Bärengraben

Ça devait finir par arriver. Occupé à rattraper sa carte naruto qu’un coup de vent a emporté, le petit Kevin Imobersteg est tombé dans la fosse aux ours. L’ours Grunt, récent chouchou du public et amateur de chair fraîche, s’est rué sur lui. Affolé, le Bärenwachtmeister Stämpfli téléphone au Kommandant von Graffenried, chef de la police municipale.

- Chef, z’est horribleu, il y a Grunt qui bouffe un betit gamin gui est tombé dans le Bärengraben!

-Pas de panik, Stämpfli, prozédure habituelle. Tu détournes l’attenzion de l’ours afec des karottes, etzetera. Et zi za fa pas, tu rappelles, iverstande?

- Jawohl Chef! Zu Befehl!

(…)

- Chef, z’est terribleu. Grunt ne veut pas lâcher le bueb. Pourtant, on a tout essayé, karottes, zaucisses, requérant d’asile pien dodu, nüt funktioniert.

- Pas de panik, Stämpfli, prozédure habituelle. Si le Bär ne réagit pas, tu peux tirer. Alors, tu vas chercher le fusil, tu le mets en joue et tu me rappelles. Klar?

- Jawohl chef! Zu Befehl!

(…)
- Chef, za y est, ch’ai l’ours dans mon fiseur. Autorzation de faire feu, chef?

- Désolé, Stämpfli, y’a Maîtreu Ponzet, l’avocat de Grunt qui a téléphoné entre temps. Il nous menace de poursuites judiciaires si on tire. En plus, si l’ours mange le gamin, z’est qu’il était mal nourri et l’avocat dit que za pourrait jouer contre nous au prozès. Tant pis pour le bueb. Rrrompez!

- Jawohl chef! Zu Befehl!

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Chronique de politique chronique parue dans le Tromblon.

Privés de shopping!

«Les Romands privés de shopping le dimanche» titre aujourd’hui le cahier «économie» du «le Matin dimanche». Mais qu’ont-ils donc fait, ces pauvres Romands pour mériter pareille punition? Car, vu le ton, ça m’a tout l’air d’une punition: «T’es pas sage/ t’as pas fini ton assiette/ t’as pas été poli avec la dame/ t’as pas dit merci; alors, privé de shopping!»
Sauf que, les Romands ne sont pas privés de magasinage dominical, même si c’est ainsi qu’aime à le présenter la presse – souvent unanimement favorable à la libéralisation des heures d’ouverture (il faut dire que les pleines pages de pub des géants du commerce de détail, grands bénéficiaires d’une libéralisation, ça aide). Non, les Romands, que ce soit dans les urnes (Fribourg, Neuchâtel et, espérons-le, bientôt Genève) ou par leurs Parlements (Vaud, Valais), ont décidé non pas de se «priver de shopping», mais de continuer à s’accorder un jour de repos commun, consacré à la famille, aux amis, aux activités sportives ou associatives, ou tout simplement à ne rien faire. Ils ont aussi décidé de ne pas dégrader un peu plus les conditions de travail du personnel de la vente, soumis à des salaires très bas, des horaires très flexibles (travail sur appel, temps partiels imposés) et une quasi-absence de protection conventionnelle. Pas plus qu’ils ne gobent les promesses mirifiques de croissance et d’emploi qu’on leur fait à chaque fois qu’on parle de libéraliser les heures d’ouvertures des commerces, sachant bien qu’un franc dépensé le dimanche ne peut plus l’être la semaine.
Bref, réjouissons-nous de voir que la population ne soit pas prête à sacrifier sa qualité de vie à une consommation débridée. Et tant pis pour ceux prétendent que mettre un frein aux ouvertures dominicales, c’est seulement «priver les gens de shopping».

D’oh! (Ou: La critique sociale en dessin animé mérite-t-elle un avertissement?)

