La nécessaire flexibilisation de l’âge de l’AVS

Selon une enquête parue hier, un travailleur Suisse sur deux serait d’accord de travailler au-delà de l’âge légal de la retraite. A condition d’être en bonne santé et d’avoir un bon emploi. Voilà qui apporte de l’eau au moulin de l’initiative pour le libre choix de l’âge de l’AVS dès 62 ans. Et contre un des principaux arguments de ses adversaires.

Les opposants à l’initiative prétendent en effet qu’elle entraînerait une baisse généralisée et obligatoire de l’âge de la retraite à 62 ans, car près de 90% des travailleurs remplissent les conditions (un salaire annuel inférieur à 120’000 Fr.) pour bénéficier d’une rente AVS anticipée complète. C’est argument est faux, car l’initiative n’oblige personne à partir à la retraite à 62 ans. Qui est en bonne santé, à un travail motivant, bien payé et grâce auquel il s’épanouit (ce qui ne semble pas incongru, les études sur la satisfaction au travail des suisses l’attestent) pourra travailler jusqu’à l’âge légal de l’AVS. Et même au-delà. L’AVS permet déjà de cotiser jusqu’à 70 ans et cette possibilité sera bientôt introduite pour le 2ème pilier. La flexibilisation « vers le haut » existe donc déjà, et nombre de travailleurs semblent prêts à en faire usage.

Mais la flexibilisation « vers le bas » est tout aussi nécessaire. En effet, de nombreux travailleurs âgés ne trouvent plus de travail dès 55-60 ans, sont en mauvaise santé et doivent prendre une retraite anticipée forcée, souvent maquillée en invalidité et dans tous les cas avec une importante réduction de la rente AVS à la clef. Et cette réduction (près de 7% pour une anticipation d’un an, 13% pour deux ans) est définitive. Actuellement, ne peuvent donc se permettre une retraite anticipée dans de bonnes conditions que celles et ceux qui ont pu mettre de l’argent de côté (les hauts revenus) ou ceux qui bénéficient d’une solution de branche (plutôt rares – et dont l’initiative diminue d’ailleurs le coût). Ainsi, le taux de retraite anticipée est de 51% dans les banques et les assurances, mais seulement de 22% dans l’enseignement, 21,9% dans l’industrie, de 15,8% dans le santé-social, de 14,3% dans l’hôtellerie et la restauration et de 13,9% dans le commerce. Le taux de retraite anticipée croît en outre avec le niveau de revenu. La retraite flexible donc est une réalité, mais aussi un privilège. Un privilège dont bénéficient ceux qui sont déjà privilégiés. L’initiative pour un âge de l’AVS flexible corrige donc une inégalité, en mettant la retraite anticipée à la portée de tous ceux qui en ont besoin, quelle que soient l’épaisseur de leur porte-monnaie.

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