Pauvre Doris!

Au détour d’un entretien à «24 heures» et à la «Tribune de Genève» (l’encadré dont il est ici question n’est pas en disponible en ligne), Doris Leuthard donne son appréciation de l’abaissement de la notion de «travail convenable», qui pourrait, si le peuple ne refuse pas la révision de la loi sur l’assurance-chômage (LACI) le 26 septembre, forcer les jeunes de moins de 30 ans à accepter n’importe quel emploi, même s’il ne correspond pas à leur formation ou à leurs compétences. Pour ce faire, elle donne l’exemple de sa situation personnelle: Elle aussi a «dû» changer d’emploi. Juriste, elle est devenue Conseillère fédérale: «J’ai une formation de juriste, et maintenant, je travaille comme conseillère fédérale. Je fais tout à fait autre chose». Cette pauvre Mme Leuthard ne dit toutefois pas si ce nouvel emploi correspond à ses compétences… Donc, à son avis, si elle a pu s’adapter, nul doute que les jeunes chômeurs pourront se contenter sans problèmes d’un autre emploi, quel qu’il soit.
Mais l’exemple choisi par Mme Leuthard montre qu’elle n’a rien compris à l’abaissement de la notion de «travail convenable». Il ne s’agit en effet pas de trouver un autre emploi, qui, à l’instar de celui de conseillère fédérale, est bien payé, prestigieux, dont rêve une bonne partie des parlementaires fédéraux et qui soutient largement la comparaison avec celui de juriste. Non, avec le méchant tour joué aux jeunes, il s’agit d’accepter un emploi moins bien payé, aux conditions plus difficiles et qui ne tient absolument pas compte de l’énorme investissement personnel que représente une formation professionnelle. En outre, réserver cette mesure aux moins de 30 ans uniquement n’est rien d’autre que de la discrimination d’une classe d’âge. Enfin, cela crée de la sous-enchère salariale, les travailleurs moins qualifiés devant désormais craindre d’être purement et simplement remplacés par des jeunes moins chers et plus flexibles (même s’ils sont surqualifiés)… Ils n’auront donc pas d’autre choix que d’accepter eux aussi de baisser leurs prétentions pour éviter de se retrouver perdants face à une concurrence déloyale provoquée par l’Etat.

Lors de cet entretien, Mme Leuthard livre encore une information intéressante démontrant que la révision de la LACI n’améliorera pas les incitations à trouver un nouvel emploi: «On doit tenir compte des possibilités offertes par le marché du travail. C’est ce que demande déjà aujourd’hui la loi sur le chômage ». Bon, alors, si la loi actuelle le demande déjà, pas besoin de la durcir. Et Mme Leuthard de conclure, pleine de bon sens: «Attendre à la maison, ce n’est jamais une bonne solution». Là, elle a tout à fait raison. Mais peut-être oublie-t-elle que la loi actuelle prévoit déjà des sanctions contre les chômeurs qui «attendent à la maison» sans rechercher ou accepter un nouvel emploi!

Le 26 septembre, non à une révision de la loi sur l’assurance-chômage discriminatoire et inutile!

4 réflexions au sujet de « Pauvre Doris! »

  1. « Mais peut-être oublie-t-elle que la loi actuelle prévoit déjà des sanctions contre les chômeurs qui «attendent à la maison» sans rechercher ou accepter un nouvel emploi! »

    Effectivement, donc où est le problème?

  2. Dois-je vous rappeler que l’assurance invalidité est dans les chiffres rouges depuis de nombreuses années. Son endettement grève de plus en plus le fonds AVS. Si on laisse la situation se dégrader, l’AVS ne sera bientôt plus en mesure de servir les rentes de vieillesse. Afin de décharger l’AVS, il faut assainir l’AI.

    Mais bon, comme bon collectiviste, les dettes reportées sur les générations suivantes ne vous effraient certainement pas…

  3. Effectivement, Philppe, l’AI est dans les chiffres rouges. C’est pour cela que le peuple est les cantons ont voté d’une part une augmentation de la TVA pour l’assainir et d’autre part la séparation du fonds AI de celui de l’AVS, afin que celle-là ne grève plus les finances de celle-ci. Qui d’ailleurs se portent comme un charme, contrairement à ce que vous prétendez: En 2009, l’AVS a fait un bénéfice de 3,9 milliard de francs, alors que le Conseil fédéral prévoyait 4 milliards… de déficit!

    A force de hanter ce blog, vous devriez vous apercevoir que je ne préconise pas que l’on « reporte les dettes sur les générations futures ». Au contraire, je soutiens un assainissement de l’Assurance-chômage raisonnable et équilibré (tout le contraire de la révision soumise bientôt au vote), pour lequel le simple fait de soumettre à cotisation, comme l’AVS, l’entier de la masse salariale, dégagerait autant de moyens que les coupes drastiques voulues par les partis bourgeois sur le dos des salariés.

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