Allocation universelle: panacée ou miroir aux alouettes?

Un titre en forme de question, afin de lancer un débat qui est en train de prendre de l’ampleur et sur lequel mon opinion n’est pas définitivement arrêtée (je compte d’ailleurs sur vos commentaires pour l’approfondir! 🙂 ): l’allocation universelle, ou revenu inconditionnel garanti ou encore revenu de base.


Ce concept est simple: toute personne domiciliée en Suisse reçoit, quels que soient sa situation personnelle, professionnelle, son revenu, sa fortune, sa capacité à travailler, sa situation familiale, son état civil, etc. un revenu destiné à couvrir ses besoins vitaux chaque mois, du début à la fin de son existence, sans contrepartie aucune, par exemple une obligation de travailler. (Voir la définition complète sur le site de BIEN-CH). Pour la Suisse, son montant est estimé à entre 2000 à 2500.—Fr. par mois, la moitié pour les enfants.
Les prises de position en faveur de ce qui serait une révolution en matière d’assurances sociales se multiplient à gauche, même s’il s’agit d’un concept issu à l’origine des rangs libéraux. Outre A Gauche toute!/La Gauche et le syndicat chrétien Syna, cette idée a désormais trouvé place dans le programme du Parti Socialiste Suisse. Malheureusement, son introduction s’y est faite à la va-vite, discrètement et sans véritable débat, alors qu’elle aurait certainement mérité une discussion approfondie. Au Parlement fédéral, une initiative de Josef Zisyadis a été nettement rejetée, mais les débats ne vont pas se taire pour autant.

Diminuer la pression vers la précarité
L’idée est à première vue très séduisante: L’allocation universelle est censée diminuer la pression sur les salariés à accepter n’importe quel emploi à n’importe quelles conditions. C’est une réponse à un des défis majeurs du monde du travail: la précarisation «forcée». Car, tant que les employeurs pourront faire miroiter à leurs salariés «qu’ils y en a des tas d’autres (chômeurs, temporaires, migrants, travailleurs d’un autre pays où l’on pourrait délocaliser, etc.) qui seraient d’accord de faire la même chose moins cher», ceux-ci n’auront pas d’autre choix que de modérer leur revendications, laissant croître les écarts entre revenu du travail et du capital, les inégalités salariales, la précarité de l’emploi. Les assurances sociales se joignent de plus en plus à cette pression (notamment l’assurance-chômage qui exige que l’on accepte un emploi dit «convenable» sous peine de sanctions financières) et l’aide sociale leur emboite le pas.

Combler les lacunes du filet social
L’allocation universelle remplacerait certaines assurances sociales, car celles qui garantissent un revenu (en cas de retraite, d’invalidité, de chômage ou de maladie) n’auraient plus lieu d’être, un revenu de base étant déjà garanti, pas uniquement pour en cas de survenance de l’événement assuré, mais dans tous les cas. Le système s’en trouverait grandement simplifié. Cela permettrait en outre de combler une des grandes lacunes de notre système d’assurance sociale: l’absence d’une assurance perte de gain en cas de maladie. Comme les salariés malades n’ont droit au paiement de leur salaire que pendant une durée très courte (art. 324a CO et les échelles bernoise, zurichoise et bâloise), ceux dont l’employeur n’a pas conclu une telle assurance (par exemple parce que la CCT le prescrit) risque fort de se retrouver à l’aide sociale. Cela dit, cette lacune pourrait aussi être comblée et le système tout autant simplifié par la création d’une assurance universelle du revenu.

Il est évident que l’allocation universelle baisserait la pression sur les travailleurs qui ne peuvent espérer que des emplois à bas salaires. Les employeurs n’auraient alors pas d’autres choix que d’améliorer les conditions de travail de ces emplois, sous peine de ne trouver personne pour les effectuer. Mais c’est probablement là que se trouve le premier écueil de l’allocation universelle.

Réduction drastique de la valeur du travail
Les salaires devraient en effet permettre de vivre dignement. C’est en tout cas la position des syndicats, qui se battent notamment pour un salaire minimum, mais aussi pour que les augmentations de la productivité ne bénéficient pas aux hauts salaires ou aux actionnaires, mais aux salariés qui les ont produit. Avec une allocation universelle, le but du salaire ne serait plus de garantir un revenu digne (l’allocation s’en chargerait, en tout cas en partie, voir plus bas), mais seulement de compléter le revenu, pour «attirer» les travailleurs dans l’entreprise en question. Il en résulterait probablement une baisse généralisée des salaires, les employeurs ayant beau jeu de dire que «les besoins vitaux sont déjà couverts». Or, le salaire, c’est la valeur du travail. Qui baisserait donc drastiquement. Il est donc plutôt surprenant que des syndicats comme Syna fassent la promotion de l’allocation universelle.

