Les jeunes, premières victimes de la baisse des rentes

Les partisans de la baisse des rentes promettent aux jeunes un avenir sombre, leur persuadent que la sécurité du 2ème pilier n’est plus garantie, que la hausse de l’espérance de vie n’est plus tenable et, qu’au final, ils se retrouveront les mains vides sans toucher une retraite pour laquelle ils auront pourtant cotisé. La méthode est la même que lorsqu’il s’agit d’AVS: Pour convaincre les jeunes générations de couper dans les prestations, on tente de leur faire croire que, si elles n’acceptent pas de serrer la ceinture des retraités, ce sont elles qui paieront la note.
La ficelle est un peu grosse et quelques faits suffisent pour démontrer que non seulement les jeunes n’ont rien à craindre pour le 2ème pilier, mais qu’en plus, ils ont tout avantage à refuser la baisse des rentes, car ils en seraient les principales victimes.
Les futures rentes sont-elles menacées ? Loin de là. D’une part, parce qu’une baisse progressive du taux de conversion à 6,8% a déjà été décidée en 2003 pour suivre l’évolution de l’espérance de vie. L’espérance de vie actuelle est, selon l’Office fédéral de la statistique, de 84 ans. Or, un taux de conversion ramené à 6,8% permet d’assurer les rentes pour une espérance de vie de 86 ans. Une baisse supplémentaire serait donc inutile. Les jeunes peuvent, d’autre part, compter sur un 2ème pilier solide, parce que, malgré la crise financière, il se porte bien. Si les partisans de la baisse des rentes avancent que les caisses de pension perdent plusieurs centaines de millions par an, c’est qu’ils se basent sur des chiffres qu’ils ont fabriqués de toutes pièces dans le seul et unique but de faire peur à la population. La réalité est, fort heureusement, bien différente: En 2008 (année de crise boursière) plus de la moitié des assureurs ont fait des bénéfices, le taux de couverture moyen des caisses de pension (supérieur à 103%, même après le krach boursier) est reparti à la hausse et les grandes sociétés d’assurance-vie continuent de promettre à leurs actionnaires une rentabilité élevée sur le 2ème pilier, preuve qu’elles ne croient pas une seconde à leurs propres pronostics alarmistes.
Les arguments de la démographie et de la prétendue mauvaise situation des caisses de pension balayés, il reste à démontrer que les jeunes paieront un fort tribut à la baisse du taux de conversion. Par exemple, une jeune femme de 25 ans (et donc commençant aujourd’hui à cotiser au 2ème pilier) qui gagne 4500.—Fr. par mois perdrait 55’000.—Fr. de rente si la baisse était acceptée. Et un jeune homme de 30 ans gagnant 5’000.—Fr. perdrait, lui, 48’000.—Fr. A titre de comparaison, un travailleur s’apprêtant à prendre sa retraite et gagnant 7’000.—Fr. par mois perdrait 21’000.—Fr.
Comme les autres salariés, les jeunes ont donc intérêt à refuser la baisse des rentes du 2ème pilier. Non seulement leurs futures rentes ne sont pas menacées parce que le système a déjà été adapté à la démographie, mais encore ce sont les jeunes salariés qui verraient leurs rentes le plus baisser si les assureurs privés parvenaient à leurs fins.

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4 réflexions au sujet de « Les jeunes, premières victimes de la baisse des rentes »

  1. Ceci est complètement faux, Monsieur Schwaab, et vous le savez.

    1/ Pour faire ce genre d’estimation, vous devez tenir compte des divers plans de prévoyance (primauté des prestations, cotisations, partie surobligatoire, etc.), ce que vous ne faites pas.

    2/ Les actifs se font déjà plumer depuis une bonne décennie au profit des rentier en moyenne plus aisés. C’est là que se situe le plus gros scandale, que les politiciens n’osent pas dénoncer, les générations plus agées étant politiquement plus engagées, alors que les jeunes se font manipuler aisément, comme vos propos le démontrent.

