Des diverses manières d’apprécier le risque de la spéculation

Dans son allocution officielle sur la baisse des rentes du 2ème pilier (entendue ce midi sur les ondes de la RSR), M. Burkhalter avertissait, la bouche en cœur, que les caisses de pension, pour pouvoir garantir les rentes actuelles, seraient bien obligées de «faire des placements risqués», car les rendements des placements actuels sont, selon lui, insuffisants. Bref, un refus de baisser toutes les futures rentes «forcerait» les caisses de pensions à risquer l’argent de leurs assurés dans des fonds à haut rendement mais à fort risque (p. ex. des «hedge funds»). Un «non» le 7 mars ouvrirait donc la porte à une spéculation hasardeuse sur le dos des assurés, au risque de perdre le capital de tout le monde, retraités actuels y compris. Voilà qui fait froid dans le dos.
Mais ce que M. Burkhalter s’est bien gardé de dire, c’est que les caisses des pensions ont déjà été autorisées… par le Conseil fédéral à investir dans des placements «alternatifs» (y compris des fonds spéculatifs, cf art. 53 al. 1 lit. e et 55 OPP 2) à hauteur de 15% de leur capital. Certes, à l’époque (début 2009), M. Burkhalter n’était pas encore membre du gouvernement, mais personne ne l’a entendu s’en plaindre. Il faut dire que son parti, le reste de la droite et les milieux économiques applaudissaient à deux mains, sans se soucier un seul instant de la crise des marchés financiers qui sévissait alors. Il faut dire que les banques encaissent de juteuses commissions sur ces produits financiers risqués (pardon, «alternatifs») et peut-être est-ce plus leur intérêt que celui des assurés du 2ème pilier qui a guidé cette décision gouvernementale. Inutile de rappeler que les syndicats s’étaient opposés avec vigueur à cette possibilité données aux caisses de pension de jouer au casino jusqu’à 100 milliards appartenant aux assurés.
Pour défendre les intérêts des grandes compagnies d’assurance, le Conseil fédéral affiche donc une mauvaise foi particulièrement prononcée: D’un côté on fait croire aux citoyens qu’un refus de baisser les rentes «obligerait les caisses à faire des placements risqués», et de l’autre, on autorise ces dernières à faire de tels placements, quand on les y encourage pas carrément. Tout en espérant publiquement qu’elle n’en fassent pas. Allez comprendre.
Tant d’incohérence ne mérite qu’un non à la baisse des rentes le 7 mars.

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