Travail dominical: assez de contrevérités!

Le travail dominical revient en force: M. Sarkozy en fait le symbole de son slogan «travailler plus pour gagner plus», le directeur de Suisse Tourisme Jürg Schmid prône une libéralisation totale des heures d’ouverture des magasins pour «relancer [sa] branche» et le conseil d’Etat vaudois, en bon adepte de la stratégie du saucisson, propose d’augmenter de deux le nombre de dimanches où les commerces peuvent ouvrir sans restrictions. Stratégie du saucisson dont l’objectif est de  vider de sa substance l’interdiction de travailler le dimanche par petites tranches plus difficiles à contrer qu’une attaque frontale contre le repos dominical (on se souvient qu’une révision de la loi sur le travail allant dans ce sens à fait naufrage en vote populaire). Ne pouvant tomber le masque en avouant qu’ils n’ont que le profit de la grand distribution à l’esprit, les partisans du travail dominical s’appuient essentiellement sur une argumentation à première vue plutôt sympathique: le travail dominical créerait des emplois pour des volontaires ravis de toucher un supplément de salaire. Cette position vise aussi à faire passer les syndicats et les salarié-e-s qu’ils défendent pour des vieux conservateurs bornés, qui, pour des raisons purement idéologiques, ne laisseraient pas travailler les gens «quand ils veulent» et les empêcheraient de «gagner plus». Sauf que cette argumentation repose sur des bases on ne peut plus bancales et que l’idéologie bornée n’est pas forcément du côté que l’on croit. 

Volontaires, vraiment?
Tout d’abord, parce que la notion de «volontaire» est sujette à caution. Certes, le travailleur à qui on demande de travailler le dimanche doit donner formellement son consentement. Mais, dans bien des cas, cette consultation n’est qu’un leurre, le patron ayant beau jeu de faire comprendre à son employé, à plus forte raison en période de hausse du chômage, «qu’il y en a des tas d’autres prêts à accepter de travailler le dimanche, eux». Et dans l’hypothèse où serait licencié pour refus de travailler le dimanche, son licenciement ne serait qu’abusif et ne donnerait droit qu’à une maigre indemnité (d’au plus 6 mois de salaire) sans le moindre effet dissuasif sur l’employeurs. Quant au supplément de salaire en cas de travail dominical volontaire, il est théorique. Dès qu’un travail dominical devient «régulier» (dès… 7 dimanches par an seulement!), il n’y a plus de droit légal à un supplément salarial.

Le travail dominical détruit des emplois!
Ceux qui espèrent renforcer la croissance économique en libéralisant les heures d’ouverture des magasins doivent déchanter: Un franc dépensé le dimanche ne pouvant plus l’être la semaine, les emplois créés le dimanche devront fatalement l’être aux dépens des autres jours. Et, si la plupart des comparaisons internationales ont montré que les effets du travail dominical sur la croissance étaient au mieux incertains, elles s’accordent sur un point très important: Les ouvertures dominicales profitent systématiquement aux grandes chaînes du commerce de détail, aux dépens des petits commerces des villages et des quartiers, qui, si tout le monde peut ouvrir le dimanche, perdent un de leur derniers avantages comparatifs. Or, les grandes surfaces emploient moins de personnel à surface de vente égale. Donc le travail dominical nuit à l’emploi. Ainsi qu’au commerce de proximité. Ce que feignent d’ignorer les partisans du travail dominical. C’est à ce demander quels intérêts ils soutiennent vraiment.

En attendant le probable référendum que syndicats et PS vaudois lanceront si la tentative du conseil d’Etat de rogner un peu plus sur le repos dominical trouve grâce aux yeux de la majorité du Grand Conseil, rejoignez cette cause sur facebook!

3 réflexions au sujet de « Travail dominical: assez de contrevérités! »

  1. Cher monsieur Schwaab,

    Je ne souhaite pas revenir sur le désormais traditionnel discours de la gauche qui consiste à considérer tout employeur comme un odieux personnage dont l’objectif est de spolier tous les « non-employeurs ».

    Par contre, je souhaite attirer votre attention sur un raisonnement économique qui ne tient pas la route : si, comme vous le dites, chaque franc dépensé le dimanche ne le sera plus la semaine, alors bien mal inspiré serait le magasin qui ouvrirait ses portes un dimanche. En effet, cela revient à dire que le chiffre d’affaires resterait constant et que les magasins préféreraient payer leurs employés 7 jours sur 7 au lieu de 6 jours sur 7. Dans un tel cas, je pense que la gauche devrait plutôt soutenir cette réforme, elle qui souhaite lutter contre la rentabilité…

  2. Au contraire Monsieur Schwaab! A vous lire, on voit bien que les clichés sur les syndicats se rapprochent dangereusement de la réalité…

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