Radicalisation de l’UDC: inquiétudes (non partagées?)

Je suis atterré de constater à quel point la presse helvétique est passive face à la montée en puissance et à la radicalisation de l’UDC. Personne ne semble voir le danger pour notre démocratie et la plupart des médias ne condamnent guère les agissements du parti de Christoph Blocher.

Ainsi, suite aux scandaleuses émeutes de Berne samedi passé, les gros titres se sont concentrés sur les «vilains casseurs» (qu’il faut condamner, eux-aussi, sans ambigüité). Le Blick a par exemple titré «le scandale de Berne» en ne parlant que des émeutes et des erreurs des forces de l’ordre. Mais personne n’a abordé le fait que la propagande haineuse de l’UDC est propre à attiser certains comportements répréhensibles. Au contraire. Par exemple, la NZZ, quotidien radical, a même osé prétendre qu’ «une certaine provocation est tolérable, si ce n’est nécessaire en période de campagne électorale». D’autres ont titré «un triomphe pour l’UDC». Pourtant, l’adage «Qui sème le vent récolte la tempête» me semble avoir en l’espèce une certaine pertinence. Il n’y a eu aucun éditorial non plus pour fustiger la stratégie de l’UDC, qui savait qu’il y aurait des troubles (même si M. Blocher, qui n’est jamais à une contre-vérité près, a prétendu que le conseil fédéral n’était pas prévenu…). Pire, le plan de l’UDC tablait probablement sur un maximum de troubles et de casse, histoire de donner un maximum de publicité à sa manifestation.

La presse étrangère sait de quoi elle parle
Les médias étrangers, eux, ne sont pas dupes. Il n’y a que dans la presse étrangère, qu’elle soit de gauche ou de droite, que le terme «extrême-droite» est utilisé pour qualifier l’UDC. A raison. Certains refusent ce qu’ils considèrent comme de l’ingérence. Ainsi, l’ancien porte-drapeau de «forums» Pascal Décaillet, prétend sur le site conservateur commentaires.com que «notre démocratie n’a de leçon à recevoir de personne». Rien n’est plus faux. En effet, les années 30 ou, plus récemment, l’entrée au gouvernement de M. Haider en Autriche ont montré que toute démocratie est faillible. Et qu’elles ont en permanence à apprendre les unes des autres, en particulier de celles qui ont été sérieusement menacées, voire mises à terre par la dictature. Et surtout lorsque des partis gouvernementaux les menacent de l’intérieur.
Cependant, beaucoup persistent à ne pas prendre au sérieux l’analyse que d’autres font à notre sujet (parce que ses conclusions ne sont pas agréables à entendre, peut-être…). Par exemple, le porte-parole de M. Blocher refuse tout entretien avec les médias étrangers. Le correspondant en Suisse du quotidien (du centre-gauche, il est vrai) espagnol El Pais s’est vu répondre par les services du chef de l’UDC que «les médias étrangers ne comprennent pas la situation en Suisse». C’est ce qu’il relatait mardi passé sur les ondes de la RSR (médialogues, mardi 9.10.07). Mais que la presse non helvétique se rassure. Après les élections (et la probable victoire de l’UDC, due tant à la mansuétude de la presse qu’à la passivité des bourgeois dits modérés), les questions seront de nouveau autorisées.

Le jeu dangereux des radicaux
«Le Temps» d’hier ne me rassure pas. On peut en effet y lire une colonne de Pierre Kunz, député radical genevois. Selon lui, la responsable des violences de Berne n’est autre que… Micheline Calmy-Rey. Qu’il semble loin le temps où les radicaux genevois, emmenés par leur président d’alors M. Longchamp, partageaient avec le centre et la gauche le dégoût des campagnes xénophobes de l’UDC, oubliaient les réflexes partisans et condamnaient sans ambigüités les dérives de l’extrême-droite. Qu’il semble loin aussi, l’exemple de leurs cousins français, qui ne traitent jamais avec le front national, dont l’UDC ne se différencie plus que par son ancrage institutionnel. M. Kunz, plutôt que de choisir le camp des démocrates, ne trouve la propagande de l’UDC que « peu orthodoxe ». Que lui faudra-t-il pour se scandaliser? Une affiche de l’UDC scandant «les étrangers dehors»? Tiens, tiens, une de celles des jeunes UDC aperçue en ville de Berne scande déjà: «kriminelle Ausländer raus», mais «kriminell» y est écrit tellement petit qu’il ne faudra pas faire un gros efforts pour l’en faire totalement disparaître.

Le 21 octobre, votez socialiste.

4 réflexions au sujet de « Radicalisation de l’UDC: inquiétudes (non partagées?) »

  1. Jean-Christophe, je partage ton analyse. Ce qui est entrain de se passer, mais qui n’est finalement que la concrétisation de 15 années de populisme et de dérive raciste d’un parti, est très très inquiétant. Il s’agit réellement d’une peste brune qui gagne du terrain. On peut reconnaitre à l’UDC d’avoir, et de très très loin, les meilleurs stratèges politique en matière de communication.

