L’AVS et les chiffres de M. Couchepin (1)

En matière d’AVS, M. Couchepin, les partis bourgeois et les milieux économiques n’ont qu’une méthode: faire peur. Aux salariés, aux retraités, aux jeunes. A tous, le message est le même: « l’AVS est en faillite ». Ou presque. Ou alors elle le sera après-demain. Si c’est pas le jour d’après. Mais dans tous les cas, ça va mal et il faut craindre pour les retraites. Cette politique de la peur poursuit un double objectif: Forcer le souverain à accepter des coupes dans les retraites et le dissuader d’améliorer l’AVS, p. ex. en introduisant la retraite flexible en libre choix dès 62 ans. Il faut dire que M. Couchepin et consorts ne défendent guère l’AVS, formidable outil de redistribution des richesses, mais plutôt les intérêts du puissant lobby des caisses de pensions. Et, quand il s’agit de prendre de l’argent dans les caisses de l’AVS, par exemple lors de la réforme de l’imposition des entreprises II, ils n’hésitent pas, oubliant leurs prévisions alarmistes!

Mais les chiffres avec lesquels M. Couchepin justifie sa politique de la peur sont faux. Tous. Quelques exemples: En 2004, lors de la votation sur la 11ème révision de l’AVS, le conseil fédéral prédisait une débâcle rapide des retraites. En 2006, annonçait-il, l’AVS ferait 1,2 milliard de déficit. Pourtant, cette année-là, le bénéfice de l’AVS fut de 2,7 milliards. Pour 2007, il annonçait un déficit de 2,5 milliards. Et le bénéfice fut d’1,5 milliard. Bref, des calculs faux, archi-faux. L’étaient-ils à dessein? Il faut espérer que non, mais cela ne serait pas surprenant.

En tout cas, M. Couchepin remet ça. Dans ses nouveaux pronostics (ou ne devrait-on pas dire « prédictions« ), il a revu les déficits à la baisse, mais continue de prévoir une catastrophe dès 2015. Mais, une fois encore, ses calculs sont erronés. En effet, il a (volontairement?) fait des prévisions pessimistes quant à l’évolution de la productivité et des salaires en Suisses, facteurs pourtant bien plus déterminants que le rapport entre cotisants et rentiers. Ses prévisions sous-estiment aussi largement la main d’oeuvre étrangère, dont profitent nos assurances sociales. Au final, le conseil fédéral conclut que le besoin en financement supplémentaire de l’AVS sera de 1,3% de cotisation en 2020 et de 3,3% en 2030. L’USS, qui a déjà eu raison contre le conseil fédéral lors de la dernière votation sur l’AVS, a fait des hypothèses plus proches de la réalité concernant la croissance des salaires, de la productivité et de la main d’oeuvre étrangère et parvient à la conclusion que les besoin supplémentaires ne se monteront qu’à 0,2% en 2020 et à 1,1% seulement en 2030.

Il n’y a donc pas de quoi s’affoler. L’AVS est solide et le sera encore longtemps. Ni les retraités actuels, ni les futurs retraités ne doivent se faire de soucis au sujet de leurs rentes. Et l’AVS peut être améliorée, par exemple en introduisant une vraie retraite flexible pour tous grâce à l’initiative des syndicats. Que M. Couchepin tente de combattre aussi avec des chiffres faux. Mais je reviendrai sur le sujet dans un billet ultérieur.

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