Non à un privilège fiscal pour les retraités aisés

Par deux fois en 2012, les milieux immobiliers ont tenté d’octroyer des avantages fiscaux aux propriétaires. Par deux fois, le peuple et les cantons les ont sèchement rembarrés. Et voilà qu’ils soumettent une troisième initiative pour de nouveaux privilèges réservés à une catégorie de propriétaire bien précise!

L’initiative «Sécurité du logement à la retraite» cache, sous des abords certes sympathiques, un projet nuisible tant à la cohésion sociale qu’à la solidarité entre les générations. Elle vise en effet à baisser les impôts des seuls retraités qui sont propriétaires de leur logement et ont eu les moyens de rembourser leur dette hypothécaire, parce qu’elle leur laisse le choix de renoncer à l’imposition de la valeur locative. C’est un cadeau fiscal injuste, car il ne profitera, comme avec les deux initiatives précédentes, qu’à une minorité de contribuables aisés. En outre, en raison de la progressivité de l’impôt, il suit l’adage «plus vous avez, plus vous recevrez»: les retraités fortunés verront leur facture d’impôt baisser de manière conséquente, alors que les retraités de la classe moyenne qui ont pu acquérir leur logement et rembourser leur dette ne verront guère de différence. Et, comme souvent, ce sont les autres contribuables qui paieront la note, soit: 250 millions de francs par an rien que pour l’impôt fédéral direct. Les rentrées fiscales des cantons et des communes seront durement touchées: les pertes annuelles sont estimées à 500 millions. Ce constat conduit les directeurs cantonaux des finances à s’opposer à cette initiative. Privilégier pareillement une catégorie de contribuables qui n’en demande pas tant, tout en baissant les recettes de l’État, c’est saper la cohésion sociale.

L’initiative nuit aussi à la solidarité entre les générations. En effet, les jeunes générations sont inquiètes pour l’avenir de leurs retraites. Elles sont inquiètes face au manque d’investissements dans les infrastructures qui garantiront la prospérité future. Elles sont inquiètes face aux hausses de primes d’assurance-maladie ciblées sur les jeunes, face à la pénurie de places de formation, face au manque de soutien pour les familles. Confrontées à une initiative qui ne s’adresse qu’à une certaine catégorie de retraités et qui privera l’État des ressources dont il a besoin pour répondre à leurs attentes, elles risquent fort de se détourner de la solidarité entre les générations.

Or, cette solidarité repose sur la contribution de tous au bien-être des générations actuelles et futures. Les actifs financent les retraites et les retraités (les actifs de hier), parce qu’ils ont construit et investi, ont soutenu les actifs d’aujourd’hui. Ils les soutiennent parfois encore une fois à la retraite : que l’on pense par exemple à l’importante contribution des nombreux grands-parents qui gardent leurs petits-enfants! Accorder des privilèges à une génération aux dépens des autres ne peut que mettre en péril ce bel – mais fragile – équilibre.

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