Génération stagiaire, génération précaire: une nouvelle étude de l’OFS

L’office fédéral de la statistique (OFS) vient de publier une étude menée auprès des diplômé-e-s des hautes écoles axée sur la problématique des stages. Il conclu que les diplômé-e-s s’intègrent plutôt bien dans le marché du travail et que le nombre de ceux qui doivent se contenter d’un stage est plutôt réduit, n’a pas évolué depuis une quinzaine d’années et ne peut en rien être comparé avec l’émergence d’une «génération stagiaire», à l’instar de ce que l’on constate en France ou en Allemagne, où les jeunes diplômés sont de plus en plus nombreux à s’enfermer dans une spirale de stages et autres «emplois» précaires successifs, ce qui finit par réduire à néant leurs chances de s’intégrer au marché du travail. L’OFS en conclut qu’aucune génération de ce genre n’est en train d’émerger en Suisse, que les stages ne sont pas un problème, et que tout va donc pour le mieux dans le meilleur des mondes. Certes, la «spirale des stages» n’est pas un phénomène de masse comme chez nos voisins (tant mieux!) mais une lecture attentive des chiffres de l’OFS soulève certains problèmes. Les «stages» sont dans de nombreux cas une façon de travestir le taux de chômage (à la baisse, bien sûr), et une part non négligeable des stagiaires est réellement menacée de précarité à long terme.

Le chômage sous camouflage.
Ainsi, selon l’OFS, entre 5,7% et 8,1% (selon les volées) des diplômé-e-s des universités doivent se contenter d’un stage à la sortie de leur étude (en excluant les filière, qui à l’instar du droit, exigent souvent un stage comme suite de la formation). Ce chiffre peut sembler bas, mais il reste deux à quatre fois plus élevé que le taux de personnes sans emploi parmi ces mêmes diplômé-e-s (2,4%, là encore selon l’OFS). Et dans tous les cas largement supérieur au taux global de personnes sans emploi, d’environ 4% (même source).
Comme on ne saurait qualifier les stages de vrais emplois (le salaire n’a par exemple rien à voir avec celui des minima de la branche), sommes donc face à un chômage larvé, jusqu’à quatre fois supérieur au taux de chômage officiel. Difficile dans ces conditions de parler, comme le font certains, de «plein emploi». Il faut encore noter que ce taux de stagiaire est resté stable en 15 ans, alors que le marché du travail a subi plusieurs variations.

Le risque de spirale du stage existe.
Fort heureusement, plus de 85% des stagiaires trouvent une place de travail «normale» après moins de 6 mois de stage. Ce taux est d’ailleurs similaire à celui des ex-apprenti-e-s qui doivent se contenter d’un stage une fois leur formation achevée. Là encore, c’est un chiffre avantageux, surtout en comparaison internationale. Mais que devienent les autres? L’étude de l’OFS révèle une autre information intéressante et inquiétante: près d’un-e stagiaire sur cinq ne trouve pas durablement d’emploi stable à la fin de son stage, accumulant les lacunes dans le parcours professionnel. Au final, plus de 4,5% des diplômé-e-s des universités se retrouvent pris au piège dans une «spirale des stages», qui ne mène en tout cas pas vers une intégration durable au marché du travail. La spirale des stages est certes limitée, mais une génération précaire est bel et bien en train d’apparaître. Quant à savoir si elle frappe aussi les personnes qui ont achevé une formation professionnelle et doivent ensuite se contenter de stages, impossible de le savoir, vu qu’il n’existe aucune donnée sur le sujet, mais on peut se douter qu’il en va de même. Si rien n’est fait pour que les entreprises et l’Etat jouent leur rôle d’intégration au marché du travail, c’est près d’une personne formée sur 20 qui risque d’en être durablement écartée et de ne devoir se contenter que de «stages», précaires et ouvrant peu de perspectives professionnelles. Les entreprises et collectivités publiques, notamment la Confédération, qui se sont fait ces derniers temps une spécialité de remplacer de vraies places de travail par des places de stages, assurée d’y employer des jeunes motivés (surtout si on leur fait miroiter un emploi fixe après le stage), mais surtout très bon marché (à plus forte raison si c’est l’assurance-chômage qui prend en charge une partie des frais du stage), doivent renoncer à ces pratiques et créer de réels emplois.

Discrimination des femmes
L’étude de l’OFS montre encore que ce sont les diplômées qui sont le plus touchées par la spirale des stages. La part de stagiaires féminines est en effet supérieure de 4,7 point à celle de leur collègues masculins. Mais elles sont aussi plus concernées par le chômage. Déjà frappées au niveau du salaire et de l’accès aux diplômes, les femmes subissent là encore un marché du travail discriminatoire.

Enfin une étude sur les «stages»
Cette étude de l’OFS a cependant le mérite de se pencher un peu sérieusement sur la problématique des stages. Ce qui est une première. En effet, tout le monde entend parler de différentes sortes de «stages» dans toutes sortes de métiers ou de formations, mais ne peut guère définir précisément ce que c’est, à quel salaire cela donne droit, quelles sont les droit et les tâches du stagiaire et ce qu’il peut attendre de son stage en matière de formation, mais personne n’avait réellement étudié le sujet auparavent. La réflexion reste entièrement à faire et d’autres études doivent être menées, notamment au sujet des personnes qui terminent une formation professionnelle. Cela doit se faire vite, avant que la génération précaire ne prenne trop d’ampleur.
Et pendant ce temps, de vrais emplois sont transformés en stages de toutes sortes, mais dont le seul point commun est d’être bon marché. Osons le mot: c’est de la sous-enchère.

Le communiqué de presse de l’OFS.

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