Risque de ségrégation sociale accrue
L’allocation universelle comporte un autre risque, celui d’accentuer la division, un brin caricaturale il est vrai, entre «les travailleurs motivés» et les «oisifs fainéants». Des tensions pourraient naître entre ceux qui on l’impression de produire la richesse pour ceux qui ne font qu’en profiter, sans rien faire, en touchant le revenu de base. On se souvient des campagnes de l’UDC contre les «abus de l’aide sociale» ou du centre patronal vaudois contre des PC familles qui reviennent, selon-eux, à «payer un café à ceux qui regardent les autres travailler». Certes, ces campagnes n’ont pas suffit à remporter des majorité, mais cela montre que les tensions existent et qu’elles sont faciles à raviver.

Atteinte à l’égalité des sexes?
L’allocation universelle pose en outre un réel problème d’égalité des sexes. De nombreuses familles dont les deux parents travaillent pourraient renoncer à un des deux emplois, l’allocation comblant la différence de revenu. Or, il y a fort à parier que ce soient les femmes qui renoncent. En effet, à cause des discriminations salariales, de carrière et au niveau de la formation, c’est le plus souvent l’emploi du mari qui «rapporte» le plus. Une telle situation inciterait l’épouse à quitter, définitivement, le marché du travail. L’allocation pourrait donc avoir pour effet d’éloigner les femmes du marché du travail, entravant des décennies de progrès en matière d’égalité.

Quel coût, et surtout, quel financement?
Une autre question plutôt épineuse est celle du coût. Il est clair qu’il serait colossal, même en remplaçant l’aide sociale et certaines assurances sociales par l’allocation universelle. Pour la Suisse, il est évalué à 200 milliards de francs par an, soit plus de deux fois le budget annuel de la Confédération. Trouver le financement de cette somme énorme serait à n’en pas douter difficile et probablement que la diminution des dépenses sociales rendues inutiles par l’allocation n’y suffirait pas. Cela n’irait donc probablement pas sans des augmentations massives d’impôts, dont les détails ne sont à l’heure actuelle pas connus. Certes, une meilleure redistribution des richesses est nécessaire et la croissance des inégalités de revenus et de fortune appelle une révision de la politique fiscale actuelle. Mais même une nouvelle répartition de la charge fiscale ne suffirait probablement pas à dégager suffisamment de moyens pour financer l’allocation. Le reste serait d’autant plus difficile à trouver que de nombreux salariés – c’est l’objectif de l’allocation – arrêteraient de travailler, donc de générer du revenu imposable.
Certains pays ou provinces qui ont d’importantes ressources naturelles versent une forme d’allocation universelle tirée du produit de la vente de ces ressources. Par exemple, l’Alaska verse un modeste dividende inconditionnel à toute sa population, tiré des revenus miniers et pétroliers. Ce procédé est intéressant, même s’il pourrait être plus redistributif. En revanche, la Suisse ne dispose pas de telles ressources générant un revenu susceptible d’être pareillement redistribué.

Un revenu décent, vraiment?
Reste la question centrale du montant de l’allocation universelle: Ses partisans parlent d’un montant de 2500.—Fr. par mois. Or, un salaire décent devrait plutôt se situer aux alentours de 4000.—Fr. par mois. Car avec 2500.—Fr., il serait difficile de vivre dans de bonnes conditions. Un montant trop bas aurait pour effet de pousser les bénéficiaires du revenu de base à travailler tout de même, même à des conditions précaires, alors que l’objectif de l’allocation est justement de diminuer cette pression à accepter n’importe quel emploi. Bref, l’objectif de supprimer la pauvreté et la précarité risquerait de ne pas être atteint.
Certes, on pourrait prévoir un montant plus important, mais cela augmenterait le coût, alors qu’il n’existe encore aucune réponse crédible à cette question.

Au final, ma position est plutôt opposée à l’allocation universelle ou revenu inconditionnel (de base). Je suis plutôt favorable à une révision en profondeur de notre système d’assurances sociales et la création d’une assurance universelle du revenu. Cependant, je me laisse volontiers convaincre, par un bord ou par l’autre. A vos commentaires!