homer-simpson-bureau-oval.jpgLa diffusion des «Simpson» sur la chaîne alémanique SF2 sera désormais assortie d’un avertissement, indiquant que les moins de 12 ans feraient mieux de ne pas regarder. Pourtant le seul risque que courent ces chères têtes blondes est d’être confrontés à une des critiques sociales les plus pointues et pertinentes qui soient.
A regarder les Simpson (j’avoue, je suis un fan absolu), on en apprend notamment beaucoup sur les conséquences de la sous-couverture d’assurance-maladie (Simpsons roasting on an open fire, saison 1), de la destruction de l’environnement et du réchauffement climatique (On a Clear Day, i can’t see my Sister, saison 16), des délocalisations (Kiss-kiss-bang-Bangalore, saison 17), du vote électronique (Horror Show XIX, saison 20), de la crise des subprimes (No Loan Again, Naturally, saison 20), des inégalités scolaires (Lisa’s Sax, saison 9), des abus de la société de consommation et de la pub (Grift of the Magi, saison 11), des sectes (Faith Off, saison 11), de la privatisation des tâches de sécurité publique (The seven-beer snitch, Saison 16) etc. (bien entendu, cette liste est loin d’être exhaustive!).
Mais il y a aussi de beaux exemples de mobilisation syndicale (Last Exit to Springfield, saison 4), de l’intelligence des forces armées (G.I. D’oh, saison 18), ainsi qu’un magnifique décodage des méthodes de la droite xénophobe (Much Apu about Nothing, saison 7) et quelques belles satires électorales (Two Cars in Every Garage and Three Eyes on Every Fish, saison 2 ou Mr Spitz goes to Washington, saison 14).
Bref, que des problèmes auxquels il vaut mieux éviter de confronter les jeunes, qui auront tout le temps de les découvrir quand ils seront grands. C’est vrai que ça mérite un avertissement.

A propos des épisodes cités…

Pour voir les épisodes cités…

Ce que nous promet la révision de la LACI

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Directive du SECO no X27-3000PI/28 à l’attention des offices cantonaux du chômage

Suite à la révision de la loi sur l’assurance-chômage (LACI), les procédures ont changé. Voici donc une marche à suivre pour vous y retrouver. Elle devrait être aussi très utile pour accélérer le traitement des demandes. En effet, nos services ont remarqué que, pour une raison que nous ignorons encore, les files d’attentes sont de plus en plus longues dans les ORP.
Merci de votre coopération.
Votre dévoué Secrétariat d’Etat à l’Economie

1. Le client est:
* Jeune, allez en 2
* Pas si jeune que ça, allez en 3
* Un vieux schnoque, allez en 9

2. Dites au client : «Alors, tu vas te décider à bosser, petit con?»
Si le client a:
* Moins de 25 ans, allez en 4
* Entre 25 et 30 ans, allez en 5

3. Dites au client: «Z’avez pas mieux à faire que de devenir chômeur, non?», puis allez en 6.

4. Dites au client: «Tu n’as plus droit qu’à 130 indemnités journalières au lieu de 400, ça la fout mal, hein?» Puis allez en 7.

5. Dites au client: «Tu n’as plus droit qu’à 260 indemnités journalières au lieu de 400. Ça t’apprendra à être jeune.» Puis, allez en 7.

6. Si le client a cotisé:
* moins de 12 mois: allez en 9
* plus de 12, mais moins de 18 mois: allez en 8
* au moins 18 mois: Dites au client: «Rien n’a changé, mais méfiez vous de la prochaine révision de la LACI! Au suivant!» (Fin de la procédure)

7. Dites au client: «Ah oui, au fait, tu es désormais obligé d’accepter n’importe quel emploi, même si ça n’a rien à voir avec ce que tu sais faire…». Puis, allez en 9.

8. Dites au client: «Vos prestations ont été drastiquement réduites, mais fallait bien économiser quelque part.» Puis, allez en 9.

9. Donnez au client l’adresse de l’aide sociale, puis dites-lui: «On ne peut rien faire pour vous, désolé, mais vous êtes foutu, au suivant!» (Fin de la procédure)

Chronique de politique chronique parue dans le Tromblon

Il paraît que qui paie commande…

Ça devient une manie. Investir des milliards de fonds publics pour sauver une entreprise privée de la débâcle où l’avait plongé la seule incompétence de ses managers néolibéraux, puis s’en désengager le plus rapidement possible. Sans avoir ne serait-ce que tenté d’exercer la moindre once d’influence, ni fait usage des droits que pourtant chaque investisseur mettant de telles sommes sur la table n’aurait de cesse d’exiger (en appliquant, lui, le slogan «qui paie commande»).

Il y a d’abord eu Swissair, dont le sauvetage – ou plutôt l’atterrissage un peu moins brutal que si on avait laissé faire le marché – a coûté 2 milliards de francs. Socialisation des pertes. L’on s’est ensuite empressé de céder à bas prix la compagnie qui lui a succédé à Lufthansa, pour que ce soit cette dernière qui encaisse les premiers profits. Privatisation des bénéfices.