    3/ « Le vieillissement de la population n’est pas qu’une conséquence d’une baisse de la natalité: l’espérance de vie en constante hausse est également en cause.
    En 1999/2000, l’âge moyen atteint pas les hommes était de 76,9 ans et celui des femmes de 82,6.
    En 2060, ces moyennes seront de 82,5 et 87,6 ans respectivement. »

    (Source: http://www.tsr.ch/tsr/index.html?siteSect=200001&sid=6715702&wysistatpr=ads_rss_texte)

    En outre, le nombre de retraités va augmenter par rapport à celui des actifs, ce qui aura aussi des répercussions sur le 2e pilier (sans parler de l’AVS et de la LAMal). Engraisser les retraités d’aujourd’hui (selon le principe de l’arrosoir, qui plus est) au détriment des actifs pour qui se dessine un avenir difficile est une perversité absolue.

    Ceux qui votent non porteront une lourde responsabilité concernant les problèmes à venir.

  2. Cher Philippe,
    L’espérance de vie et le ratio actifs/retraités ne sont qu’un seul aspect du problème : Pour savoir si un système de prévoyance-vieillesse est tenable à long terme, il faut aussi tenir compte de la productivité du travail, des autres sources de financement (p. ex. dans le cas de l’AVS, des impôts affectés au financement du 1er pilier) et, dans le cas du 2ème pilier, du rendement des capitaux placés à long terme. En ne se basant que sur l’espérance de vie, on occulte une partie du problème et on ne résout rien du tout. Et d’ailleurs, on ne sait absolument rien de l’espérance de vie en 2060 : il ne s’agit que de projections, d’estimations, qui peuvent s’avérer vraies ou fausses. En outre, comme toutes les prévisions à si long terme (50 ans!), elles devraient être accompagnée de plusieurs scénarios, ce que vos chiffres ne font pas, ce qui en entame grandement la crédibilité.
    Mais bon, admettons que vos chiffres se vérifient : Rien ne nous empêchera, d’ici quelques années, d’adapter la législation sur le 2ème pilier, mais, cette fois, en tenant compte de tous les paramètres et pas seulement de l’espérance de vie. C’est d’ailleurs ce qui a été fait en 2003: Une première adaptation a eu lieu, elle était nécessaire et n’a pas été contestée. Elle n’a d’ailleurs pas encore déployé tous ses effets. La proposition qui nous est actuellement faite est donc totalement inutile et on peut donc la refuser sans arrière-pensées.
    Enfin, une remarque concernant mes chiffres: Ils proviennent du calculateur mis au point par Unia et le magazine consumériste «Bon à savoir», par des spécialistes du dossier, experts en LPP et/ou membres de conseils de fondation de caisses de pension, sur la base de calculs actuariels sérieux. Mais vous êtes bien entendu libre de les mettre en doute si vous avez besoin de cela pour vous conforter dans votre étroitesse idéologique.

  3. Unia et « Bon à savoir », respectivement la FRC (fédération romande des consommateurs), sont des représentants déguisés des partis de gauche…. donc bonjour la neutralité!

  4. « Bon à savoir » n’est lié ni à la gauche, ni aux syndicats. C’est une entreprise à but lucratif et dont la position contre la baisse des rentes du 2ème pilier n’est en rien lié à celle de la gauche. Ce magazine a d’ailleurs récolté et comptabilisé lui-même ses signatures, sans lien ni soutien syndicale aucun.
    Quant à la FRC, certes, nombre de ses dirigeants sont proches de la gauche. Mais elle n’est à ma connaissance pas moins une organisation indépendante. Et qui n’a d’ailleurs pas toujours les même positions politiques que les syndicats ou le PS.
    Quoi qu’il en soit, cela n’enlève rien au sérieux du calculateur, mis sur pied par des experts du 2ème pilier. Les partisans de la baisse des rentes ne contestent d’ailleurs pas les résultats du calculateur, car ils ne contestent pas que les rentes du 2ème pilier vont baisser si le non ne l’emporte pas le 7 mars. C’est d’ailleurs leur objectif!

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