Les adversaires du salaire minimum ont-ils un autre exemple que la France ?

Les adversaires du salaire minimum (dernière en date: Claudine Amstein) n’ont qu’un seul exemple à la bouche lorsqu’ils tentent de faire croire que le salaire minimum 1. tire tous les salaires vers le bas et 2. provoque du chômage. «Voyez la France!» clament-ils, «son taux de chômage astronomique!», «le pays où tout le monde est au SMIC!» (n’exagérons tout de même pas: même si c’est un nombre important, il ne s’agit que de 15% des salariés), etc., etc.
Or, comme tous les autres pays qui connaissent le salaire minimum ont fait des expériences positives avec cet instrument pour garantir des salaires décents, c’est le seul exemple qu’ils sont capables de dénicher pour attribuer au salaire minimum tous les maux possibles et imaginables. Et, manque de chance, cet unique exemple est en plus particulièrement mal choisi, car SMIC et salaires minimaux tels qu’ils existent en Suisse (p. ex. les salaires minimaux des CCT ou des CTT obligatoires) ne sont pas vraiment comparables. Voici deux différences fondamentales:
1. L’exonération des charges sociales. Le SMIC français est en grande partie exonéré de charges sociales. Par exemple, pour les très petites entreprises de moins de 20 salariés, l’exonération est totale. Ce qui incite fortement les employeurs à avoir un maximum d’employés au SMIC. Or, un salaire minimum suisse national ou cantonal ne pourrait pas être exonéré. En effet, tout salaire supérieur à 2300.—Fr. par an est obligatoirement soumis aux cotisations sociales. Comparer le SMIC français au salaire minimum tel qu’il est prévu en Suisse n’est donc pas correct.
2. Le mécanisme d’indexation. Le SMIC français a été augmenté beaucoup plus vite que le salaire médian depuis son introduction. Il est donc logique que la part de bénéficiaire du SMIC soit importante, étant donné que le SMIC «rattrape» chaque année les catégories de salaires les plus basses. Ainsi, durant ses 15 premières années d’existence, le SMIC a augmenté de 40% de plus que le salaire médian. En Suisse, de telles revalorisations supérieures à l’augmentation du salaire médian seraient impensables. Par exemple, l’initiative de l’USS pour un salaire minimum au niveau national prévoit le même mécanisme d’indexation que les rentes AVS (indice mixte, qui tient compte… de l’évolution des autres salaires!). En Suisse, il n’y a donc pas de risque de «trappe à bas salaire» comme avec le SMIC français. Là encore, les adversaires du salaire minimum font des comparaisons abusives.
Bref, quand les adversaires des salaires décents peignent le diable du SMIC sur la muraille, ils comparent des prunes et des poires. Et montrent surtout qu’ils n’ont pas beaucoup d’arguments sérieux à opposer au salaire minimum. Le 15 mai, oui au salaire minimum!

5 réflexions au sujet de « Les adversaires du salaire minimum ont-ils un autre exemple que la France ? »

  1. Bonjour,

    Mon sujet de prédilection! Les salaires… et « De la volonté de sauver le monde en détruisant l’ECO-système Suisse » écrit par le parti socialiste

    Bien sûr, le salaire minimum est une grande idée! En tout cas après avoir ouvert les frontières et créé une concurrence déloyale pour les salariés suisses! Félicitations M. Schwaab, la stratégie est géniale:

    Acte 1: Ouverture des frontières, concurrence sauvage d’une main d’oeuvre peu chère, motivée, mais dont le coût de la vie hors frontière fait bénéficier de NOMBREUX et SCANDALEUX avantages! Résultat: baisse des salaires (Quoi que vous en dites)

    Acte 2: Proposition de « sauvetage » venant du parti rouge: fixation d’un salaire minimum. Effet de seuil, alignement des salaires vers le bas (Automatique pour une partie, bein que non quantifiable)

    Acte 3: Le marché du salaire se fige ou est modifié artificiellement. Classes défavorisées embourbées et classes dirigeantes accusées de profiter du salaire minimum!!

    Acte 4: Fin de la paix du travail! Les Syndicaux travaillent pour toute la « classe salariale minimum » et plus seulement pour les cas de salaires abusifs (vers le bas) Les syndicaux sont heureux.

    M. Schwaab et le parti socialiste ont gagné, la Suisse a perdu!

  2. Richard, vos arguments ne reposent sur aucun fait étayé. D’ailleurs, les faits ont plutôt tendance à les contredire:

    1. S’il est vrai que l’ouverture des frontière génère quelques problèmes de sous-enchère (que PS et syndicats s’emploient à résoudre, ils sont d’ailleurs bien les seuls), toutes les études sérieuses montrent que la libre circulation des personnes a, globalement, profité à l’emploi et aux salaires.

    1 bis.: Quels sont ces « NOMBREUX et SCANDALEUX avantages »? Pourrait-on en savoir plus?