Et voilà que ça recommence avec UBS. Plusieurs dizaines de milliards dépensés en quelques heures, pas le moindre début d’une volonté de veiller à ce que la banque utilise à bon escient l’argent public en ne retombant pas dans ses travers de course effrénée aux risques et aux boni, puis revente la plus rapide possible, avec pour seul argument que l’Etat n’a pas à détenir des participations dans le secteur privé. La revente dégage cette fois un petit bénéfice, certes, mais sans garantie qu’une nouvelle intervention publique au secours de la banque ne sera pas nécessaire d’ici quelques mois (intervention dont la probabilité sera d’autant plus élevée si – hors de tout contrôle public – UBS recommence à jouer au casino). Comme si l’idéologie néolibérale n’avait pas fait assez de dégâts ces derniers temps…

Moritz Leuenberger, conseiller fédéral assidu

Doyen de fonction du conseil fédéral, mon camarade Moritz Leuenberger semble plus que jamais vouloir s’accrocher à son mandat. C’est regrettable. D’autant plus qu’il commence à donner des signes de lassitude bien plus graves que quelques réflexions désabusées sur un blog: Il vient en effet d’avouer dans la presse dominicale alémanique que, parfois, il ne lit pas les documents des séances (du conseil fédéral) auxquelles il participe.
Bien entendu, ses adversaires politiques se sont empressés de condamner (dans le «Blick am Abend» d’hier (cf p. 2 du pdf) cette attitude désinvolte, inacceptable de la part d’un élu d’exécutif. La jeunesse socialiste les a à juste titre rejoint dans leur critique.
Pour Moritz Leuenberger, il est donc plus que temps de penser à démissionner. M. Couchepin, en fin stratège (pour une fois) a pensé à démissionner suffisamment de temps avant les élections fédérales pour que la personne qui lui succédera ait le temps de faire sa place et pour que ceux et celles qui auront postulé sans succès à son siège puissent se profiler et assurer leur réélection en 2011. Le PS aurait lui aussi bien besoin de sang neuf au sein du conseil fédéral. D’une part, parce qu’il dispose d’une relève compétente et d’autre part, parce qu’il aurait besoin du tremplin que représente un nouvel élu ou une nouvelle élue au gouvernement. Avec la récession qui prend de l’ampleur, la Suisse aura plus que jamais besoin d’un parti socialiste fort, car il n’y a que lui pour défendre efficacement les salariés, les retraités, les assurés. Or, le PS ne peut que souffrir d’un conseiller fédéral inactif (surtout s’il se ridiculise en avouant être inactif). A plus forte raison s’il détient un département permettant d’agir en matière d’écologie et ce alors que le PS a de la peine à rendre ses propositions en matière d’environnement visibles, notamment par rapport à celles –quasi similaires — des verts.

Passe-droit à la sauce UDC

Une éminente élue UDC accordant un passe-droit pour que l’employée de maison bulgare d’un haut fonctionnaire reçoive une autorisation de séjour que l’office fédéral des migrations, se basant sur la nouvelle législation sur les étrangers, ne veut pas lui donner? Allons, vous n’y pensez pas. Jamais une UDC ne s’engagerait pour l’accès d’une bulgare au marché du travail suisse; l’UDC s’est opposée à l’extension de la libre circulation des personnes à la Bulgarie. Et jamais une UDC ne se serait opposée aux décisions d’un office fédéral qui dépendait alors de son chef de file Christoph Blocher. Et puis d’ailleurs, jamais une UDC ne remettrait en cause une législation sur les étrangers largement inspirée des positions de ce parti.

C’est pourtant ce qui serait arrivé à Rita Fuhrer, conseillère d’Etat en charge de l’économie, proche de Christoph Blocher et égérie de l’aile dure zurichoise de l’UDC. Comme le rapporte aujourd’hui le Tages-Anzeiger (qui titre: « politique des petits copains »), Mme Fuhrer, outrepassant ses droits, serait intervenue personnellement pour que l’employée de maison bulgare (avant l’entrée en vigueur de l’extension de la libre circulation) du directeur du théâtre de la ville de Zürich se voie accorder une autorisation de séjour. Ce qui n’a pas été possible: L’office fédéral des migrations (qui dépendant à l’époque de M. Blocher) lui a rétorqué que cela serait illégal. A cause de la loi sur les étrangers, soutenue par l’UDC. N’ayant pas pu accorder l’autorisation de séjour, les services de Mme Fuhrer auraient ensuite, sciemment et sur l’ordre de la cheffe du département, ignoré ce cas de travail au noir. Ce qui fait désormais l’objet d’une plainte administrative.

