Offensive du PLR contre la formation

«Notre matière première la plus précieuse est le savoir de nos salariés. Il est important d’investir dans la formation de nos enfants pour leur assurer de bons emplois dans le futur. Le système de formation doit s’améliorer continuellement. Les universités de pointe ainsi que le système dual de formation professionnelle ne s’excluent pas – ils sont nécessaires et complémentaires à notre économie». Voici comment commence le chapitre 2.4. du programme du PLR consacré à l’emploi, qui s’intitule «Investir dans la formation pour assurer des emplois». Waouh. C’est beau. Mais quand on compare avec les récentes propositions concrètes du PLR en matière de formation, ces belles paroles sont plus proches du prêchi-prêcha.

Ainsi, le conseiller fédéral PLR en charge de l’économie et bientôt de la formation a sonné la charge contre la démocratisation de l’accès à la maturité, estimant que son accès devait être plus sélectif. Et tant pis si cela réserve la formation supérieure aux enfants des milieux aisés. Quant aux jeunes PLR, ils font des propositions pour aggraver encore un peu plus la sélection sociale à l’entrée des études supérieures en proposant d’abolir les bourses d’études pour les remplacer par des prêts. Comme si l’endettement des jeunes n’était pas un problème. Parallèlement, ils demandent une augmentation des taxes d’études, histoire d’être vraiment sûr qu’il n’y ait que des jeunes nantis dans les hautes écoles. Bref, ça ressemble plus à de l’élitisme qu’à des «investissements dans la formation de nos enfants». A moins que, dans le programme du PLR, il faille comprendre «nos» enfants de manière littérale.

T’as pas d’sous? T’auras pas de diplôme!

Les PLR fossoyeurs de l’égalité des chances et de la formation pour tous tentent tout de même d’argumenter un peu leurs positions. Le conseiller fédéral prétend, lui, que c’est à cause du plus fort taux de maturité en Suisse romande que le taux de chômage y serait plus fort. Bien qu’aucune étude sérieuse n’ait pu faire de lien entre ces deux constats. Cela camoufle donc assez mal une vision élitiste plus libérale que radicale qui souhaite réserver le gymnase et les études académiques à une petite minorité aussi nantie que cultivée, laissant aux autres l’apprentissage. Or, ce constat est méprisant pour l’apprentissage. Il est aussi méprisant pour les couches sociales moins bien loties, dont les enfants devraient aussi avoir le droit de choisir n’importe quelle formation, indépendamment du porte-monnaie de leurs parents. Car la sélection scolaire a toujours un effet de ségrégation sociale: les «meilleurs» élèves, ceux qui passent au travers de la sélection, sont aussi essentiellement ceux dont les parents sont les plus riches. Bloquer l’accès à la maturité aurait donc pour effet d’aggraver les inégalités sociales. Tout en aggravant la pénurie de main d’œuvre qualifiée: Car oui, M. Schneider-Amman, notre économie a aussi besoin de forces de travail formées dans les hautes écoles. Ce ne sont pas les branches qui souffrent de pénurie d’ingénieurs ou de médecins qui contrediront.

Tu veux un diplôme? T’auras des dettes!

En matière d’entrave à l’égalité des chances, les jeunes PLR ne sont pas en reste. Sous prétexte, pour reprendre les propos de leur co-président, de «combattre les injustices générées par les bourses» (pardon?), ils proposent de les remplacer par des prêts. En matière d’encouragement de la formation supérieure, on a vu mieux: ainsi, l’Allemagne avait, entre 1983 et 1990, sciemment remplacé les bourses par des prêts dans l’objectif… de diminuer le nombre d’étudiants. Soit l’effet inverse des belles intentions du PLR.

Si les JLR arrivent à leurs fins, celui qui souhaite acquérir cette «matière première précieuse» qu’est le savoir mais dont la famille n’a pas assez de ressources devra s’endetter à hauteur de plusieurs milliers de francs. Si ce n’est dizaines de milliers. Ou renoncer aux études supérieures. A n’en pas douter, beaucoup choisiront la deuxième solution, ruinant les beaux espoirs du PLR, qui devra bien admettre que la formation, ça n’est pas vraiment pour tous «nos enfants». Quant à ceux qui choisiront l’endettement, ils auront, par exemple, bien du mal à créer une entreprise une fois leurs études achevées (qui prêterait à quelqu’un déjà criblé de dettes?). Et viendront rejoindre les rangs des jeunes surendettés, problèmes déjà suffisamment aigu dans notre pays pour qu’on évite qu’il devienne aussi critique qu’aux USA, où la dette étudiante atteint 1’000 milliards de dollars! Mais peut-être que les jeunes PLR souhaitent que la Suisse crée, elle aussi, une nouvelle catégorie de «subprimes»… Ils oublient enfin que la gestion de prêts génère une énorme bureaucratie, mais l’échec de l’initiative du PLR sur ce sujet a peut-être modifié ses priorités.

Vous trouvez la formation trop chère? Essayez l’ignorance!

Ces positions plus libérales que radicales oublient deux choses: Premièrement, lorsque l’Etat investit dans la formation, c’est rentable, un franc investit en rapportant au moins deux. John F. Kennedy disait d’ailleurs: «Il n’y a qu’une chose plus chère que la formation: pas de formation». Des mesures d’économies sont donc non seulement inutiles, mais aussi nuisibles à terme pour notre pays et son économie. Deuxièmement, les personnes qui bénéficient d’un meilleur salaire grâce aux investissements de l’Etat en faveur de leur formation (que ce soit par la mise à disposition d’une formation gratuite ou de mesures de soutien comme les bourses) «remboursent» cet investissement en payant plus d’impôts, grâce à la progressivité de l’impôt direct. Point n’est donc besoin d’accabler de dettes les jeunes qui contribuent, en se formant, à la richesse future de la Suisse.