    Cependant, s’il est une personne qui sort du lot quant à la contestation de l’UDC, c’est Pascal Couchepin. Bien que j’exècre le personnage quant à ses politiques néo-libérales dans le domaine des assurances sociales et maladie, je suis forcé d’admettre qu’il fait preuve d’une certaine « droiture » (ce qui finalement colle bien à son étiquette politique…) par rapport à l’UDC.

    Mais il est bien seul dans son parti…

    Quant aux socialistes, comment te positionnes-tu par rapport à une éventuelle sortie du CF?

  2. A mon avis, le PS doit se poser les questions suivantes avant de décider s’il participe à un gouvernement:
    -Quels succès obtient-il?
    – S’il n’en obtient pas, ou peu, comment communique-t-il lorsqu’il n’obtient pas ce qu’il veut?
    -Que se passerait-il les départements en question étaient aux mains d’autres partis?
    -Avec quelles personnes est-il représenté au gouvernement et comment sont elles impliquées dans la stratégie du parti?

    En ce moment, je ne sais que dire au sujet de la participation du PSS au conseil fédéral. Certes, quelques (maigres) succès ont pu être obtenu grâce à la présence de socialistes, par exemple au niveau des transports publics, de la neutralité active ou de la taxe sur le CO2. En outre, rien qu’à voir ce que M. Blocher a fait au DFJP, qui n’était déjà pas terrible sous Mme Metzler, mais où la situation s’est tout de même nettement dégradée, on ne peut que concevoir des craintes à voir les départements importants tomber dans d’autres mains que celles des socialistes. L’exemple de M. Couchepin , qui a succédé à Ruth Dreifuss au DFI, n’est aussi pas brillant. Mais il n’en demeure pas moins que ces arguments ont de la peine à justifier la participation à un gouvernement à majorité bourgeoise. En outre, lorsque les conseillers fédéraux socialistes critiquent le parti publiquement (p. ex. : http://www.schwaab.ch/archives/2007/04/24/micheline-aurait-mieux-fait-de-se-taire%E2%80%A6/), ou ont des positions qui sont contraire aux idéaux du PS (p. ex. Moritz Leuenberger sur le service public ou le droit de grève), leur présence au gouvernement est carrément nuisible. Mais cela ne veut pas dire que ce sera le cas tout le temps. Ainsi, Pierre-Yves Maillard arrive fort bien à combiner progrès sociaux, positions claires et profil pour le PSS (dont il est le vice-président) avec son poste de conseiller d’Etat. La preuve qu’avec les bonnes personnes au bon endroit, une responsabilité gouvernementale peut être bénéfique pour le parti et les gens qu’il défend. Au conseil fédéral aussi. D’ailleurs, l’UDC a parfaitement réussi à y faire entrer M. Blocher, tout en le gardant « dehors » comme chef de file…

  3. Il est évident que le PS joue un rôle « modérateur » lorsqu’il occupe des responsabilités en position de minorité. Cependant il joue aussi celui de caution de gauche dans bien des cas…

    D’autre part, l’accession aux responsabilités est souvent l’occasion, même pour les ténors de la gauche de la gauche comme Monsieur Maillard, Monsieur Cuche ou Monsieur Studer, d’aplanir leurs positions et d’entrer dans une logique de consensus qui ne profite souvent qu’à la droite, mieux en mesure de faire passer ses idées compte tenu du désequilibre politique en Suisse.

    Je ne cesse de m’intérroger sur le fait que la Suisse est le pays d’Europe dans lequel la gauche est la plus faible, malgré un million de personnes précarisées. Pourquoi ne pas utiliser cet argument lors de débats politiques? Finalement, ce pays est bel et bien gouverné à droite…

    Que la droite assume toute ses responsabilités. Je pense notemment aux campagnes de l’UDC qui stigmatisent constemment « la gauche et les verts », alors que les déficits de la Confédération sont avant tout dû aux politiques de droite, puisque celle-ci gouverne et n’arrête pas d’accorder des déductions fiscales ou de supprimer des impots.

  4. Il est vrai que la présence du PS au gouvernement est nuisible tant qu’il assume et défend la politique de la majorité. Ou quand il utilise sa majorité pour faire une politique qui n’est pas à gauche, comme à NE… Malheureusement, je pense que nous avons une leçon à tirer de la méthode de l’UDC, qui parvient à être à la foi au gouvernement (et à y appliquer ses prinicipes) et dans l’opposition.
    Ce que tu dis sur les déficits publiques est très juste: La droite, majoritaire depuis 150 ans et plus, les a creusé, a pris des mesures de casse du service public pour résorber les déficits et n’attend même pas qu’ils soient totalement résorbés pour les creuser à nouveau en distribuant des largesses fiscales aux mieux lotis…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *