Et pourtant elles ne forment pas…

L’étude du centre de recherche sur l’économie de l’éducation de l’Université de Berne («Coûts et bénéfices de la formation des apprentis pour les entreprises suisses») présentée aujourd’hui par l’Office fédéral de la formation professionnelle et de la technologie (OFFT) confirme ce que tout le monde savait depuis 2003: former des apprenti-e-s est rentable pour les deux tiers des entreprises. Mais malgré cela, les entreprises ne forment pas assez.


En effet, il manque toujours plus de 5000 places d’apprentissage, même dans les métiers où la formation rapporte plus qu’elle ne coûte. L’étude de l’OFFT cite en exemple la nouvelle formation d’employé-e de commerce: Suite à l’introduction de cette réforme, des places d’apprentissage ont été supprimées par milliers. Mais la réforme, s’il est vrai qu’elle a rendu les deux premières années de formation plus coûteuses, améliore la rentabilité globale de cet apprentissage.

Les mécanismes du marché s’avèrent donc inefficaces en matière d’offre de places de formation (cela fait un moment que l’on s’en doutait). Il faut donc renforcer les incitations étatiques pour soutenir les entreprises formatrices et pénaliser celles qui ne forment pas. Il faut miser en premier lieu sur les fonds cantonaux pour la formation professionnelle, qui permettent de répartir les frais de formation entre toutes les entreprises. Plusieurs cantons (FR, GE, NE, VS et JU) ont déjà adopté ce modèle avec succès et des discussions sont en cours dans les cantons de VD et ZH (révision des lois cantonales sur la formation professionnelle) et BS (initiative populaire). Malheureusement, le parlement du canton de SG vient de refuser  une motion de la jeunesse socialiste qui proposait de créer un tel fond.

L’étude de l’OFFT confirme en outre que former des apprenti-e-s n’est pas rentable pour une entreprise sur trois. Les incitations à former sont donc d’autant plus nécessaires pour soutenir les entreprises formatrices de ces branches (p. ex. dans l’industrie des machines). L’étude montre aussi que les apprentissages destinés aux jeunes les plus faibles sont aussi les plus coûteux. Là encore, des mesures particulières, en particulier un meilleur encadrement, sont nécessaires pour soutenir les entreprises qui offrent ces formations.

3 réflexions au sujet de « Et pourtant elles ne forment pas… »

  1. Partisan des marchés (presque*) parfaits, je suis tenté de répondre simplement: Rentable, probablement! Mais probablement pas pour que l’apprenti marginal suivant soit embauché… Réponse: Améliorer encore les conditions cadres!

    Salutations de ZH,
    P

    * en tout cas plus qu’une étude d’université…

  2. Effectivement, il faut améliorer les conditions cadres. Et vite! Chaque année, 2000 à 3000 jeunes restent sans solution à la sortie de l’école.
    Toi qui es un économiste libéral, que penses-tu du fond pour la formation professionnelle comme incitation à former?

    Mais bon, je te souhaite bien du courage dans ta recherche du marché presque parfait!!! Ah la belle illusion que voilà.

  3. Le fond pour la formation professionnelle? Je n’ai pas d’avis très arrêté à ce sujet (i.e. je ne me permet pas d’en donner un, car je ne connais pas assez bien le sujet…)

    Mais « pénaliser celles qui ne forment pas » me semble une mauvaise idée…

    Bonne journée, P

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