25 réflexions au sujet de « Allocation universelle: panacée ou miroir aux alouettes? »

  1. Certes. mais tu auras remarqué que dans la version introduite dans le nouveau programme du pss, le revenu universel est subordonné au salaire minimum ET à l’assurance générale de revenu. je pense donc que le texte adopté par le parti n’est pas touché par les critiques, que je partage largement, que tu adresses au concept d’allocation universelle.

    ceci dit, il y a un grave problème avec la traduction actuelle du programme publié sur le site du pss. Le concept sur lequel nous avons voté est celui de « revenu garanti ». Plus précisément:

    p.26, l’amendement de Willy Spieler (A-156, p.83 du PV) qui a été accepté, contre l’avis du CD, demandait “Wer keine oder nur wenig traditionelle Erwerbsarbeit leistet, ist auch Wirtschaftsbürgerin oder Wirtschaftsbürger. Es braucht daher eine garantierte Grundsicherung subsidiär zur „allge- meinen Erwerbsversicherung“ (S. 23) und zum „existenzsichernden Mindestlohn“ (S. 47).” a été traduit de la manière suivante:

    “Subsidiairement à l’assurance générale du revenu et au salaire minimal couvrant les besoins essentiels, il faut introduire une assurance de base garantissant que celles et ceux qui ne fournissent pas de travail salarié au sens traditionnel puissent également vivre dans la dignité.”
    Cette traduction est fautive. Il faudrait dire, par exemple “Celles et ceux qui ne fournissent pas, ou peu, de travail lucratif n’en sont pas moins des citoyennes et des citoyens économiques. Cela requiert l’introduction d’un revenu garanti, subsidiairement à l’assurance générale de revenu et au salaire minimum.”
    Bref, il manque deux choses dans la traduction du CD: 1) le terme de “revenu garanti” qui n’est pas celui d’une “assurance de base” et 2) le fait, essentiel, que ce dispositif n’est pas un dispositif de charité! (comme dans la version “vivre dans la dignité…”) mais est un revenu, justement, qui découle de la participation des individus à la création de richesse sociale (c’est le sens de wirtschaftsbürger), même si celle-ci n’est pas lucrative! (travail domestique, bénévolat, lien social, etc.)

  2. Bonjour,
    Moi je suis pour
    Juste :

    « Risque de ségrégation sociale accrue » : le fait qu’il soit versé a tout le monde permettrait normalement de justement limiter la ségregation sociale qui existe deja (on rale moins contre un systeme dont on profite aussi).

    « Atteinte à l’égalité des sexes? »: en fait, la un peu pareil, ca permettrait aussi a une femme qui est a la maison d’avoir un revenu et de ne pas dépendre du conjoint, donc c’est plutot un pas en avant vers l’égalité.

    « Réduction drastique de la valeur du travail » :pareil c’est pas le revenu universel qui fait baisser la valeur travail, c’est les conditions de travail, le chomage… et rien n’empeche de continuer a vouloir un salaire minimum.

    voila, donc moi je dis plutot : panacée 🙂

  3. @toto, tout dépend du point de vue:
    – Concernant la ségrégation sociale, il est vrai que, formellement, l’allocation universelle ne provoque pas de ségrégation, car elle est versée à tout le monde. En revanche, elle risque de créer une ségrégation dans la perception qu’on « ceux qui bossent » de « ceux qui ne bossent pas ». C’est une vision faussée, certes, mais le risque est réel.
    – Concernant l’égalité, votre argument est intéressant. En revanche, il n’empêche pas la conséquence d’un arrêt d’activité lucrative pour le membre du couple (souvent la femme), le moins bien payé.

    En outre, je ne partage pas complétement votre avis sur la valeur du travail. Le travail, c’est l’échange d’une prestation de travail contre rémunération. La rémunération peut se comprendre de différentes manières, mais, au final, on peut toujours la calculer en une certaine somme d’argent. Si les salaires baisse, la valeur du travail payée baisse. Mais il est vrai que cela ne baisserait pas la valeur réelle du travail, qui devrait correspondre au salaire qui devrait être réellement versé, en fonction de la productivité.

    Enfin, il est vrai que l’allocation universelle n’exclut pas de salaire minimum. Mais il faut bien avoir à l’esprit que le risque est grand que le pouvoir de négociation des syndicats soit réduit par la simple existence de l’allocation. Peut-être n’est-ce qu’un risque théorique, mais je pense qu’il doit être pris en compte.

  4. Cher JC,

    Il me semble que le système proposé fait un certain nombre d’hypothèses assez discutalbes:

    1) Le système part du fait que les prix n’augmenteront pas. Si une personne qui n’exerce aucune activité touche 2’500 CHF « gratuitement », toute personne exercant une activité demandera à toucher plus, ce qui est très humain; les salaires de « actifs » devront nécessairement prendre l’assenseur, ce qui entraînera une augmentation des prix, car qui vendrait un produit à 10 CHF s’il pouvait le vendre à 20 ? A l’extrême, on obtiendrait simplement un « chagement de coordonnées », le 2500 de demain correspondant au 0 d’aujourdhui.

    2) Les auteurs semblent oublier que la Suisse n’est pas peuplée que de gens comme eux, or leur système suppose que chaque individu ne pense qu’à s’épanouir, à apprendre, etc… Cela qui ne correspond pas à la réalité: imagine un couple sans enfant et sans formation vivant dans un 2.5 pièce qui toucherait 5000 CHF comme allocation universelle. Pourquoi iraient-ils travailler et gagner un peu plus, puisque 5000 CHF suffisent pour vivre ?

    3) Si je suis ta proposition de salaire « décent », le couple ci-dessus devrait plutôt toucher 8000 CHF; comme ca, au lieu de « glander » toute l’année, ils pourront faire leur shopping de Noel à New-York, et en classe affaire svp !

    Bref, je ne suis pas fan de cette idée….

  5. Salut Reto
    Merci pour tes arguments! Je n’avais en particulier pas pensé à la question de la hausse des prix et je pense que c’est un point qui devrait pencher dans la balance. Ton argument no 2 est aussi très intéressant: Personnellement, j’y vois une autre dérive: la suppression de toute incitation à se former. Or, pour un pays tel que le nôtre, ce serait une catastrophe. on trouve déjà assez de personnes qui renoncent à entreprendre un apprentissage parce que le salaire n’est que de 1000.–Fr. par mois et lui préfèrent un emploi non qualifié à 3000.–Fr. avec le risque de ne pas avoir de meilleur salaire et de vivre dans des conditions précaires toute sa vie.

  6. Un principe tel que:

    « Ce concept est simple: toute personne domiciliée en Suisse reçoit, quels que soient sa situation personnelle, professionnelle, son revenu, sa fortune, sa capacité à travailler, sa situation familiale, son état civil, etc. un revenu destiné à couvrir ses besoins vitaux chaque mois, du début à la fin de son existence, sans contrepartie aucune, par exemple une obligation de travailler. »

    est totalement absurde. Comment peut-on donner un droit foondamental à un revenu, sans aucune autre compensation. Un tel droit correspond à un droit à la paresse. Aucune civilisation ne viendrait à l’idée de garantir un revenu à tout à chacun, à moins que l’on croit au socialisme….

  7. Philippe, je constate avec joie que vous êtes capable de vous exprimer sur le sujet des billet, qui plus est en termes courtois!
    Vous posez à mon avis les bons termes du débat: doit-on donner un droit à ne pas travailler du tout à des conditions indignes (c’est-à-dire à un salaire inférieur à l’allocation universelle)? C’est à mon avis une bonne question. Il est probablement judicieux de ne pas forcer à accepter n’importe quel emploi à n’importe quel conditions, afin de ne pas forcer les gens à sous-enchérir en permanence tout en les maintenant durablement dans la précarité. Cependant, l’allocation universelle me semble trop basse pour parvenir à ces fins et son coût serait tellement énorme que c’en serait totalement déraisonnable.

