Les «réformes structurelles» selon avenir suisse: abolir la démocratie

La Corée du Nord a le «Juché», la Libye avait la «Jamahiriya», la Suisse a désormais les «Idées pour la Suisse» ou «44 chances pour l’avenir» d’avenir suisse. Oh, certes, les dernières nommées ressemblent un peu plus à une étude sérieuse, menée par des gens sérieux qu’au «Petit livre vert» de M. Kaddhafi ou à la propagande des services de M. Kim. Les éditeurs et auteurs du dernier opus de la boîte à idée des grandes entreprises suisses se targuent en effet de nombreux et ronflants titres académiques qui inspirent confiance et ils ont truffé leur calembredaines de notes de bas de pages qui font bien dans le paysage, le tout dans un emballage moderne joliment mis en page. Mais il n’en demeure pas moins qu’avec ses «44 idées», avenir suisse n’en part pas moins du constat que ce sont surtout les votes populaires qui font obstacles aux «indispensables réformes» dont notre pays aurait besoin s’il ne veut pas «sombrer» au niveau des autres pays européens. Et le «think-tank» ultralibéral de prôner, en conclusion… la restriction de la démocratie directe.

Ainsi, la plupart des propositions de «réformes» dont la Suisse visent soit à contourner des volontés populaires nettement exprimées, soit à restreindre les possibilités de référendum et d’initiative, soit carrément à soustraire certaines décisions aux processus démocratiques, donc au vote du peuple. Voici un petit florilège:

  • Remise en cause de votes populaires nets: libéralisation totale du marché de l’électricité (cf. «idées» no 28ss), hausse de l’âge de la retraite (no 15), restriction des prestations de l’assurance-maladie obligatoire (no 20), suppression de l’obligation de contracter pour les prestataires de soins (no 21), privatisation de l’éduction par le biais du «bon scolaire» habilement camouflé en un «compte de formation» (no 14)… Toutes ces propositions tout droit tirées du manuel du parfait petit ultralibéral ont fait l’objet de votes populaires. Et, dans tous les cas, le peuple a dit clairement «non». Dans certains cas, il a même répété son «non» plusieurs fois, à chaque fois avec autant de netteté. Bref, dans l’esprit probablement dérangé d’avenir suisse, le principal obstacle à la mise en œuvre de son ramassis de salades, c’est le peuple.
  • Restreindre la démocratie directe: L’«idée» no 39 est qualifiée par ses délirants auteurs de «réforme douce». Voyez plutôt; il s’agit de multiplier par deux, voire trois, le nombre de signatures nécessaires pour un référendum ou une initiative. C’est vrai que comme ça, le peuple pourra moins facilement dire «non» aux autres «idées». Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que les milieux ultralibéraux s’en prennent à la démocratie directe, souvent accusée par eux «d’entraver les réformes» ou de «ralentir le processus législatif».
  • Soustraire certaines questions au débat démocratique: Même en restreignant l’accès aux droit populaires, il est fort possible que le peuple parvienne tout de même à contrecarrer l’avènement de certaines des «idées» d’avenir suisse. Qui a donc prévu la parade. Pour éviter un désaveu populaire sur les questions qui fâchent, il suffit… d’empêcher que le peuple ne se prononce! Parmi les «44 chances» on trouve ainsi l’idée de «dépolitiser» le débat sur le taux de conversion du 2ème pilier en laissant les institutions de prévoyance faire ce que bon leur semble (no 17). C’est vrai que la dernière fois que les crânes d’œufs ultralibéraux se sont mis en tête de baisser toutes les rentes, le peuple a mis un veto cinglant. Autre idée (no 16), un «frein à l’endettement» pour les assurances sociales. L’idée est d’introduire un mécanisme automatique de baisse des prestations en cas de difficultés financières. Or, avec un tel «pilote automatique», cela signifie que le peuple ne pourra plus se prononcer. Enfin, l’idée no 21 (abolition de la planification hospitalière cantonale) veut soustraire aux autorités politiques, donc aux élus et en définitive au peuple, la nécessaire régulation de l’offre en santé publique. Encore un risque de véto populaire qui passe à la trappe!

Au cas où la coupe ne serait pas pleine…

La lecture des fadaises restantes ne permet pas de se rassurer sur les intentions et sur l’état mental des éminents scientifiques qui commis ces «44 idées». On y trouve en effet soit une critique d’éléments qui font le succès et la stabilité de notre pays, comme les conventions collectives de travail, soit des idées dont l’actualité récente en Suisse ou dans autres pays a montré la dangerosité, voire la stupidité, comme favoriser la prise de contrôle des entreprises cotées par des hegde funds (no 37) ou la privatisation des infrastructures, voire de l’exploitation, des transports publics (no 27). Quand à l’égalité entre femmes et hommes (principe constitutionnel accepté par le peuple et les cantons), avenir suisse la compte visiblement aussi au nombre des «entraves», vu sa critique contre le droit d’agir en justice pour rétablir l’égalité salariale.

Décidément, elle est belle, la Suisse telle que se la figurent les maîtres à penser des milieux économiques!

2 réflexions au sujet de « Les «réformes structurelles» selon avenir suisse: abolir la démocratie »

  1. A quand un article sur le pamphlet de Messieurs Berset et Levrat « Changer d’ère »?

    En fait, vous passez votre temps à critiquer les autres…. via votre blog…

  2. Ping : Le mépris d’avenir.suisse pour la démocratie | Jean Christophe Schwaab

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