contenter de standards minimaux
Il faut que les bourses soient être non seulement harmonisées, mais augmentées. En effet, les montants actuels sont souvent largement insuffisants et ne permettent pas une vraie démocratisation de la formation. Les barèmes prévus dans le projet de concordat restent d’ailleurs inférieurs au minimum vital. Il faut notamment augmenter les montants des bourses destinées aux apprenties et apprentis. Le soutien aux études ne concerne en effet pas seulement les étudiant-e-s des hautes écoles et les gymnasien-ne-s: En Suisse, près de 10’000 élèves d’écoles professionnelles à plein temps et 10’000 apprenti-e-s sont bénéficiaires de bourses. Elles sont malheureusement indispensables, malgré le fait que la plupart des apprenti-e-s touchent un salaire: Une enquête du syndicat Unia publiée hier a montré que 51,9% des apprenti-e-s ne sont pas satisfaits de leur salaire et que 55% pensent qu’il ne correspond pas au travail qu’ils effectuent. En moyenne, leur salaire ne couvre que 35% de leurs dépenses. Dans ces conditions, nombreux sont les jeunes à préférer un travail à un apprentissage, même si cela hypothèque leurs futures chances sur le marché du travail. Les bourses sont aussi importantes pour les quelque 20’000 jeunes qui, chaque année, ne trouvent pas de place d’apprentissage et doivent patienter dans une «solution transitoire» (p. ex. 10ème année scolaire ou semestre de motivation).

Non aux prêts
Il faut aussi supprimer du projet tout remplacement des bourses par des prêts, quelle que soit la formation envisagée. Les prêts sont en effet contraires à l’égalité des chances, car les personnes en formation issues des milieux modestes doivent s’endetter pour se former. Or, l’endettement des jeunes prend des proportions inquiétantes. L’enquête d’Unia précédemment citée montre que plus de 12% des apprenti-e-s sont endettés. En outre, les prêts restreignent le libre choix de la formation, car leurs bénéficiaires sont poussés à choisir des formations qui débouchent sur des postes à revenus élevés, afin de pouvoir plus rapidement les rembourser. Le remplacement des bourses par les prêts et une exigence de longue date des milieux économiques, economiesuisse en tête, en général opposés à la démocratisation des études.

5 réflexions au sujet de « Harmoniser et renforcer les bourses d’étude »

  1. J’ajouterais une chose qui me paraît importante. On nous a imposé le processus de Bologne comme une panacée. Les conséquences sont nombreuses : renforcement des grosses universités et des EPF au détriment des plus petites, concentration des filières dans des centres de compétences et d’excellence au détriment d’une diversité d’enseignement, etc. Et on entend trop souvent que la nouvelle manière de voir les filières universitaires favorisent la mobilité. Pour moi, le système impose la mobilité, et malheureusement, les bourses n’ont pas suivi cette tendance. Il est grand temps que la Confédération et les cantons mettent leurs bourses au diapason du nouveau système, sans quoi l’égalité des chances sera encore moins une réalité qu’elle ne l’est actuellement (c’est dire…)

  2. Bonne remarque. Lors de la signature de la déclaration de Bologne, l’UNES avait déjà averti les autorités sur ce point, mais on nous avait ri au nez sur l’air du «vous verrez, tout ira bien»… Force est de constater que la mobilité reste un privilège! Si tant est que la nouvelle organsiation favorise vraiment la mobilité, ce qui est loin d’être sûr.

  3. Une enquête d’un syndicat de gauche interrogeant des jeunes en leur demandant s’il gagnent suffisamment donne quoi comme résultat?
    NON?
    Pas étonnant vu le nombre de biais introduits dans la question 😉

    Sinon, l’harmonisation intercantonale n’est pas souhaitable… C’est finalement toujours les cantons communistes qui finissent par ponctionner les autres, ce qui finit par faire du nivellement par le bas: Merci la Suisse romande!

    De plus, tu dis:
    « En outre, les prêts restreignent le libre choix de la formation, car leurs bénéficiaires sont poussés à choisir des formations qui débouchent sur des postes à revenus élevés, afin de pouvoir plus rapidement les rembourser. »

    Oui et heureusement!!!!
    Les postes bien rémunérés sont ceux pour lesquels les entreprises sont sous-fournies, cher ami!!! C’est le principe de la production marginale à valeur maximum qui veut ça…
    (En d’autres termes, cela veut dire que le dernier créateur de PME crée une PME où il pense pouvoir faire le plus d’argent, ergo contribuer le plus à la société, puisque 1) les gens sont prêts à payer ses prix et 2) il paie plus d’impôts, de charges sociales, etc…)

    Puis, tu finis sur une idée fausse, d’incitation à la haine sociale, type crachat dans la soupe
    « Economiesuisse en tête, en général opposés à la démocratisation des études »
    Of course not! Of course not! Economiesuisse et toutes les autres associations politiques et apolitique concernées par l’économie favorisent les études… Simplement les études qui finissent par servir à qqch au niveau économique!

    Bonne journée,
    😉
    P

  4. Bon, ben c’est un sondage comme les autres. Et avec 1800 réponses provenant de presque tous les cantons, il n’en demeure pas moins crédible… Mais si tu as un autre sondage à lui opposer, c’est volontiers!!! 😉

    Des cantons communistes? Ah bon, les quels? Même dans le canton de VD, le POP ne va pas fort en ce moment…

    C’est vrai, j’aime bien cracher sur economiesuisse. Mais li lfaut bien reconnaître que toutes leurs propositions visent à instaurer un système inéquitable (et inefficace) qui serait contraire aux objectifs de démocratisations des études. Si tel n’est pas leur réel objectif, qu’ils s’en rendent compte, bon sang!

  5. « servir à quelque chose au niveau économique »
    ça c’est un des vieux concepts qu’on nous ressert sans interruption – et sans définition!
    petit quiz:
    quel est le plus « utile »?
    –un master en lettres avec les branches français et histoire plus psycho en branche externe
    –un master en finance orienté sur la gestion bancaire et de fortune
    indices:
    1. quel étudiant va apprendre le français à nos enfants?
    2. quel étudiant mourra le plus vite d’un infarctus lié au stress?
    bon, je plaisante, mais disons que la vision selon laquelle certaines branches sont « utiles » et d’autres pas pose énormément de problèmes. personnellement, je crois que nous sommes en train de voir, notamment aux Etats-Unis, que la financiarisation extrême de l’économie, en fin de compte, ne « sert » à rien. l’économie dite « réelle » reprend le dessus, et d’ailleurs ça fait mal aux traders… en revanche, avoir des gens qui nous savent comment la Suisse moderne s’est constituée, et qui éventuellement disposent de quelques connaissances pour résoudre des conflits entre personnes, c’est assez cool. et si personne n’étudie les lettres, qui écrira les scénarios des séries télé? et je ne plaisante qu’à moitié.
    Marrant, à Harvard, université privée, même un bachelor en Biochimie comprend l’obligation de suivre des cours en « Historical Study » ou « Literature and Arts »… alors, qu’est-ce qui est utile?

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