    2. Contrairement à ce que vous prétendez (vous avouez d’ailleurs que vos chiffres sont « non quantifiables »), les salaires minimaux ne tirent pas tous les salaires vers le bas. Il y a au contraire de nombreux exemples de pays dans lesquels l’inverse s’est produit. D’ailleurs, les branches suisses qui connaissent déjà des salaires minimaux (CCT ou CTT), on ne constate pas de tendance à un nivellement des salaires verse le bas: au contraire, les salaires de ces branches augmentent plus vite que ceux des autres branches, selon l’Office fédéral de la statistique. Là encore, les faits contredisent votre argumentation.

    3. Le salaire minimum ne « fige pas le marché du travail artificiellement » étant donné que les salaires ont tendance à augmenter. D’ailleurs c’est avec la situation actuelle (sans salaires minimaux obligatoires dans toutes les branches) que les revenu du 99,9% des salariés stagne ou baisse, alors que celui des 0,01% de CEO et autre top-managers augmente: http://www.tsr.ch/info/suisse/3102565-les-inegalites-salariales-se-renforcent-en-suisse.html

    4. « Fin de la paix du travail ». Là, Richard, vous fantasmez, ou alors vous ne savez pas de quoi vous parlez. La paix du travail, ça n’est pas une idée en l’air, c’est un terme juridique bien précis. C’est l’engagement des syndicats de renoncer à la grève. Elle peut être « absolue » si cela a été convenu expressément dans une CCT ou « relative » dès qu’il y a une CCT (cf. art. 357a al.2 CO http://www.admin.ch/ch/f/rs/220/a357a.html ) . Je ne vois pas de quelle « paix du travail » vous parlez.

  3. C’est incroyable que le fait suivant n’arrive pas à entrer dans les têtes socialistes:

    La loi de l’offre et de la demande induit que plus de travailleurs pour un nombre d’emplois donné implique une baisse du prix des heures travaillées.

    La libre circulation ne crée pas (ou peu) d’emplois, c’est la concurrence fiscale qui en crée le plus. Mais de ce côté là, les socialistes se battent pour abolir ce système…

    Par contre, ce que la libre circulation crée, c’est des loyers prohibitifs, des routes engorgées, etc… Merci le socialisme!

    Oh oui bien sûr, la solution c’est les transports publics et les constructions sociales! Tout est tellement facile sur le papier avec vous mais finalement rien ne fonctionne!

    Ca veut dire quoi: le salaire minimum ne fige pas les niveaux de salaires puisqu’ils ont tendance à augmenter?? strictement rien puisque le salaire minimum est décidé par l’état dans ce cas.

    Et la paix du travail, je maintiens. Le jour ou les syndicats auront du travail grâce à vos idées destructrices, les grèves feront partie de notre quotidien… C’est ma prédiction.

    ABE

    Richard

  4. Richard, c’est incroyable comme vous pouvez confondre théorie et pratique: Le fait que le salaire minimum fausse l’offre et la demande et produise du chômage, c’est de la théorie. En pratique, cela ne se passe pas comme ça. Sinon, comment expliquez vous que certaines branches avec un salaire minimum élevé ont un taux de chômage bas? Les adversaires du salaire minimum ont souvent essayé de démontrer le lien entre salaire minimum et chômage, mais n’y sont jamais parvenu. Mais peut-être y êtes vous parvenu, au quel cas, je vous demande de m’apporter des faits concrets. Pour que vous puissiez approfondir votre reflexion, voici une étude qui démontre que le salaire minimum, n’a, en pratique, pas d’effet négatif sur l’emploi: http://www.mindestlohn-initiative.ch/warum-ein-mindestlohn-gut-ist-berkeley-studie-zu-mindestlohnen/ Elle émane de l’université de Berkeley, institution sérieuse s’il en est. Et qui en outre n’est pas entre les mains des syndicats…
    Si vous persistez à croire que la pratique se passe exactement comme le dit la théorie, c’est un peu comme si la théorie vous disait « en hiver, il y a tout le temps de la neige » et que, suite à un hiver comme celui que nous venons de vivre, vous persistiez à croire qu’il y a eu de la neige en plaine tout l’hiver.

    Concernant la libre circulation, là encore, les faits vous donnent tort. Sans libre circulation, de nombreuses entreprises de l’industrie devraient délocaliser, ce qui détruirait des emplois. La concurrence fiscale n’attire en revanche que les sièges des grandes multinationales. Or, ces sièges, n’emploient que peu de personnel et certainement pas de personnel à la production. Sans libre circulation des personnes, le secteur de la santé ne trouverait pas assez de personnel et la pénurie de soins qui s’ensuivrait serait dramatique.
    La solution aux problèmes de sous-enchère, ce sont les mesures d’accompagnement. Et il n’y a que les syndicats et le PS qui en revendiquent l’amélioration. Quant aux problèmes de logement, là encore, il n’y a que le PS qui fait des propositions. Mais libre à vous de ne pas croire la réalité.

  5. Ping : Aucun préjugé contre le salaire minimum ne tient la route (piqûre de rappel) | Jean Christophe Schwaab

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