  8. Bonjour,

    « Vous posez à mon avis les bons termes du débat: doit-on donner un droit à ne pas travailler du tout à des conditions indignes (c’est-à-dire à un salaire inférieur à l’allocation universelle)? »

    Vous interprétez mes propos de manière erronée (en fait assez typique pour un syndicaliste d’interpréter les propos de son interlocuteur à sa faveur, cela me rappelle la théorie syndicaliste voulant tout comparer au prix d’un café « cela ne coûte pas cher, c’est juste 1 café par semaine », pour mieux faire passer la pilule).
    Je parle uniquement d’un droit à recevoir un revenu sans aucune contre-prestation, qui est, à mon sens, absurde. Il en va de même avec le salaire minimum. Il est toujours facile de fixer un droit à recevoir, mais quelle est la contre-prestation? Pour un revenu minimum, quelle est la contre-prestation? celle-ci diffère selon les métiers, les lieux, la branche économique, c’est pourquoi il est plus souhaitable de laisser les partenaires sociaux négocier et non fixer un montant minimum dans la loi/constitution.
    Parlez de « condition indigne » est un pure jugement de valeur. C’est le marché qui fixe le prix d’un service et non les politiques, fort heureusement.

  9. La contre-prestation du salaire, c’est le travail. Or, si on laisse le « marché » fixer les salaires, on parvient à un résultat inéquitable et sans le moindre rapport avec la valeur du travail fourni. D’une part, parce qu’un marché parfait n’est qu’une pure fiction théorique et, d’autre part, parce que le pouvoir de négociation n’est pas le même pour tous les acteurs du marché. Voici un exemple de distorsion où cela mène: des managers payés des millions pour prendre des décisions qui mènent leur entreprise à la ruine, ce pourquoi ils n’ont même pas à assumer, étant donné qu’ils partent avec un parachute doré… Autre exemple: lorsque que les salariés créent un gain de productivité qui ne leur est pas redistribué sous forme de hausse de salaire, c’est une autre distorsion du marché: ceux qui ont créé la valeur n’en bénéficient pas, alors qu’en théorie, cela devrait être le cas.
    Un salaire minimum permet donc à ceux dont le pouvoir de négociation est le plus faible de s’en tirer au moins avec un minimum décent. Il permet aussi de garantir un certain équilibre entre ceux qui prennent les risques (les employeurs et leurs investisseurs) et ceux qui, réellement, créent la valeur.
    Vous avez raison, ce minimum peut varier d’une branche à l’autre, mais c’est justement l’objectif de l’initiative de l’USS: le salaire minimum n’y est que subsidiaire aux salaires minimaux des CCT, fixés par branche. En outre, le droit du travail contient d’autres normes pour protéger la partie la plus « faible » du contrat de travail, à savoir les salariés.
    Enfin, vous avez aussi raison sur un point: savoir ce qu’est un revenu digne ou décent est un jugement de valeur. Tolérer ou non des inégalités flagrantes entre les revenus est aussi un jugement de valeur. Le sentiment de justice ou d’équité est aussi un jugement de valeur. Le marché parfait fonctionne sans jugement de valeur, mais c’est une fiction théorique qui n’existe que dans des livres.

  10. Permettez-moi de vous posez les questions suivantes:

    « Or, si on laisse le “marché” fixer les salaires, on parvient à un résultat inéquitable et sans le moindre rapport avec la valeur du travail fourni. »

    -> d’où tenez-vous ce genre d’affirmation?

    « des managers payés des millions pour prendre des décisions qui mènent leur entreprise à la ruine, ce pourquoi ils n’ont même pas à assumer, étant donné qu’ils partent avec un parachute doré… »

    Votre constat est faux. les soit-disant managers payé plusieurs millions ne sont pas rémunérés pour prendre des décisions menant à la ruine. Merci pour votre exemple purement démagogique (ou syndicaliste, ce qui revient au même). Cependant, sur les 500,000 entreprises que compte la Suisse, combien d’entre elles correspondent à votre exemple?

    « Autre exemple: lorsque que les salariés créent un gain de productivité qui ne leur est pas redistribué sous forme de hausse de salaire »

    Etes-vous sûr que le gain de productivité est toujours crée par les employés?

    Juste encore un mot sur le salaire minimum. Que vous le vouliez ou non, c’est bien le marché qui dicte le « juste » prix. Si vous imposez un salaire minimum à une entreprise, et que dans un autre pays une entreprise concurrente est capable de produire à moindre coûts, votre salaire minimum permettra certes de garantir un revenu, mais pas l’emploi….

    « Le marché parfait fonctionne sans jugement de valeur, mais c’est une fiction théorique qui n’existe que dans des livres. »

    Certes cette notion est théorique, il n’empêche que pour payer un prix, il faut un acheteur (ou un employeur). Vous pouvez fixer tous les prix que vous voulez, tant que personne n’est d’accord de le payer, cela ne sert à rien. Le marché existe bien, c’est l’accord entre le vendeur et l’acheteur. par contre, votre salaire minimum est lui bel et bien théorique et ne repose sur aucune considération économique.

