Les adversaires des accords bilatéraux dérapent sérieusement

« Le temps » rapporte aujourd’hui une information du « Tages-Anzeiger » qui montre à quel point les adversaires du renouvellement de la libre circulation des personnes et de son extension à la Bulgarie et à la Roumanie sont prêts à toutes les bassesses pour répandre leurs mensonges. Selon le quotidien zurichois, le conseiller national UDC et fer de lance du référendum Lukas Reimann serait le réel promoteur de come-to-switzerland.com, un site probablement destiné à faire croire qu’il existerait une filière pour faire venir des chômeurs ou des bénéficiaires de l’aide sociale européens en Suisse, pour leur faire profiter des « généreuses prestations sociales de notre pays ». Ce qui confirmerait les arguments de l’UDC, comme quoi la libre circulation des personnes « favoriserait le tourisme social et menacerait les finances de nos assurances sociales ».

Ce site, probablement factice, est censé inciter les allemands à venir « mieux vivre en Suisse ». Il s’adresse notamment aux bénéficiaires des mesures « Hartz IV« , sorte d’aide sociale pour chômeurs de longue durée, prétendant qu’ils n’auraient, grâce à la libre circulation des personnes, qu’à venir dans notre pays pour y toucher des montants bien supérieurs à ceux dont ils peuvent bénéficier dans leur pays. Et le site de citer en exemple l’assurance-chômage et l’aide sociale helvétiques.

Bien entendu, c’est totalement faux. En effet, pour bénéficier des prestations de l’assurance-chômage, il faut avoir cotisé à l’assurance suisse ou à une homologue d’un pays de l’UE, selon les règles en vigueur en Suisse, c’est-à-dire pendant au moins 12 mois pendant un délai-cadre de 24 mois. Si le chômeur ne remplit pas ces conditions, il ne touche rien. Une personne sans-emploi peut venir chercher du travail en suisse pendant 6 mois, mais ne touche une indemnité de l’assurance-chômage que si elle respecte la durée de cotisation. Bien entendu, les personnes déjà au chômage ou à l’aide sociale visées par le site incriminé ne remplissent pas cette condition et ne peuvent en aucun cas venir en Suisse « profiter de généreuses prestations sociales », car elles n’y ont tout simplement pas droit (en savoir plus). Et, en ce qui concerne l’aide sociale, l’accord sur la libre circulation des personnes prévoit purement et simplement que les ressortissant des pays de l’UE peuvent en être exclues  (art. 2 de l’ALCP), ou se faire retirer leur autorisation de séjour s’ils en deviennent dépendants.

L’accord sur la libre circulation des personnes ne permet donc pas le « tourisme social » dénoncé par l’UDC. Et ce n’est pas un faux site internet qui nous convaincra du contraire, surtout s’il a été mis sur pieds par les soins d’un élu du parti de M. Blocher pour manipuler l’opinion publique.

3 réflexions au sujet de « Les adversaires des accords bilatéraux dérapent sérieusement »

  1. « les personnes déjà au chômage ou à l’aide sociale visées par le site incriminé ne remplissent pas cette condition et ne peuvent en aucun cas venir en Suisse “profiter de généreuses prestations sociales”, car elles n’y ont tout simplement pas droit »

    Légalement, votre article est sans reproche et je ne défendrai pas le contraire 😉

    En pratique, cela revient toutefois à dire que vous soutenez les expulsions forcées de ressortissants européens et la négation des minimas d’existence pour eux… malgré leur présence en Suisse. 😉

    Vous savez, votre discours ressemble à s’y méprendre à celui tenu par les UDC s’agissant de l’asile…. comme si une loi (ou une énième révision) permettait d’empêcher la venue de personnes désireuses de vivre … un peu mieux et qu’il suffisait d’une décision administrative pour mettre fin à leur espoir…. 😉

    Votre article se résume donc à des principes qui valent pour l’écrasante et immense majorité des personnes concernées (et je ne dirai pas le contraire) mais vous soutenez en même temps qu’un européen qui n’aurait pas de travail ou aurait eu un accident de travail avant la période de cotisation LAI minimale devrait être expulsée de force pour la seule raison que c’est la… et qu’il n’a pas la chance d’être aisé ;(

    mouais, je pense plutôt que votre message doit être compris comme une défense des principes généraux et une volonté de fermer les yeux sur les marges (que l’UDC exploite par ailleurs éhontément en faisant croire qu’il s’agit de la majorité)… ai-je tort ?
    😉

    Sinon, vous savez, le citoyen – même de base – peut comprendre la réalité des situations, parce qu’il la côtoie tous les jours, sans qu’on s’escrime à cacher les marges (il comprend aussi les ficelles ahurissantes tirées par l’UDC, dont le site que vous indiquez n’est visiblement qu’un exemple parmi tant d’autres….).

  2. Rappeler le contenu de la loi ne veut pas forcément dire que je la soutiens. D’ailleurs l’exemple que vous montrez montre bien que la loi peut être parfois inique lorsqu’on l’applique à certains cas particuliers. Et c’est d’ailleurs souvent le cas dans le domaine de l’asile et de la migration!
    Ce que je voulais surtout montrer avec mon exemple, c’est que le faux site (qui, probablement parce qu’il sentait l’étau se resserrer sur lui, s’est entre temps ouvertement déclaré comme « satire »…) tentait de faire croire qu’une certaine situation (le tourisme social) est possible et même répandu, alors que les bases légales, dont certains détails ont d’ailleurs été voulu par l’UDC, l’empêchent. Je n’ai pas voulu leur montrer mon soutien (ni même ma désapprobation, d’ailleurs), ni sur le fonds, ni sur la façon dont ils sont appliqués. J’ai plutôt voulu montrer que les faits avancés par le faux site sont faux. Ce qui révèle que ses objectifs n’étaient pas de faire rire, mais de faire peur aux électeurs…

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