Militantisme à deux balles (la signature)

Ces derniers jours, j’ai été plusieurs fois abordé à la gare de Lausanne par des étudiant-e-s qui tentaient de faire adhérer les passantes et passants à moult œuvres dites de bienfaisance pour le compte d’une entreprise spécialisée dans le démarchage «jeune et sympa», genre corris. On y entend de tout. De l’obséquieux «bonjour, jeune homme» au faussement familier «salut chef!». Ces récolteurs de fonds sont bien gentils, bien rodés et ont réponse à tout. A ma question «êtes-vous membre de l’association à laquelle vous voulez me faire adhérer», la réponse fuse sans hésitation: «bien sûr, depuis trois ans». Vu l’âge de celle qui me répondait, j’ai eu un peu de peine à le croire. Mais bon, après tout, pourquoi pas. En tout cas, j’ignorai que «save the children» (ou quelque chose comme ça), une association dont je n’avais jamais entendu parler auparavant, avait autant de militant-e-s. D’ailleurs, les récolteurs semblent aussi s’étonner d’apprendre que les organisations pour lesquelles ils recrutent ont déjà des membres. Ainsi, lorsqu’on me demande un autre jour «tu es déjà membre d’amnesty international?» (le tutoiement semble de rigueur) et que je réponds «oui» (même si amnesty ne paraissait pas enchantée que je le fasse savoir), on me rétorque «vraiment?» d’un ton incrédule et sur l’air du «c’est ce qu’ils répondent tous». Et le récolteur de fonds d’insister pour me faire remplir un bulletin. Heureusement, à la gare, la bonne excuse du train à prendre marche à tous les coups.
Ces méthodes de pseudo-militantisme sont agaçantes. Et elles se répandent de plus en plus, même pour l’exercice des droits populaires. Ainsi, on apprenait récemment («24heures» du 4 août, l’article n’est plus en ligne) que les opposants à un nouveau musée des beaux-arts pour tous les vaudois ainsi que les partisans de l’initiative pour l’épargne-logement avaient rémunéré des «militants» à la signature. Si même les initiatives et référendums s’achètent… Et, à force, les organisations qui les emploient risquent de perdre toute crédibilité et surtout toute capacité d’action.Car la force d’une association, ce sont d’abord ses militant-e-s qui portent son message et ses valeurs. Les remplacer par des donateurs recrutés à la sauvette remplira peut-être leurs caisses, mais ne leur donnera aucun poids.

2 réflexions au sujet de « Militantisme à deux balles (la signature) »

  1. Allez faire un tour sur le site du parti socialiste suisse. Vous y trouverez un « Club référendaire », où il est question d’offrir des prix à celles et ceux qui récoltent un certain nombre de signatures.

    « Faites comme je dis, pas comme je fais… »

  2. Bien vu. Cette idée du PSS, même si ce n’est quand même pas de l’achat de signature, n’est pas la meilleure que le parti ait eu ces dernières années.

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