  11. Je vois que vous trouvez les ex-dirigeants de Swissair ou d’UBS compétents et que, visiblement, cela ne vous pas choqué que les pouvoir publics soient obligés d’intervenir pour réparer les pots cassés par ces irresponsables. Dont les salaires avaient pourtant été fixés par le marché!

  12. Là M. Schwaab, vous n’avez plus vraiment d’arguments. Je m’attendais à ce que vous me sortiez l’UBS et Swissair, du réchauffé. Je n’ai jamais prétendu soutenir les ex-managers de Swissair et UBS, encore une fois, vous essayez de transformer mes propos, subtile tactique du débat politique (dites voir, vous avez de bon cours de formation à l’USS).

    Par contre, vous n’aimez pas répondre aux questions des autres… (cf. ci-dessus et émission Infrarouge du 10 mai 2011, question de M. Poggia)

  13. Philippe, vous avez décidément un art consommer de vous tirer en sortant du sujet.
    Vous souhaitez des exemples de patrons surpayés et responsables de débâcles coûtant des milliards aux contribuables? En voici d’autres: Lehmann Brothers, Banque Vaudoise de Crédit et autres banques cantonales, Ice Save, etc. Heureusement qu’il y en a si peu, car les finances publiques n’y survivraient pas!

    Votre réflexion sur le salaires minimum occulte que le salaire, ou plus largement le coût du travail, n’est de loin pas le seul critère déterminant en matière de compétitivité. Les salaires suisses sont déjà très supérieurs à la plupart des salaires des pays concurrents. Or, nos entreprises restent pourtant compétitives et augmentent leur parts de marché. Voilà qui met à terre votre théorie. En effet, le niveau de formation, la productivité, la qualité des produits, l’innovation, la sécurité juridique et la qualité des infrastructures jouent un rôle au moins aussi important que les coûts du travail. Le marché, ce n’est pas seulement un question d’équilibre des prix, mais il y a bien d’autres éléments qui y jouent un rôle.

  14. « Philippe, vous avez décidément un art consommer de vous tirer en sortant du sujet »

    je ne vous le fais pas dire….

    « Vous souhaitez des exemples de patrons surpayés et responsables de débâcles coûtant des milliards aux contribuables? »

    je ne l’ai jamais demandé, c’est vous qui avez amené le débat sur les managers et certains parachutes dorés, pas moi. Votre méthode est connue. On dirait presque du « Christian Levrat ». En ce qui me concerne, je vous ai demandé ceci:
    « Cependant, sur les 500,000 entreprises que compte la Suisse, combien d’entre elles correspondent à votre exemple? »

    Vous affirmez:

    « Or, nos entreprises restent pourtant compétitives et augmentent leur parts de marché. Voilà qui met à terre votre théorie. »

    Au contraire, ma théorie est juste. Nous n’avons pas de salaire minimum et la gauche n’est pas majoritaire 8et ne l’a jamais été). Il ne faut donc pas changer ce qui va bien. CQFD.

  15. « Nous n’avons pas de salaire minimum  » Bien sûr que nous avons des salaires minimums! il existe des dizaines de salaires minimums obligatoires dans de nombreuses CCT de nombreuses branches extrêmement compétitives au niveau international.

  16. « il existe des dizaines de salaires minimums obligatoires dans de nombreuses CCT de nombreuses branches »

    Effectivement, et je n’ai rien contre cela. Par contre, je combats l’idée d’ancrer de tels principes dans la loi voire la Constitution, comme vous souhaitez le faire….