Moralité, lorsqu’il s’agit d’accorder des passe-droits, l’UDC, même sa section zurichoise, est capable de violer la législation sur les étrangers qu’elle a elle-même contribué à durcir.

Patrons alarmistes…

Lorsqu’en février dernier, l’USS annonçait son pronostic de 30’000 jeunes chômeurs inscrits d’ici à 2010, beaucoup ont crié à l’alarmisme de mauvais aloi, à l’exagération, à la recherche d’attention médiatique, à la manipulation des chiffres. Quelques mois plus tard, c’est au tour de l’union patronale suisse d’y aller de son pronostic dans l’édition de ce mois de son journal « L’employeur suisse« . Selon la faîtière patronale nationale, il pourrait y avoir en 2010 jusqu’à… 43’000 jeunes chômeurs inscrits. Soit 13’000 de plus que le pronostic avancé par l’USS (pronostic basé sur les prévisions – inférieures aux prévisions actuelles – de février 2009 au sujet du taux général de chômage pour 2010). Bref, des chiffres dignes d’une organisation révolutionnaire dont l’unique objectif est de mettre le feu aux poudres.

Alors, alarmisme ou réalisme? Et si on cessait de tergiverser?

Ce banquier, quel cas (y ment)!

Y’a des jours où je préférerai être citoyen-contribuable (surtout contribuable, à dire vrai) de Singapour ou des Îles Caïmans. Il faut dire qu’ils savent s’y prendre en matière d’intervention publique quand une banque est en danger. Singapour, d’abord. Alors que le conseil fédéral accepte de dépenser 68 milliards pour sauver l’UBS (tout en expliquant que 800 millions pour l’AVS flexible, c’est niet), il n’est pas question ni d’obtenir un droit de regard dans la gestion de la banque, ni d’entrer au conseil d’administration. C’est vrai que la finance, c’est devenu tellement la honte qu’on peut comprendre que ces braves gens ne veulent pas se salir les mains. En revanche, lorsque le fond souverain singapourien investit dans l’UBS, il entre dans le capital (avec tous les droits qui vont avec) et au conseil d’administration (avec tous les droits qui vont avec). Y’en a qui savent prendre soin de leurs sous. Et qui comprennent l’adage «qui paie commande».
Et, quand il s’agit de domicilier la société spéciale devant liquider tous les actifs «toxiques» d’UBS, pas question de la domicilier dans un paradis fiscal bien de chez nous, genre Zoug, Buchillon ou Wollerau. Les Îles Caïmans sauront faire ça bien mieux. Décidément, le savoir-faire helvétique fout l’camp.

Chronique de politique chronique parue dans le «Tromblon».

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UBS: généreux boni, généreuse avec les partis

Le «sonntagsblick» (repris par le «matin dimanche») le révèle aujourd’hui: UDC, radicaux et PDC sont financés depuis des années par l’UBS. A hauteur de plusieurs centaines de milliers de francs annuels. Et, probablement par le plus grand des hasards, ces partis s’opposent à une plus forte régulation du secteur bancaire et prétendent, malgré les échecs patents du libéralisme, que l’Etat n’a pas à s’en mêler. Ils s’apprêtent en outre à accepter l’injection d’argent public dans l’UBS, sans conditions, sans contrepartie, sans entrée de la Confédération dans le capital, sans droit de regard ni de codécision. Et ne bronchent pas lorsqu’il s’agit de domicilier la société de gestion des actifs «pourris» dans un paradis fiscal. Tout au plus demandent-ils aux managers fautifs de «rendre leurs boni», bien conscients que ce genre de déclarations n’ont aucun effet si elles ne sont pas accompagnées de mesures contraignantes. Mesures contraignantes qu’ils refusent, bien entendu. Seront-ils cohérents et rendront-ils les montants que leur a généreusement alloué l’UBS ces dernières années?

Ah oui, j’allais presque l’oublier. Ces même partis, tout heureux qu’ils sont d’être financés par les instigateurs de la crise financière, s’opposent vigoureusement à toute transparence dans le financement des partis politiques, malgré les nombreuses propositions du PS au niveau national comme cantonal

Scandale de l’UBS: signez la pétition du PSS!

Le dossier du PSS sur la crise financière