La poste ou l’art d’affaiblir le service public

La population est attachée à la notion de service public. Cela se vérifie lors de chaque votation: privatisations et libéralisations sont en général balayées dans les urnes un peu partout en Suisse (on se souvient du refus de la loi sur le marché de l’électricité, de privatisation de la BCV et, plus récemment, du bon scolaire à BL ou de la privatisation des services industriels de la ville de Thoune) et les stratèges néolibéraux renvoyés à leurs belles théories. Désormais, la seule menace d’un vote populaire peut suffire à les faire reculer (p. ex. Swisscom).
Les voilà donc obligés de recourir à une autre méthode, plus subtile. Pour se débarrasser du service public et privatiser ses activités rentables (selon l’immuable adage «les bénéfices aux privés, les pertes à l’Etat»), ils le vident d’abords de sa substance. En espérant que la population ne défende plus la peau de chagrin qui subsistera à la fin.
La poste est un bel exemple de cette nouvelle stratégie. Le démantèlement se poursuit, malgré l’opposition de la population et les mauvaises expériences des pays voisins (hausses de prix, sous-enchère salariale), mais en douce. 1ère étape, on supprime la couverture de l’entier du territoire en fermant les offices les petites localités. Puis ceux de localités et quartiers plus grands. Puis d’autres. Jusqu’à ce que la population se soit définitivement habituée à ne plus pouvoir compter sur un service de proximité. 2ème étape, on ouvre de plus en plus les services à la concurrence, comme vient de le faire le conseil fédéral en abaissant le monopole des lettres à 50g (contre l’avis du parlement – y compris quelques élus bourgeois!). Non pas par soucis d’efficacité (surtout en cas de monopole naturel où la concurrence est néfaste), mais plutôt pour diminuer les revenus de la poste. Qui, fatalement coûtera de plus en plus cher. Ce qui incitera les élus soucieux des finances publiques à arrêter les frais. Et encouragera les dirigeants de la poste à procéder à d’autres fermetures d’offices et dégradations des conditions de travail. 3ème étape: Refuser la création d’une banque postale (tant pis si cela serait utile aux PME en manque de crédits). Là encore, l’objectif est de priver le géant jaune de ressources dont il aurait pourtant besoin pour financer le service universel. Ce qui justifiera les mesures d’économies déjà évoquées.
Résultat: Un service public auquel bientôt plus personne ne croit et dont plus personne ne se souciera de le garder en mains publiques. A moins que population et élus ne mettent un terme à ces manigances. Maintenant.

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