5 réflexions au sujet de « Offensive du PLR contre la formation »

  1. Monsieur Schwaab,

    Comme d’habitude, vous préférez disserter sur le programme et propositions d’autres partis plutôt que de voir les négligences du vôtre. Je vous rappelle gentiment qu’en terme de formation, les mauvais élèves romands s’appellent Vaud et Genève. L’instruction publique est en main socialiste depuis de nombreuses années dans ces cantons. Le PLR n’en peut pas grand chose si les petits Genevois et Vaudois sont les plus cancres.

    L’égalité des chances ne veut pas dire former 80% d’universitaires. En augmentant le nombre de personnes obtenant une maturité ou un diplôme universitaire, vous ne pouvez que baisser le niveau (car les meilleurs y sont déjà, au collège/lycée et/ou à l’université). La sélection doit se faire par le mérite. Sans quoi, nous banaliserons la médicorité. De nombreux enseignants vous le diront (mais peut-être pas ceux que vous côtoyer lors des assemblées du PS), le niveau baisse. Ou alors vous souhaitez qu’un diplôme de juriste soit nécessaire pour obtenir un travail de secrétaire, comme c’est le cas aux USA?

    Concernant les faris d’études, j’estime qu’actuellement le montant payé par semestre est ridicule. Il est évidemment que tout le monde doit pouvoir, en focntion de ses capacités, avoir accès aux études. mais il est également normal que les futurs cadres, chefs de services, responsables de syndicats et autres bien lotis en paient une partie. En amenant la quasi-gratuité des études, la durée des études augmentent, les étudiants ne sentant pas la pression de terminer (regardez l’exemple de l’Allemagne, très significatif à ce sujet).

    Votre propos à charge du PLR est complètement déplacé. Vous feriez mieux de secouer vos conseillers d’Etat socialistes en charge de l’instruction publique au lieu d’accabler ceux qui n’en peuvent rien.

    Triste de voir un tel niveau de démagogie de la part d’un conseiller national… j’ai de la peine pour vous et de grandes craintes pour l’avenir de nos (au sens général) enfants, avec de tels représentants à Berne…

  2. Cher JC,

    A l’occasion, il faudra que tu m’expliques ce qu’est « un accès démocratique à la maturité ». A l’époque Jacques Herman nous avait raconté qu’en France, on demandait aux parents à la naissance de leur enfant, s’ils souhaitent qu’il obtînt un bac littéraire ou technique: je crois que c’était ironique …:-)

    • Les cours d’Herman nous manquent, c’est sûr 😉
      Je crois que les comparaisons avec le bac français sont de toute façon assez hasardeuses, étant donné que, parmi les bacs, on compte bon nombre de titres (p. ex. les bac professionnels ou techniques) qui, chez nous, entreraient plutôt dans la catégorie des CFC, comme ceux qu’on obtient dans les écoles de commerce ou les écoles des métiers. Mais, dans tous les cas, l’objectif n’est pas que tout le monde ait une matu et plus personne le CFC. Ce n’est pas mon propos. En revanche, il est important que celui qui souhaite faire une matu puisse le faire sans tenir compte du porte monnaie de ses parents. Il est vrai que, sur le papier, la sélection scolaire est neutre de ce point de vue. Mais, en pratique, là où il y a sélection, il y a forcément sélection sociale. L’important, au final, est que le plus grand nombre ait un titre du secondaire II, car c’est une vraie garantie contre la pauvreté. Malheureusement, en Suisse, cela fait plusieurs années que nous stagnons aux alentours de 90%…
      Cela dit, il y a une problématique qu’il ne faut pas négliger, c’est celle de la « concurrence » entre matu et CFC en apprentissage dual. Et là, ce sont les milieux économiques qui ont intérêt à ce que l’apprentissage soit attractif, notamment en offrant de bonnes conditions de formation, des salaires raisonnables, et, surtout, des perspectives de carrières intéressantes (notamment en valorisant la formation continue ou en facilitant l’accès à la formation professionnelle supérieure). Or, souvent, c’est au niveau du dernier point que ça pêche: bien des branches n’offrent pas assez de perspectives de formation continue. P. ex., l’accès à la formation professionnelle supérieure (brevet, maîtrise) est très peu soutenu. J’avais fait une proposition au grand conseil vaudois, malheureusement sans succès.

      • « L’important, au final, est que le plus grand nombre ait un titre du secondaire II, car c’est une vraie garantie contre la pauvreté. Malheureusement, en Suisse, cela fait plusieurs années que nous stagnons aux alentours de 90%… »

        Absurdité complète! Regardez les millions de chômeurs universitaires français, espagnols et portugais…..

        Vous ne semblez pas maîtrisé les enjeux économiques qui se déroulent sous nos yeux, Monsieur le Conseiller national….

        • Monsieur le Courageux anonyme aussi hargneux que mal informé,
          Comme vous pourrez le constater sur ce graphique: http://www.edk.ch/dyn/15422.php la « formation secondaire II » (ou « secondaire supérieure ») ne regroupe pas uniquement la formation gymnasiale, mais aussi la formation professionnelle, donc l’apprentissage menant au CFC, voie choisie par la grande majorité des jeunes. Pour reprendre vos termes, vous ne semblez pas maîtriser les enjeux économiques qui se déroulent sous nos yeux.

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