  17. La question d’un salaire universel m’interpelle fortement. Ce débat et la lecture de vos commentaires m’apporte quelques pistes de réflexion, je vous en remercie. J’aimerais toutefois réagir sur les visions que vous avez de l’être humain. Loin de moi l’idée de faire des théories philosophiques, mais je tiens juste à partager une idéologie et surtout des valeurs humaines. Ainsi, je poserais plusieurs questions.
    1) Pourquoi imagine-t-on que l’être humain, s’il n’a pas de raison financière, vitale, et pour ainsi dire une « carotte » le faisant se lever le matin, resterait oisif et ne travaillerait pas?
    2) L’être humain n’est-il pas assoiffé de connaissance? Et de progrès?
    3) Le débat discuté ici est certes économique, mais ne touche-t-il pas d’autres valeurs fondamentales associées au travail?
    Je tiens à apporter quelques réponses, me basant sur mon expérience personnelle et professionnelle. Tout d’abord, il me semble que l’être humain est un personnage controversé, avec de multiples facettes indéfinissables, mais il n’est pas oisif. Je me permets de poser cette affirmation sur les recherches ayant démontré que toute personne cherchera un objectif, un but à son existence, une participation à la société, au groupe social. L’être humain cherchera « à apporter sa pierre à l’édifice », à être intégré, raison pour laquelle il travaillera et raison pour laquelle ce n’est pas l’éventuelle oisiveté qui m’inquiète dans ce débat. De plus, l’histoire et l’évolution humaine démontre que l’on cherche le progrès, l’avancement, la compréhension, etc, et ceci est selon moi un des traits principaux de l’humain. Il n’y a donc pas tant d’inquiétude à se faire quant à l’envie de formation et de travail, ou plutôt à la non-envie que pourrait susciter un salaire universel. Au contraire, le salaire universel permettrait de choisir, choisir sa formation, choisir son emploi, choisir l’orientation de sa vie. Imaginez que l’on vous permette d’éprouver du plaisir, de la reconnaissance dans l’activité que vous exercez. Pensez-vous vraiment que l’être humain choisirait de ne rien faire? La notion de plaisir doit-elle être sans cesse séparée de la notion de travail? Le rendement (économique, aussi) ne serait-il pas meilleure si les gens se sentent bien dans leur activité?
    Finalement la question est: qui fera les travaux que personne ne souhaite exécuter? A cela, il me semble que seule une reconnaissance (financière?) peut remédier. Je me plais à émettre une certaine idéologie basant la reconnaissance salariale sur les compétences nécessaires à l’exécution d’un emploi, sur sa pénibilité et sur le risque qu’il induit. Ainsi, les travaux ingrats ne devraient-ils pas être mieux payés? Les éboueurs, les personnes qui risquent leur vies pour creuser un tunnel, les concierges qui nettoient les toilettes derrière le passage de riches personnages ne méritent-ils pas de recevoir plus?
    Idéaliste, utopiste, naïf, me direz-vous, et je ne vous contredirai pas. C’est le but…

  18. Maya,

    Je partage en partie votre appréciation. En souhaitant « lié » le salaire à une certaine pénibilité (ou à d’autres critères), vous êtes implicitement pas favorable à un salaire minimum, reposant uniquement sur un texte de loi, sans considération par branche économique ou spécificité. C’est exactement le sens de mon propos. Un éventuel « salaire minimum » doit se régler entre partenaires sociaux (syndicats – représentants des employeurs) et par branche économique au moyen de convention collective et non dans la loi ou la Constitution. En ce sens, l’initiative du PS et des syndicats n’est pas recommendable et doit être combattue.

  19. (les liens passent pas peut être? (2 comms pas passés))
    @phillipe :  »
    Article 25
    1. Toute personne a droit à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé, son bien-être et ceux de sa famille, notamment pour l’alimentation, l’habillement, le logement, les soins médicaux ainsi que pour les services sociaux nécessaires ; »
    Déclaration universelle des droits de l’homme »

    (concernant : « est totalement absurde. Comment peut-on donner un droit foondamental à un revenu… Aucune civilisation ne viendrait à l’idée de garantir un revenu à tout à chacun… ») (en fait si du coup hein)

    Ensuite concernant le salaire minimum, faut quand même arriver a voir que les rapports de force sont pas en faveur des employés, et au moins le salaire minimum garanti que « normalement » personne ne soit payé moins.

  20. @ toto

    « (en fait si du coup hein) »

    Non, l’aide ou la solidarité de l’Etat peuvent être différente. Personellement, je n’aime pas le système de l’arrosoir, c’est anti-social. Comme l’AVS, tout le monde y a droit, même les millionaires, complétement absurde.

    « Ensuite concernant le salaire minimum, faut quand même arriver a voir que les rapports de force sont pas en faveur des employés, et au moins le salaire minimum garanti que “normalement” personne ne soit payé moins. »

    Au contraire, surtout lorsque la conjoncture est bonne, comme maintenant. La pression sur les salaires est notamment dû à l’ouverture incontrôlée des frontières, demandée par la gauche.

