Et revoilà les baisses linéaires

Libéraux et UDC, grands artisans du «bouclier fiscal» vaudois, sont décidément de chauds partisans du «plus on a, plus on reçoit». En témoigne leur proposition de minorité concernant la loi d’impôt 2011 dont le Grand Conseil vaudois débattra en première lecture mardi: Une baisse d’impôt linéaire de 4,5 points. De prime abord, ça a l’air sympa. Une baisse d’impôt, qui peut dire non? Sauf qu’à y regarder de plus près, il s’agit surtout de baisser les impôts des hauts revenus, car le montant de la baisse est d’autant plus important que le revenu imposable est élevé.
Probablement conscients de cette injustice, libéraux et UDC tente de la justifier avec leur sempiternelle rengaine: baisse les impôts créerait des emplois et attirerait de nouveaux contribuables, ce qui permettrait d’augmenter les rentrées fiscales. En réalité, les hauts revenus épargnent le plus souvent les montants économisés. Cet argent n’est donc pas réinjecté pour créer des emplois et soutenir la consommation. Déjà injuste à la base, une baisse d’impôt linéaire est donc en plus inutile. Quant à l’argument comme quoi baisser les impôts permettraient d’améliorer les rentrées fiscales, une étude récente de l’université de Lausanne portant sur l’impôt sur les successions a démontré qu’il ne tient pas la route. Les cantons qui ont supprimé l’imposition sur les successions n’ont pu augmenter leurs revenus grâce à cela.

Oh le beau cadeau!
Le coût pour l’Etat de ce petit cadeau aux hauts revenus se monte à 130 millions de francs. Montant qu’il faudra bien entendu économiser quelque part, et ce d’autant plus que la planification financière de l’Etat de Vaud prévoit un retour des déficits pour 2011 et une croissance de la dette d’ici 2014 de 1,5 milliard de francs (charge des intérêts :+95 millions par an). En outre, le canton devient contributeur à la péréquation intercantonale et il s’apprête à devoir effectuer des investissements pour environ 15 milliards de francs sur les dix prochaines années, en particulier dans les infrastructures de transports et de santé publique. A ce sujet, il n’est pas inutile de se rappeler la situation du canton de Zurich, qui, pour participer à la sous-enchère fiscale entre cantons alémaniques, a baissé ses impôts à tour de bras ces dernières années. La population zurichoise s’apprête à payer très cher cette mauvaise stratégie: Un paquet de mesures d’économie de plus 1,5 milliard sur 3 ans est actuellement en discussion, parmi lesquelles une diminution des subventions pour les primes d’assurance-maladie ou des subventions aux hautes écoles et à la recherche. Affaiblir à la fois la place scientifique et le pouvoir d’achat des classes moyenne et modeste, on a vu plus intelligent.
Autre exemple qui donne à réfléchir, la précédente révision de la loi sur l’assurance-chômage. En 2002, la majorité bourgeoise a fait accepter une baisse des cotisations de l’assurance-chômage, après s’être basé sur des prévisions erronées du taux de chômage à long terme. Huit ans plus tard, une assurance qui était bénéficiaire a une dette de plusieurs milliards et un déficit structurel d’un milliard. Et comment les responsables de cette situation catastrophique tentent-ils de rattraper le coup? En coupant dans les prestations destinées aux chômeurs, en particulier les plus vulnérables d’entre eux, alors que le chômage vient d’amorcer une remontée.

5 réflexions au sujet de « Et revoilà les baisses linéaires »

  1. Avec une baisse linéaire, les hauts revenus paieront toujours plus que les bas, en % et en montants absolus….

    En vous opposant à une telle baisse d’impôts, vous renoncez également à ce que les bas revenus en profitent…

  2. Ce que vous pouvez être naïf, Philippe! Les bas revenus qui ne paient pas d’impôt ne verront donc pas un centime de la baisse linéaire. Quant à ceux qui en paient, le peu de baisse dont il profiteront sera largement compensé par les diminutions de prestations qu’ils subiront!

  3. C’est clair qu’en argumentant qu’il ne faut pas baisser les impôts, car ceux qui n’en paient pas n’en profitent pas, vous faites preuve d’une grande clairvoyance….

    « Quant à ceux qui en paient, le peu de baisse dont il profiteront sera largement compensé par les diminutions de prestations qu’ils subiront! »

    Lorsque l’Etat fait un bénéfice, c’est qu’il a prélevé plus que ce qu’il a dépensé, donc les impôts sont trop élevés. Le Canton de Vaud a eu près de 380 mios ebénéfice en 2009. Il faut donc baisser les impôts.

  4. Quand l’Etat fait un bénéfice, il peut:
    -réduire la dette accumulée pendant les années de mauvaise conjoncture
    -investir pour créer de la croissance et améliorer le bien-être de la population
    -faire des réserves en vue des années de mauvaise conjoncture où ses ressources baisseront et ses dépenses (notamment sociales) augmenteront.

    Les cycles conjoncturels, ça vous dit quelque chose?

  5. Quand l’Etat fait un bénéfice, il peut également….

    – baisser les impôts

    Cycle conjoncturel oui, mais dois-je vous rappeler que les intérêts et amortissements de la dette sont déjà pris en compte. Donc faire un bénéfice revient clairement à payer trop d’impôts, ce qui profite à la génération future.

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