Des problèmes informatiques mènent à la suspension du vote par internet à Zürich

«Le vote par internet, c’est l’avenir!» lit-on souvent. Mais, trop obnubilés par l’effet de mode, bien des partisans de l’introduction généralisée du vote électronique, négligent souvent les problèmes de sécurité informatique, qui sont loin d’être résolus. Pis, en ces temps où les attaques et fuites informatiques contre Etats et entreprises se multiplient, on peut même légitimement douter qu’ils le soient un jour.
La Chancellerie fédérale fait partie de ces «e-voting-turbos». Elle pousse les cantons à introduire le vote par internet le plus vite possible, notamment pour faciliter le vote des Suisses de l’étranger, mais reconnaît implicitement les faiblesses du système. En effet, les cantons qui souhaitent introduire le vote électronique ne peuvent le faire que pour 10% du corps électoral au maximum, afin qu’en cas de problème, ces 10% devenus douteux puissent être annulés sans que l’on doivent répéter le scrutin. Cette cautèle montre le peu de confiance que l’on peut avoir dans les systèmes actuels de vote par internet. En outre, cet «intervalle de sécurité» n’aurait aucun effet sur les votes dont le résultat est serré. Ainsi, si 10% électeurs avaient pu voter par internet lors de la votation sur la révision de l’assurance-chômage et qu’un problème informatique avaient semé le doute sur la validité de ces votes, c’est toute la votation qu’il aurait fallu répéter, car il y avait moins de 10% d’écart entre les «oui» et les «non». Malgré ces réticences, le contexte reste plutôt favorable à l’introduction rapide et généralisée du vote électronique et ses adversaires sont souvent taxés d’«archaïques».
L’annonce de la suspension des essais de vote par internet dans le canton de Zürich arrive donc à point nommé pour tempérer ces ardeurs et permettre qu’un réel débat s’engage sur la pertinence et la fiabilité de cette nouvelle mode. C’est un tel débat qu’a voulu lancer le groupe interpartis qui a déposé une motion au Grand Conseil vaudois. Zürich n’est d’ailleurs pas la première collectivité publique à renoncer au vote électronique après de mauvaises expériences: Y ont renoncé aussi les Pays-Bas, après qu’un groupe de pirates informatiques ait réussi à démontrer devant des caméras de télévisions que les ordinateurs utilisés étaient facilement manipulables. En Allemagne, c’est une décision de la Cour Constitutionnelle qui y a mis fin: Elle a en effet considéré que le système utilisé ne permettait pas de garantir l’indispensable anonymat du vote.
Le canton de Zürich, pourtant pionnier en la matière, a donc décidé de mettre temporairement fin à ses essais, en raison de problèmes informatiques. Le programme aurait en effet déjà posé des problèmes il y a plusieurs année, plus de vingt millions de francs seraient nécessaires à le maintenir à jour, le tout pour un système qui n’a pas répondu aux attentes, tant au niveau de la participation en général que celle des jeunes (alors qu’un des objectifs avoué du vote par internet est d’amener aux urnes la «génération internet»)… Les autres cantons, dont le canton de Vaud, qui souhaitent suivre la mode est s’engager rapidement sur la voie des essais de vote par internet feraient donc mieux d’y réfléchir à deux fois avant de se lancer dans des expériences à ce point hasardeuses et coûteuses.

3 réflexions au sujet de « Des problèmes informatiques mènent à la suspension du vote par internet à Zürich »

  1. Pour en savoir plus sur le vote par internet (à ne pas confondre avec le vote sur ordinateurs de vote), lire l’article « Vote par internet : failles techniques et recul démocratique » écrit par un chercheur en informatique d’un laboratoire CNRS français.
    Il est en ligne : http://www.juspoliticum.com/-No2-.html

  2. Bonjour Monsieur Schwaab,
    Je suis délégué au Conseil des Suisses de l’étranger pour la zone Afrique et aussi un passionné du vote électronique…
    Je suis pour l’introduction du vote électronique mais pas celui auquel vous faites allusion….
    Vous trouverez au lien ci-dessous un article que j’ai écrit sur le sujet et qui va un peu au delà de ce que l’on trouve dans les journaux…

    http://www.liberteetpedagogie.org/evoting

    Si vous avez des questions n’hésitez pas
    Avec mes cordiales salutations
    Martin O.

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