  21. @philippe.
    « arrosoir, anti-social », c’est peut-être de l’humour.
    « Différente », oh certainement mais stigmatisante.
    Et on se fout que les millionnaires y aient le droit, c’est le principe même, et ca se récupère par l’impôt.

    « la conjoncture est bonne », on va dire que c’est parce que je suis pas Suisse que je trouve ça bizarre.

    Bon week-end.

  22. @ toto:

    « c’est peut-être de l’humour »: au contraire, c’est la vérité. Lorsque vous versez une allocation à tout le monde, sans différence, vous pratiquez le système de l’arrosoir. Vous « arrosez » tout le monde, y compris les plus riches et les moins nécessiteux. La solidarité doit se faire avec les plus faibles. Libre à vous de prétendre le contraire….

    « mais stigmatisante »: en quoi?

    « et ca se récupère par l’impôt »: votre naïveté m’épate… Une même allocation versée (si non déductible), engendrera le même montant d’impôts, riches ou pauvres… belle solidarité.

    « on va dire que c’est parce que je suis pas Suisse que je trouve ça bizarre. » certainement, vous vivez où?

  23. Oooh, le sujet qui déchaîne les passions!

    Vivement que je reçoive mon argent gratuit, oh oui, oh oui! Je n’ose même pas imaginer la tête des voisins lorsqu’ils entendront qu’en Suisse, on aura surpassé la bêtise des 35 heures, et qu’en plus, on est payé pour ne rien faire!

    Mais le plus beau ce serait que l’on ajoute au pool des bénéficiaires les joyeux porteurs du passeport suisse… Ah, je me réjouis de recevoir mes CHF 2500 par mois lorsque j’habiterai la Thaïlande… Mmmmhh le socialisme ça a du bon…

    Mon dieu, depuis quand un animal se nourrit-il sans chasser? Il y a bien sûr le vautour ou la hyène, qui passent après que le lion ait courru et abattu sa proie, c’est à cela qu’on devrait vous comparer? On dirait bien, tant l’inconguïté de ces propos sonne… Ooooh mais cela sonne comme du marxisme? Mais oui, on en est de nouveau là! Vous n’avez pas inventé la poudre, et en plus elle est mouillée!

    La longueur de la tirade de Maya, montre à quel point ces concepts s’adressent aux étudiants de lettre et science po!

    Je sais que ce thème était présenté comme un sujet de discussion, mais c’est tellement rouge foncé, que là ça dépasse les bornes!

    Bonne soirée,

    Richard

  24. J’ai vécu 4 ans avec 2000.- par mois. Seul, je m’en sortais bien, je mangeais, sortais et arrivais même à partir en week-end. Ensuite j’ai eu mon premier salaire à plein temps : 4000.-. Payant impôt et charge sans la moindre aide, j’arrivais à mettre presque 1000.- de côté par mois tout en vivant plus confortablement qu’avec mon salaire à mi-temps (voiture, plus grand appartement, vacances,…). Donc vous n’allez certainement pas gagner avec une initiative pour un salaire minimum à 4000.-. Autant je serai pour cette initiative (si il n’y pas la possibilité d’une allocation universelle dont je suis un fervent défenseur). Mais il est exclut que je l’accepte à 4000.-, j’ai fait des études et j’ai ramé pour l’avoir. Exclut qu’un jeune de 16 ans vivant chez ses parents sans la moindre motivation de faire des études et choisit un travail sans effort en se disant de toute manière j’aurai le même salaire que celui qui à connu zéro revenu pendant des années pour arriver au même point. Autant je crois pas au travailler plus pour gagner plus, mais je crois fermement au mérite. Un salaire minimum pour vivre dignement oui, mais pas pour vivre confortablement sans effort.

  25. @Reto :

    « Cela qui ne correspond pas à la réalité: imagine un couple sans enfant et sans formation vivant dans un 2.5 pièce qui toucherait 5000 CHF comme allocation universelle. Pourquoi iraient-ils travailler et gagner un peu plus, puisque 5000 CHF suffisent pour vivre ? »

    Sauf que l’allocation concerne également les enfants. Donc cela reviendrai au même pour les couples avec ou sans enfant. L’allocation permet de subvenir aux besoins primaires, mais (presque) tout le monde ont des désires, donc la majorité des gens travailleraient pour se les offrir. Le travail permettrai non plus de payer ses besoins mais d’acquérir de l’argent pour des loisirs ou des passions, ce qui le rendrait on ne peut plus motivant !

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